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16/10/2015 10h:48 CET | Actualisé 16/10/2016 06h:12 CET

Tunisie: L'Enfance n'est pas une cause humanitaire!

Lotfi Hamadi

Qu'est-ce qu'être Musulman et se réclamer de l'islam quand ses valeurs et le message de paix, de sécurité et de protection des enfants que véhicule le Coran et la sunna sont tous les jours bafoués?

Ces principes sont pourtant continuellement rappelés à travers les Déclaration de Dhaka des droits de l'homme en Islam, du Caire sur les droits de l'homme en Islam ainsi que dans la Déclaration des droits de l'enfant et sa protection en Islam. Dans notre région, nous avons fait de l'Enfance une victime collatérale endurant la plus grande part des souffrances résultant des problèmes économiques, sociaux et des représentations culturelles. Ils sont sans protection face aux discours prétendument religieux et aux diverses propagandes. Ce qui est écrit dans Le Livre, la main de l'homme l'a balayé.

La Tunisie est, plus que jamais, une zone de souffrance des orphelins, des enfants errants, des enfants ayant un handicap. On y exploite les enfants pour vendre des produits issus du marché noir, pour mendier, pour le ménage, on les force à se soumettre à des actes sexuels, on laisse les adultes punir violemment malgré les interdictions du droit, on laisse des enfants affamés hanter les rues du grand Tunis, on laisse des enfants victimes de violences physiques, sexuelles, psychologiques sans protection juridique et institutionnelle.

Qu'est-ce qu'être humaniste quand, contrairement aux droits affirmés par la Convention internationale des droits de l'enfant, l'on continue de faire des enfants, des non-personnes, soumises aux devoirs traditionnels du régime patriarcal où ils n'occupent aucune autre place que celle d'exécutants, dans un environnement oppressant au sein duquel les parents les privent des décisions qui les concernent sans tenir compte de leur âge, de leur degré de maturité?

Comment peut-on espérer faire évoluer les mentalités et les pratiques de la société si à la base, l'Enfance et la conception que l'on s'en fait au sein de la famille et de la société n'évoluent pas? Qu'est-ce qu'être humaniste, quand, s'ajoute au déni des droits des enfants en tant que personne, les distinctions selon qu'ils soient garçons ou filles?

Qu'est-ce qu'être républicain ou démocrate quand on vit dans un pays où certaines lois ou leur absence font que des enfants victimes de violences physiques ou sexuelles sont, en plus, victimes d'une Justice qui autorise le violeur à se marier avec la violée, sa victime, pour être absout de son crime? Ou qui ne punit pas celui qui viole un garçon de moins de 15 ans au prétexte que la loi n'admet le viol que contre les filles? Qu'attendre en réalité d'un droit tunisien qui pousse le déni de justice jusqu'à qualifier le viol "d'acte sexuel" que l'on fait subir à l'enfant sans violence. Le viol n'est-il pas l'incarnation même de la violence?

Je ne sais vraiment pas ce que nous sommes! Et Pourtant, loin des institutions démissionnaires et d'une culture niant l'existence des enfants en tant que personnes, il y a ce refuge que représente la société civile dont les divers acteurs et actrices cherchent et trouvent des solutions pour protéger l'Enfance, permettre aux enfants de suivre une scolarité normale, avoir accès au Savoir, à la Culture, au sport afin de préparer une nouvelle génération de jeunes épanouis, cultivés, tolérants prêts à développer le pays qui leur aura ainsi permis d'évoluer humainement et socialement à l'ombre des valeurs inscrites dans la Constitution.

C'est le droit légitime des citoyennes et des citoyens de rappeler ces valeurs constitutionnelles et c'est le devoir du législateur de proposer et de faire voter ou abroger les lois qui agressent l'Enfance!

En tant que citoyen je m'engage à militer pour que la loi des hommes reconnaisse le viol sur les garçons et pour l'abrogation de la notion "d'acte sexuel" concernant les viols sur les jeunes filles. Engagez-vous également en contactant votre député afin de lui demander de prendre position pour qu'à l'avenir la Loi de notre pays protège la victime plutôt que l'agresseur.

Si nous voulons une Tunisie, prospère, évoluée économiquement et démocratiquement, peuplée de citoyens et citoyennes égaux, agissant par civisme et par patriotisme, il est temps de s'engager pour les droits des Enfants et pour investir dans les moyens permettant aux élèves de réussir!

L'Enfance n'est pas une cause humanitaire, c'est l'épanouissement des enfants qui est un devoir!

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