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03/07/2015 09h:40 CET | Actualisé 03/07/2016 06h:12 CET

L'indépendance Américaine, l'Algérie et le E Pluribus Unum

Ben Hutchison/Flickr

"The Regency Of Algiers Is A Powerful State, that can put 200.000 Troops Into The Field, And Has A Navy Consisting (As I Have Been Assured By The Commandant Here, And By Many Other Gentlemen With Whom I Have Conversed On The Subject) of several Ships Of Two Batteries, And Frigates Of 44 Guns And There Is No Doubt That They Will Strengthen Their Navy And Employ Its Whole Force Against Us, Because They Have Just Made Peace With Spain". (La régence d'Alger est un État puissant, qui peut mobiliser 200.000 soldats et possède une force navale composée -selon l'assurance que j'ai reçue de la part du commandant "référence au commandant de la base de Toulon, ndlr" et de la part de bon nombre de gentlemans avec qui j'avais parlé- de plusieurs vaisseaux a deux ponts de batteries et des frégates de 44 canons et il n'y a aucun doute qu'ils -les algériens, ndlr- renforceront leur marine et utiliseront toute sa puissance contre nous, car ils viennent juste de faire la paix avec l'Espagne) (Sources: archives coloniales de la Caroline du Nord).

Invincibilité algérienne et les mots du prélude appartiennent à celui qui allait devenir le premier ambassadeur des États-Unis , affecté dans un pays musulman nommé "americainement" (Central Barbarian State)... Malheur du destin, il meurt avant de rejoindre son poste à Alger, soit le 18 juillet 1792.

Instructif d'ailleurs, le fait de remonter un peu plus loin, dans nos rapports avec le monde anglo-saxon afin de mentionner que John Tripton fut aussi le premier ambassadeur britannique dans le monde, affecté par Elizabeth I à Alger ou le sanguinaire Hassan le Vénitien le Beylerbey de la régence, eut le premier privilège de le recevoir en 1580.

Cette exclusivité semble donc se répéter avec les américains 200 ans après, mais avec celui qui fidèlement, décrivît la marine Algérienne de la fin du 18e siècle: Il s'agit de l'amiral John Paul Jones (1747-1792) un ancien commissaire militaire (naval) des États-Unis en Russie puis en France. Dans une lettre datée du 6 août 1785 et envoyée à John Jay secrétaire d'État sous Georges Washington, Jones qui recevra plus tard, le titre d'héros et père de la marine américaine (US Navy), parla des capacités militaires de la régence d'Alger celle qui venait de mettre la main le 25 Juillet 1785, à trois milles au large de Cap Saint Vincent (Portugal), sur deux goélettes américaines soit: Maria Of Boston et The Dauphin Of Philadelphia.

Une opération commanditée quoi! Selon des récits d'ailleurs, laquelle va nous ouvrir une brèche afin de parler de l'Algérie "Deylicale" et son rapport avec l'indépendance américaine même si le comité des historiens du département d'État guidé par des considérations politiques, ne s'est pas libéré de cette déformation historique dans la classification d'Alger et sa place dans la naissance des États-Unis d'Amérique. On entend parler par indépendance américaine, non pas du jour de la déclaration du 4 juillet 1776 mais surtout de l'achèvement salvateur du processus de la confédération des 13 États, 11 années après, donnant naissance aux trois lettres U.S.A. et en florilège, leur devise E Pluribus Unum (plusieurs à partir de Un).

Ainsi et pour qu'on puisse meubler convenablement l'argumentaire, il est impératif de se tourner vers Londres tout d'abord, dans une époque ou en voulant causer par ricochet des problèmes à sa fille rebelle America -car ayant mal avalé ce qu'on appelait le traité de Versailles (3 septembre 1783) reconnaissant son indépendance proclamée le 4 juillet 1776- la Grande-Bretagne inonda d'éloges la Régence d'Alger, l'ennemie de ses ennemis Latins, en la poussant à saboter le commerce américain en méditerranée.

Le malentendu Américano-Algérien semble commencer pas loin mais juste ici, et voilà que le Dey Omar qui plaisait à appeler le Roi Georges III le père (The Father) ouvre sa cour en ce mois de Mars de l'année 1785, à Lord Logie un consul Britannique accourant à la hâte pour chuchoter dans l'oreille d'un souverain trop préoccupé par les affaires des autres comme un idiot utile, au lieu de bâtir une université moderne à Alger ou apprendre de la renaissance de ses voisins du nord.

Logie fit remonter le Dey contre son rival (le rival de Logie) Benjamin Franklin ambassadeur des USA en France, mais tint surtout à l'informer du statut des navires marchands américains qui vinrent à Cadix (Espagne) en utilisant fallacieusement d'anciens documents britanniques dans le but de tromper les Corsaires barbaresques.

