LES BLOGS
08/10/2015 11h:39 CET | Actualisé 08/10/2016 06h:12 CET

Dr Laid Annane: dettes françaises auprès de la Régence d'Alger

2015-10-06-1444144610-7046484-annane2.JPG

Publication posthume: Résumés d'essais historiques

Par le Dr Mohamed Laid Annane

Les relations de |'Algérie avec la France remontent loin dans le temps. La France occupa dans le commerce de la Régence une situation exceptionnelle. Dès 1478, les habitants de la Provence Française établirent dans le Constantinois et dans le Royaume de Tunis des zones d'activités, dans la pêche exclusivement. Un territoire allant de Tabarka à Béjaia sous forme de concessions accordées par des chefs autochtones: les chefs des tribus de Béni Ameur à |'ouest, le Cheikh Tehami pour le centre, le Cheikh Améziane représentant les chefs des tribus de la Kabylie et le Cheikh Ben-Yakoub pour les tribus du Constantinois

C'est ainsi qu'en 1560, pour jouir des privilèges accordés aux Français, une association de négociants marseillais, dont quelques-uns d'origine corse et au souvenir de laquelle restent attachés les noms de Thomas Lincio et de Carlo Didier, vint installer sur le rivage un premier établissement qui a été appelé le "Bastion de la France".

En 1628, le Cardinal de Richelieu charge le capitaine Sanson-Napollon de négocier avec le bey de Constantine un traité aux termes duquel étaient cédés au Roi de France le "Bastion" et la place de Bone (Annaba actuellement) avec autorisation de s'adonner à la pêche. Les directeurs de la Calle (El Kala actuellement), nouveau centre des établissements français dans la Régence, furent nommés par le gouvernement royal de France.

2015-10-06-1444144148-6317694-annane.jpg

Le commerce du corail et des céréales

Les compagnies françaises de Marseille, se livraient a la pêche du corail et au commerce intensif des exportations des céréales. Des commerçants français rejoignirent à Alger Ies représentants des Maisons de Marseille (Ginon, Meifrun et Crest) qui s'y trouvaient déja depuis un certain temps.

D'ailleurs, lors de la création du consulat français en 1564, c'est un Marseillais que le Roi de France

nomma Consul. Pour le commerce extérieur d'Alger et de manière générale pour toute la cote sud de

la Méditerranée, Marseille précédait le port italien de Livourne où s'étaient rassemblés des Portugais,

des Juifs et des Maures, chassés de la péninsule ibérique. Ce port devint très vite, la grande place de

stockage de marchandises réexpédiées d'Alger après les prises des Corsaires.

Dès la fin du 17e siècle, des Juifs d'Europe venus à Alger, en particulier de Livourne, s'étaient servis des accords chrétiens-musulmans de l'époque pour se placer sous la protection du Consul de France. Ils ne tardèrent pas à prendre dans la Régence des situations prépondérantes en créant des réseaux d'affaires entre les deux villes.

Ainsi J.M Haddey, dans le "Livre d'or des Israélites», soulignait que "les opérations de banque et de commerce étaient presque exclusivement entre les mains des Israélites" qui conservèrent cette prééminence malgré la concurrence de quelques Maisons européennes, françaises pour la plupart.

A Oran, Isidore Bloch relève que, parmi Ies opérations relatées dans les livres du Vice-consulat d'Espagne, Ies deux tiers appartiennent aux Israélites. Ces opérations portaient sur Ies transactions du bétail et des céréales, expédiées vers Malaga, Carthagéne, Almeria, Algésiras et Gibraltar. Dans le circuit du commerce extérieur, de l'import-export dans la Méditerranée et le circuit des finances extérieures (banque et crédit), les Maisons juives de nationalité française avaient le rôle actif principal si ce n'est l'essentiel.

