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07/02/2016 06h:09 CET | Actualisé 07/02/2017 06h:12 CET

Le syndrome de l'âgisme et la république des gamins

En Algérie, on crie pour la république de la marelle avec l'instauration prochaine d'un conseil de la jeunesse style ex-commissaires du peuple à la jeunesse et en quezaco style URSS. Une fabrication unique au monde, greffée comme un affront à la constitution du pays et qui invite les jeunes à la sieste et au passeport diplomatique. Aux Etats-Unis, c'est le sénateur Sanders, 75 ans qui mène le ball, florilège de l'exploit, se faire plébisciter par une grande frange de jeunes.

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En Algérie, on crie pour la république de la marelle avec l'instauration prochaine d'un conseil de la jeunesse style ex-commissaires du peuple à la jeunesse et en quezaco style URSS. Une fabrication unique au monde, greffée comme un affront à la constitution du pays et qui invite les jeunes à la sieste et au passeport diplomatique. Aux Etats-Unis, c'est le sénateur Sanders, 75 ans qui mène le ball, florilège de l'exploit, se faire plébisciter par une grande frange de jeunes.

Et dire, lorsqu'un pays se trouve happé par une crise économique et sociale, chacun essaye, à sa manière, de se triturer les méninges pour faire valoir son registre d'explications. Normal, puisque nul ne peut restreindre à autrui le droit à l'exercice citoyen. Mais parmi les explications classées dans les nouveautés algériennes et qui ne peuvent pas se passer de commentaires, se trouve cette affaire de vieux et de jeunes.

Cela est devenu un rituel. Chaque jour, un cadet appartenant à ceux qui ont ruiné le pays, généralement issu des ses mêmes ex-commissaires du peuple à la jeunesse - comme cette académie de la société civile qui pompe dans le budget de l'Etat - sort de je ne sais où, pour nous casser la patte avec cette affaire d'"Echabab".

Au début, on avait cru qu'il s'agissait d'une simple opinion marginale, mais voilà qu'elle devient un mode d'emploi, voire une inculture néfaste, capable de tronçonner une société traditionnellement, connue pour le respect de "Kbir Eddouar" et en filigrane, sa sagesse dans les décisions.

Cependant, ce qui fait mal au cœur, c'est que le pays se trouve complètement démuni face à de telles hérésies, comme s'il vit une pénurie d'économistes, de sociologues ou d'analystes tout court. Un bref aperçu sur ce que produisent les centres d'études en Algérie, vous laisse perplexe devant l'archaïsme des applications que dire encore de l'anachronisme des synthèses élaborées.

En tout cas, laissons de côté ces centres et essayons de remettre dans un cadrage chronologique l'âge en Algérie, en prenant en considération le rapport du pays avec le travail, la qualité de l'instruction donnée par l'école, le niveau de vie, le degré de l'émancipation de la société (femme en particulier), l'impact de la rente, les conséquences de la taille de l'Etat, et enfin, l'initiative et le savoir-faire. Tous ces facteurs laissent déduire que l'Algérie échappe à la notion universelle comme traditionnelle qu'on a jusque-là, pour la définition des phases de l'âge.

La solvabilité de l'âge de la personne en Algérie pourrait facilement changer de limites, c'est-à-dire quand on peut devenir majeur et quand on perd la lucidité, sachant bien qu'on a tendance à manifester notre préférence à "Ouahed chareb man aklou" (Quelqu'un qui a bu de son esprit) ...

A part le football ou certaines disciplines liées aux aptitudes physiques, nous pensons sérieusement que l'Algérie a énormément besoin de l'âge surtout lorsqu'il est armé de compétence.

Les expériences algériennes de promouvoir les générations montantes sous le vocable démagogique d'encourager les jeunes "Achabab" ont donné des catastrophes et ont reprogrammé d'autres crises. Les techniques de détourner l'argent, d'improviser les siestes subventionnées, de promouvoir la corruption et le banditisme à grande échelle, se sont perfectionnées, alors que le savoir et l'instruction sortent continuellement, vilipendés par la métastase de l'ignorance. Pourquoi...?