Bien qu'un lot d'incohérences colle encore à cette histoire même si, à cette année de crise, une banderole fut suspendue à Philadelphie dénonçant la traîtrise des chrétiens britanniques et leur alliance avec le musulman Algérien, mais on est tenté de croire avec assez de vraisemblance que le Dey d'Alger eut pensé sérieusement à kidnapper Benjamin Franklin dès qu'il quitte le Havre (France) vers Norfolk Virginie, un voyage de 23 jours direction Ouest et 19 jours direction Est , à cette époque.

Toutefois, le chef de la régence d'Alger fit remarquer à Lord Logie que les marins Algériens ne savent pas lire et il est préférable qu'il lui macule un dessin afin qu'ils puissent (Marins) reconnaître qui est navire britannique et qui est américain?

La suite est connue, c'est la capture de deux bateaux US mais surtout le kidnapping d'un capitaine exceptionnel nommé Richard O'brien, devenu depuis août 1785 l'interlocuteur du Dey et son conseiller mais aussi le premier consul de fait des État-Unis à Alger. Selon les documents du Congrès, ce fut Pierre Eric Skjöldebrand le frère du consul de Suède qui s'occupa au début de 1792 des affaires américaines à Alger après que John Limbs eut reçu dès le 1er octobre 1785, l'autorisation de John Adams pour se déplacer à Alger négocier durant 4 années, et la libération des captifs et la conclusion d' un traité de Paix avec la régence... Selon un modèle suédois datant de 1729.

Ce détail occulté par les historiens bureaucrates du Département d'État, eut en principe son lot de véracité comme d'importance, car il marqua des contacts diplomatiques, donc une reconnaissance mutuelle indépendamment de la nature des problèmes à traiter. Cependant, l'exercice fut périlleux car les négociations se heurtèrent à l'exorbitance des rançons demandées selon la version américaine, alors qu'en filigrane il semblerait évident que les choses s'envenimèrent à la fin de décembre 1785. En effet les documents de l'État de Virginie évoquèrent l'arrivée en septembre 1785, au Port de Norfolk Virginie via un passage par Portsmouth en Angleterre, de 4 personnes d'origine Algérienne ne parlant aucun mot anglais.

Le gouverneur Patrick Henry donna l'ordre de les emprisonner puis de les interroger. Selon les rapports, Ils détenaient des documents écrits en hébreux et l'un d'eux parle un peu le Français. Les américains eurent vite compris que le Dey d'Alger eut entrepris à travers ces suspects, l'organisation d'une opération d'espionnage. La suite fut trop confuse. Alger perdit leur trace et serait venue à conclure que ses "émissaires" furent passés par les armes au moment où la version officielle évoquait souvent leur déportation vers l'Angleterre, le pays d'où ils sont venus. Cet incident fut donc le début d'une série d'histoires sur la présence d'espion Algériens aux États-Unies.

Mais l'autre élément fort saillant et qui illustre la contradiction des situations, réside dans le rôle joué par l'Algérie musulmane pour fissurer le cousinage et la chrétienté américano-britannique, moment où, dès le début de 1786, l'Espagne chrétienne premier ennemi d'Alger en temps de paix comme de guerre, eut réussi à fissurer elle aussi, le cousinage et la "musulmanité" Algero-marocaine déjà fragile depuis que Mourad Raïs eut créé à Salé (près de Rabat) la première république de Oued Bouregreg 1627-1668 laquelle cessa durant 30 ans, de reconnaître l'autorité du Sultan de Fès Moulay Zidane.

Thomas Jefferson ambassadeur en France des Juin 1785, en remplacement de Franklin, félicita d'ailleurs l'Espagne en Janvier 1787 pour ce qu'il qualifia d'efforts louables dans la conclusion d'un traité de paix entre le Maroc et les États-Unis, document ratifié par le congrès continental des juin 1786. Vieux quiproquo en somme, ou même après 225 ans, le démocrate Joe Biden vice-président américain imputait cyniquement l'année dernière et lors d'une visite à Rabat, la reconnaissance marocaine des États-Unis grâce à ce traité négocié par l'agent Thomas Barclays en 1786.

À vrai dire comme s' il aimait le Maroc! Peut-être, alors qu'en réalité les démocrates de Clinton and Co. contrairement à la franchise républicaine, n'ont jamais été sincères avec l'Algérie. Bien qu'on ne veut pas polémiquer avec nos cousins de l'ouest avec qui nous n'avons pas la même lecture de l'Histoire pour un label sans importance... et c'est normal, mais il faut bien mentionner qu' on se trouve déjà happer par un paradoxe dans les dires du vice-président américain lequel aurait dû s'en tenir à l'officiel.

