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16/01/2016 14h:59 CET | Actualisé 16/01/2017 06h:12 CET

Tacfarinas des numides ou le mystère d'un patronyme

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"Is demum annus populum Romanum longoadversum Numidam Tacfarinatem bello absolvit. Nam priores duces, ubi impetrando triumphalium insigni sufficere res suas crediderant, hostem omittebant; iamque tres laureatae in urbe statuae, et adhuc raptabat Africam Tacfarinas, auctus Maurorum auxiliis, qui, Ptolemaeo Iubae filio iuventa incurioso, libertos regios et servilia imperia bello mutaverant".

La traduction intégrale du texte nous donne: "Cette année, délivra enfin le peuple romain de la longue guerre du Numide Tacfarinas. Jusqu'alors nos généraux, contents d'obtenir les ornements du triomphe, laissaient reposer "l'ennemi" dès qu'ils croyaient les avoir mérités. Déjà trois statues couronnées de laurier s'élevaient dans Rome, et Tacfarinas mettait encore l'Afrique au pillage. Il s'était accru du secours des Maures, qui, abandonnés par la jeunesse insouciante de Ptolémée, fils de Juba, au gouvernement de ses affranchis, s'étaient soustraits par la guerre à la honte d'avoir des esclaves pour maîtres.

Ce qui nous intéresse dans le texte latin est le nom de "TACFARINAS" que Tacite l'historien romain ait pris le soin de le rapporter dans cette forme d' orthographe dans son livre "Les Annales II, 52". La question est la suivante: le mot "Tacfarinas" a t-il une signification ?

Possible. Laquelle ? La question devint complexe car son utilisation en Tacfarinatem dans le texte romain après Numidam le confine dans l'accusatif singulier.

Or, le nom Tacfarinas dans sa présentation peut indiquer que le mot est utilisé dans le nominatif singulier et pourrait l'être dans le vocatif singulier si le lexique le permettait . On peut aussi développer davantage, même si le texte de Tacite sur la révolte de Tacfarinas ne comportait pas des situations de de génitif singulier tel TACFARINATIS.

En tout cas, pouvons-nous dire que l'appellation "[T]a[C]farinas" avait été donnée dans le but de désigner un personnage sur la base d'une filiation familiale ou tribale ? Que ce nom aurait été adopté simplement par désir d'éviter des confusions et par conséquent, il avait rattaché notre homme à une région ou à une ville ? Bien maigres sont les informations dont nous disposons pour trancher sur la nature et la signification du nom ou du surnom de [T]a[C]farinas.

Cependant, il reste très utile de mentionner l'historicité de ce genre d'anthroponymes attestant de sa présence dans l'Algérie ancienne. Pour preuve, l'historien latin Justin avait évoqué l'existence d'un roi libyque appelé Hiarbas lequel aurait demandé en mariage la célèbre princesse Elissa, reine de Carthage .

Elissa aurait été demandée encore en mariage par plusieurs souverains berbères, notamment celui qu'on dénomme Lopas. On peut, dés lors, éviter toute imputation à une origine phénicienne ces noms avec une terminaison en "as" et que, par conséquent, on peut ramener ces anthroponymes à des dérivées libyco-amazigh vers un temps où le qualificatif de berbère n'avait pas encore remplacé le libyen.

Toutefois Il sera aussi judicieux d'étayer notre exclusion de toute sorte d'influence phénicienne sur le nom [T]a[C]farinas en mentionnant, sans hésitation, l'existence de ces appellations portant le suffixe As (pour d'autres terminaisons nominatives car les nom se conjuguent) avant que les exilés de Tyr (les phéniciens) ne viennent tenir garnison sur les cotes amazigho-tunisiennes: soit 650 ans avant J"C .

Y-il dans le nom [T]a[C]farinas une consonance ayant pour origine des dénominations lesquelles auraient atterri suite à l'apport du partenaire Hellénique (Grèce), ou tout simplement suite à la relation des anciens amazigh avec d'autres partenaires anonymes ? Difficile de s'aventurer sur ce chemin qui a eu auparavant un gros lot d'échec .

En tout état de cause, on est amené à supposer avec toute vraisemblance que le nom [T]a[C[farinas qui a sauvegardé sa transcription latine dans les textes de Tacite (l'historien romain) ne diffère pas en matière de terminaison de ces séries de noms en "As" ou dans d'autres le "s" fut supprimé pour usage de prononciation ou transcription.

Sans être conjuguées et demeurant dans leur état neutre, ces appellations ont fait à ce que la domination des terminaisons en (a) et (as) dans les lieux et les personnes est frappante. Il n'est pas étonnant de voir que le nom Lopas que nous avons précité en exemple portait, parfois, des transcriptions libyques d'Iuba, à ne pas confondre avec Juba

Pour apporter encore une argumentation plus tranchante sur une origine que nous imputons sur le compte berbère, il faut donc énoncer cette autre série de noms prouvant leur existence dans l'histoire nord Africaine. Elle (la série) peut, à elle seule, donner une clarification sur ces appellations dont le "As" figure en terminaison .

On peut donc citer: Ailymas ( ancêtre de Massinissa), Acherbas , Badias, Iabdas, Antalas, Aphéras, et Narhavas le Numide. Ainsi, le nom de [T]a[C]farinas trouvé dans les annales de Tacite est une appellation qui, à notre sens, devrait s'inscrire dans la même tradition berbère liée à l'attribution de noms, autrement dit, n'était pas extérieure à la langue et elle n'a pas été adoptée pour apporter un qualificatif ou un genre de surnom donné à une personne. "L'hypothèse de son rapport avec un lieu, une tribu ou avec une famille reste posée".

Autre question se rapportant au nom [T]a[C]farinas est celle de l'orthographe. Il est très probable qu'on est face à une orthographe incorrecte et que l'emplacement d'un C ( au son du K ) serait le point d'orgue de la faute. Ce "C " phonétiquement prononcé en K aurait été mis à la place d'une lettre pouvant être ce Ch phonétique Kh.

Même cas pour le T du commencement lequel reste discutable dans le cas des anciens noms amazighs. La dernière remarque concerne la présentation de l'appellation. S'agit-il encore d'une fusion de deux noms et qu'on est tenté ainsi de dire que [T]a[C]farinas s'est présenté à titre d'exemple de la sorte : THEKHFERINAS ? Supposition. En tout cas, elle est plus plausible que la présentation étriquée de TIKFARIN.

En tous cas, l'écriture des "Annales" de Tacite, soit l'an 115 après J.C, pourrait elle aussi, comporter des défaillances. L'historien romain est intervenu presque 100 ans après les événements et qu'il aurait affronté probablement une difficulté de transcrire ce nom tant sur le plan de la prononciation que sur le plan de la composition .

En personne, extérieure au monde Amazigh , Tacite aurait vécu le même problème que vivons aujourd'hui : Celui de prononcer correctement les noms étrangers à nos langues . En somme , ces suppositions ne peuvent être écartées , et l'appellation [T]a[C]farinas demeurera pour des années à venir, amputée de précisions .

Malgré ça rien ne nous empêche de conclure que le nom de ce résistant algérien, comme on a mentionné précédemment, faisait partie de cette onomastique nord-africaine et plus précisément berbère, et ceci, si on décide de prendre en compte sa simple relation avec Nerhavas ou Ailymas tous deux de Numidie.

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