C'est simple. Le pays est livré à une médiocrité de l'analyse ayant donné naissance à un catalogage lugubre poussant carrément au chamboulement social. Or, la société doit être définie uniquement par des mots : citoyen, droits, devoirs, aptitudes et compétences, même si on dit que la société algérienne d'avant, aurait profité de la performance individuelle liée à l'avantage que donne l'âge, mais dès qu'on tente de chercher une continuité, on se trouve encore à côté de la plaque.

Prenant par exemple la références, aptitude à 22 ans, qui a substantiellement varié ces 80 ans, elle laisse apparaître encore une cassure dès que le défunt Chadli ait commencé à casser le pays.

Essayons de clarifier. Nous pensons que les aptitudes de 22 ans des années 1990 ne peuvent pas se mettre dans le même panier que les 22 ans de Farhat Abbas en 1921, de Mostefa lacheraf en 1939 et de Saïd Sadi en 1968.

Ces trois personnes (échec ou pas échec) qui raisonnent probablement différemment et dans des intervalles différents, puisent dans une rhétorique appréciable, se caractérisent par un éveil politique assez remarquable et répondent à un excellent standard d'instruction. Une différence criarde avec les aptitudes de 22 ans d'âge des années 1990.

L'Amérique qui n'a pas d'âge

Est-ce que les Américains qui dominent ce monde sur le plan économique, industriel et même culturel se trompent lorsque la totalité de leurs Etats exigent une autre majorité de 21 ans pour que le citoyen exerce certains autres droits. Nous pensons que non, car dès sa naissance, ce pays n'a pas fait dans la démagogie d'Echabab. Bien au contraire, il puise constamment dans le "judicieux" de la compétence. Cette doctrine apparaît clairement dans l'exercice de la fonction politique, exécutive et surtout judiciaire.

Pour rappel, au moment où Obama, le jeune, se présentait aux élections de 2008 son rival Mccain, avait l'âge de 72 ans. S'il était élu à la présidence US, il y serait jusqu'à 80 ans. Pourtant le cas de John Mccain (un sénateur que personne n'a dit qu'il était vieux) reste insignifiant devant la cas de Frank lautenberg, qui a l'âge de 89 ans et occupe le poste de sénateur démocrate de New Jersey, dans un Etat de jeunesse, reputé progressiste (Progressive State).

On trouve encore beaucoup d'exemples dans cette institution qui est le Sénat, où les partis puisent pour designer leurs candidats à la présidence : Daniel Inouye, sénateur de Hawai, occupe son poste depuis 50 ans et à l'âge de 88 ans. Daniel Akaka de l'Alaska, a 88 ans et est là depuis 22 ans. Richard Lugar de L'Indiana, 80 ans, est dans ce poste depuis 35 ans et Diane Fenestein de la Californie, 79 ans, est là depuis 20 ans. Un résumé de la moyenne d'âge pour les sénateurs des Etats-Unis nous donne 63,5 ans.

Or, une répartition de 100 sièges par tranche d'âge, nous livre le résultat suivant : 4 entre 80 et 90 ans, 24 entre 70 et 80 ans, 38 entre 60 et 70 ans, 26 entre 50 et 60 ans et 8 entre 40 et 50 ans. Il n'y a pas de "Chabab" et 66% des sénateurs ont plus de 60 ans ! Et le pays fonctionne à merveille... Pour les 50 gouverneurs des Etats, la moyenne d'âge est de 59,5 et le plus vieux gouverneur reste celui de la Californie, Jerry Brown, 73 ans, l'homme qu'on dit brisé suite à sa défaite en 1982.

Aguerri par son expérience, il revient et déloge en 2011 Arnold Schwazenegger, 63 ans. Quant à la chambre des Représentants, la répartition de l'âge mentionne une indication fort intéressante : 12 membres plus de 80 ans, 46 membres entre 70 et 80 ans, 145 entre 60 et 70 ans, 136 entre 50 et 60 ans, 76 entre 40 et 50 ans et 20 entre 30 et 40 ans. Sur les 435 sièges, 339 sièges sont occupés par des représentants âgés de plus de 50 ans soit une proportion de 78%, très loin de la moyenne américaine de la population.

Le Census Bureau donne une moyenne nationale de l'âge de la population américaine qui est de 36,8 ans alors qu'en terme de fourchette, la proportion des gens de 65 ans (et +) avoisine les 12% contre 28% pour les 20 ans et moins.

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