Fallait-il rappeler que la nomination de James Simpson le premier consul américain au Maroc a été établie le 7 Décembre 1797, alors qu' Alger avait reçu le consul Joel Barlow le 4 Mars 1796 soit 19 mois avant. Cependant le point d'orgue dans le problème Algérien résidait tout d'abord dans cette marque de Deys lugubres qui se sont succédés à Dar Aziza, dans des moments où la régence avec ses trois provinces, jouissait d'un statut complètement autonome par rapport à une porte sublime intéressée uniquement par les cadeaux, la Baklawa et les bagues , si ce n'est appeler les Algériens barbaresques, à l'aider dans ses bagarres orientales.

Le mal de tête se trouvait encore dans ce pays-garnison à capacité mobilisable de 200 milles hommes (impressionnant), et d'une présence consulaire en son sein, des plus importante du monde arabo-musulman ou berbero-musulman, et qui fut colonisé par 27.500 soldats Français en 1830. En Bonus, la honteuse défaite de Staouali résumant sans conteste la division, le tribalisme et l'ignorance, faits régnants sous la houlette d'un énergumène appelé Hussein Dey, le trouillard de Naples, qui garde encore des places dédiées a son vilain de nom.

Revenant aux Américains qui forgèrent l'édification de leur pays à partir de l'université Harvard comme à partir d'un slogan traditionnel porté dans le grand sceau officiel. C'est E Pluribus Unum qui peut se traduire comme précité par "Un à partir de plusieurs" ou, dans une traduction plus directe, "De plusieurs, un". Cette devise, qui réfère d'abord à la symbiose des 13 colonies indépendantes en un pays unifié, a ensuite pris une dimension sociopolitique supplémentaire, de par la nature cosmopolite et démocratique de la société américaine, formée par un bon nombre d'ethnies. Cette union qui continue à faire l'objet d'un discours présidentiel chaque année, se fond dans l'appellation de l'United States Of America utilisée pour la première fois en 1777, soit quelques mois après la déclaration d'indépendance de 1776.

Elle est restée pourtant fragilisée jusqu'à la naissance de la constitution lors la convention fédérale de Philadelphie (mai-septembre 1787) qui scella la dite union et par voie de conséquence, compléta la définition de l'identité américaine. On imputa à James Madison toute la réussite de cet exploit, en le présentant comme le père de la constitution.

Ce dernier par modestie disait plus tard: "In Later Years Madison Denied That He Was The 'Father Of the Constitution', Observing That The Nation's Charter Was 'The Work Of Many Heads And Many Hands' Rather Than The 'The Offspring Of A Single Brain". Madison refuse de se voir attribuer le titre de père de la constitution en faisant remarquer que la charte de la nation est le travail de beaucoup de têtes et demain plutôt que le produit d'un seul cerveau. Mais l'United difficilement gagné revient aussi à cet ennemi Algérien.

Ainsi, lors de la convention de Philadelphie organisée pour adopter la constitution qui renforça l'Union, l'auteur Peter Markoe, en concert avec Georges Washington et James Madison, distribua un document de 60 pages intitulé Espion Algérien de la Pennsylvanie (livre coûtant 13 dollars aujourd'hui). Dans ce document, Markoe parle de lettres qu'avait envoyées (Mohamet?), un espion algérien ayant séjourné en Pennsylvanie.

Mohamet a fini par délaisser sa mission pour glorifier à partir de Gibraltar où il s'est réfugié, les valeurs chrétiennes des USA. Le document parle aussi d'un plan Algérien visant à coloniser et rendre musulman l'État de Rhode Island sur la côte Est, pas loin de Boston. Cet État qui était le premier à avoir coupé les liens avec la Grande-Bretagne, n'a pas envoyé de délégation à la convention de Philadelphie de 1787.

Markoe en produisant son document a fini par conclure que si Rhode Island n'opte pas pour l'union, il finirait par être annexé à Alger, car d'après Markoe, les Algériens qui cherchèrent vengeance, n'ont jamais admis la christianisation de l'île de Malte. Durant les années 1788 et 1789, les témoignages les plus folles gagnèrent les 13 États qui forment les USA.

Les Algériens sont partout: dans les forets dans les montagnes, avec les espagnoles en Floride ou dans la république Dominicaine au centre des Caraïbes en nombre de 100.000. Des fermiers de la Caroline du Nord sont arrivés à passer des nuits dans les granges, fusils de chasse à la main. Les récits venant de Charleston en Caroline du Sud parlèrent de silhouettes portant des Turbans et ayant de grandes moustaches.

Le gouvernement des États-Unis a laissé croire que ces Algériens se trouvent militairement en force, n'attendent que l'ordre pour fissurer l'Union. Pris dans le piège de la paranoïa, Rhode Island a fini par se rallier a l'union en ratifiant la constitution le 29 Mai 1790... L'Algérie est devenue, en quelque sorte, le 9e père fondateur des États-Unis d'Amérique. Ou comme disait Maichael Warren: "... In An Indirect Sense, The Brutal Dey Of Algiers Was A Founding Father Of The Constitution...".

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