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06/03/2016 16h:47 CET | Actualisé 07/03/2017 06h:12 CET

Union Européenne-Libye: le retour de l'impérialisme civilisé

Tout politicien averti qu'il soit, Robert Cooper qui fut a un moment l'idéologue du 10 Downing Sreet, était surtout connu pour un être un néo-impérialiste du premier ordre. Celui que qualifiait le journal de gauche, The Observer, il ya dix ans, de Gourou de Tony Blair en matière de politique étrangère, préconisait bien avant un nouveau hégémonisme pour pacifier le monde.

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Tout politicien averti qu'il soit, Robert Cooper qui fut a un moment l'idéologue du 10 Downing Sreet, était surtout connu pour un être un néo-impérialiste du premier ordre. Celui que qualifiait le journal de gauche, The Observer, il ya dix ans, de Gourou de Tony Blair en matière de politique étrangère, préconisait bien avant un nouveau hégémonisme pour pacifier le monde.

C'est de la Libye qu'on parle aujourd'hui. Et comme si on a l'impression qu'on est retourné a ce que préconisait Cooper juste pour faire le gendarme, car c'est bien l'OTAN qui a voulu présenter l'alternative au règne du dictateur Kadhafi, et c'est lui qui a fini par plonger le pays dans un désastre inimaginable .

Aujourd'hui, l'OTAN est de retour pour pacifier la Libye et extraire le mouvement Daech qui s'est implanté... Époustouflant. Certes, la responsabilité première dans le mal libyen incombait au fou de Tripoli, mais au regard des résultats, l' intervention de l'OTAN en 2011 n'avait pour nom que la manipulation politico-militaire,juste pour exercer un hégémonisme sur un pays de la rive Sud par l'instrumentalisation éhontée du droit international. Ca s'appelle le processus cyclique de l'impérialisme civilisé (cyclical process of civilized Imperialism) pour reprendre les épithètes des gauchistes New Yorkais. (Par Larbi Zouaimia - Le Quotidien d'Oran, juillet 2008).

Mais qui est Robert Cooper, "The Strategist", devenu plut tard conseiller spécial de Catherine Ashton grande figure de l'establishment Européen ? Ce lauréat du prix Orwell 2004 pour son analyse "The breaking of nations" est un partisan du traditionnel cousinage americano-britannique qui le traduirait en partie, dans une passion inébranlable pour l'empire. Cooper chérissait depuis longtemps l'avènement d'une époque où l'Occident arriverait a pacifier une fois pour toute, le reste de la planète.

On comprend aisément de ses directives doctrinales que le Florilège de la pacification devrait viser l'ensemble du monde musulman lequel sera soumis à un contrôle rigoureux visant à baliser son évolution militaire et son corollaire: l'acquisition de la technologie. Pour meubler son argumentaire, l'idéologue britannique décrit un monde porteur du péril sécuritaire, qui constitue à ses yeux, le premier danger auquel les nations modernes doivent faire face .

A cette situation, il préconisait un neo-imperialisme civilisé, capable d'assurer ordre et organisation. Cooper est de ceux qui considéraient qu'il existe déjà un impérialisme sur la plan économique par le truchement du Fonds monétaire et la Banque mondiale et il appelait de ses vœux à un sous-impérialisme régional s'occupant des question de la sécurité et de l'armement .

Schématiquement, le jeu ait pu commencer( s'il n'est pas réellement amorcé) par un groupe de sentinelles qui s'initient progressivement à l'exercice de l'hégémonisme, mais un jeu dont les vrais acteurs peuvent ressembler à : une Espagne qui surveille le Maroc , une France qui surveille la Tunisie et L'Algérie et qui se mêle parallèlement du couple libano-syrien, une Italie qui aura exclusivité sur la Libye.

Une Grande-Bretagne et un Israël pour tenir à l'oeil le reste du MoyenOrient et l'Iran, une Allemagne qui fait partout ses pas même en Afghanistan et au Pakistan, alors que le sud-est asiatique sera réservé aux États-Unis et au Canada, avec possibilité de stage pour l"Australie et la Nouvelle Zélande.

Ainsi, Il faut dire que l'hégémonisme pacificateur dont se réclame le bras droit de Tony Blair puis d'Ashton Catherine permet, aujourd'hui, de poser tant de questions sur le devenir de la relation entre l'occident et l'Islam au moment où se développent des effets néfastes d'une ère tumultueuse, laquelle avait, en somme ,débuté au lendemain des attentats du 11 septembre puis consolidée sous l'effet de ces 15 ans d'attentats terroristes en Europe et aux USA .

Ici, il est utile de se rappeler de ces voix lancées il y'a 10 ans, par certains députés droitiers du Vieux Continent, pour préconiser soit la démilitarisation complète de la nation musulmane, soit une militarisation plus large du monde civilisé Européen. Or, et bien qu'elle existe (mais n'a jamais été déclarée) , la première option bute "conjoncturellement" devant des thèses opposées animées par une classe de politiciens partisans de l'intégration contrôlée (français surtout ), lesquels attendent toujours pour voir où pourrait amener la "domestication militaire assurée dans le programme de l'OTAN " .

Même s'il s'agit d'une diplomatie hégémoniste pratiquée avec finesse, cette domestication enrobée cyniquement dans la formule coopération OTAN-RIVE SUD, "sous-entend monde arabe", n'a pas gagné aussi des points, même chez certains penseurs de la rive nord, à l'image "d'un intellectuel modéré" comme l'historien Tzvetan Todorov, l' imminent chercheur du CNRS français lequel rejoint ouvertement l'idéologue de la Grande-Bretagne .

Juste, il faut fouiller dans son livre pour trouver le "Nouveau désordre Mondial - Réflexion d'un Européen", commenté abondamment par la presse américaine à un certain temps , l'historien appelle les Européens à abandonner leur pacifisme et leur passivité et a se réarmer. Todorov se félicite que la guerre ne soit plus possible au sein de L'Europe, mais rappelle que le monde n'est pas un espace pacifié et que l'Europe doit apprendre à se défendre .

Se défendre contre qui ? La réponse est facile à devenir dit-on. Dans un entretien qu'il a accordé auparavant au New York Times, Todorov explique que le pouvoir doux de la diplomatie, de l'aide au développement et au multilatéralisme cher aux Européen ne peut être efficace sans un pouvoir militaire exercé durement .

Dans cet entretien, l'auteur du "Nouveau désordre Mondial" critique d'une manière acerbe ces Européens qui rêvent d'un monde paradisiaque devenu insulaire et inefficace en matière de politique planétaire. Il préconise une Europe forte militairement capable d'imposer sa ligne de conduite, qui ne soit, en aucun cas, une rivale a la puissance américaine .

Autrement dit, l'image des États-Unis, de la Grande Bretagne et de la France qui bombardent les réfractaires plait énormément à Todorov. La séquence civilisée prônée par Cooper tournera autour des Hollandais, des Allemands, des Espagnoles et des Italiens qui prennent le relais pour opérer les patrouilles policières. Enfin ce sont les suisses et les scandinaves qui viennent faire les pansements aux blessés et s'occuper de l'aide humanitaire.

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