La reconstitution des comptes économiques et financiers de la Régence révèle, sur une période allant de 1750 à 1815, l'existence chez cet Etat d'une capacité financière extrêmement importante : une balance commerciale trés favorable (excédentaire grâce aux céréales, au corail et aux produits de l'élevage) et une balance des paiements excédentaire grâce aux prises que faisaient Ies corsaires et dont le produit était revendu a Livourne. Une petite partie de la monnaie en or était conservée en dépôt au trésor de la Casbah, tandis que la plus grosse partie était déposée à Paris, à Marseille, à Gênes et à Livourne, dans des maisons juives.

2015-10-06-1444145424-9773071-14947ChroniquessurLalgerie.jpg

D'importantes créances

Pendant une longue période, la Régence d'Alger était créancière du Royaume de France. Certes, celui-ci avait des créances sur Ia Régence mais elles étaient sans commune mesure avec ce qu'il devait à Alger.Le solde des balances commerciales et des paiements avait été confié par Ies différents Deys d'Alger aux Maisons juives.

Mais Ies comptes n'ont jamais été ni apurés, ni soldés. Et c'est ainsi que Ies malentendus se sont accumulés au point que la volonté des royalistes français d'occuper la Régence par la force se dessina comme politique et apparut comme objectif.

Certains auteurs écrivaient a l'époque sur la Régence que la monnaie d'Alger était très active. Le Dey recevait des quantités considérables de pièces de monnaies fabriquées à l'aide des objets en or et en argent achetés aux habitants. La presque totalité de ces objets provenaient du butin des corsaires revendu a Livourne.

Dans son livre, (Esquisse de l'Etat d'Alger), Shaler, consul des Etats--Unis a Alger avant 1830, signalait "une grande accumulation de richesse faite par Alger qui doit être définie comme la ville la plus riche du monde".

La régence d'Alger était créancière des villes chrétiennes d'Espagne, de France (Paris et Marseille), d'Italie (Gênes et Livourne) de plus de 250 millions de francs de l'époque, 150 millions selon M. Duval, le Consul de France, voire 500 millions selon d'autres évaluations.

Cependant, ce qui est important à noter, c'est que les comptes extérieurs de la Régence, tous excédentaires, étaient domiciliés dans Ies Maisons juives en Espagne, en France et en

Italie. Du point de vue historique, la France a, vis-a-vis du peuple algérien, une dette imprescriptible.

Cette dette est double: elle est d'abord morale et exige de la France des excuses publiques pour le mal qui a été fait aux Algériens pendant les 130 années d'occupation (exactions, tortures, massacres, déplacements de populations, déportations, déculturation etc.)

Elle est ensuite financière. La France doit aussi reconnaître ses dettes d'avant 1830 et rendre justice

aux Algériens pour les spoliations de leurs biens et de leur exploitation durant l'occupation.

Les formes et les solutions techniques existent. M.L.A*

2015-10-06-1444168281-7802954-ann223.JPG

Biographie: M. Laid Annane, fils d'El Eulma

Celui qu'on peut appeler cadre de l'Etat , le fut sans conteste. Chargé en 1963 des questions économiques au palais du gouvernement, il se reconvertit entre 1964 à 1968 en enseignant à l'université' d'Alger et directeur des Etudes au ministère de la planification. En 1968, il fut appelé par le président lui même pour piloter la direction de la comptabilité nationale a la présidence de la république .

Apres la mort de Boumediene en 1978, il retourne au ministère du Plan et y resta jusqu'en 1983. Injure suprême, le voila injustement mêlé a un calcul funeste. En effet , le régime de la gabegie Chadliste ne l'épargna pas dans ses turpitudes et son ignominie dans la guerre contre Messaoud Zeggar ... ( aussi originaire d'El Eulma).

Ce ricochet y joua fortement , et Il fut arbitrairement mis en prison à Blida pour en subir l'iniquité infâme durant 2 années , après lesquelles on le déclara bonnement innocent.Cette injustice l'affecta jusqu'à sa mort en juillet 2013. Déjà il décida après sa libération de prendre sa retraire, sauf passage furtif a la tête du CNES ( conseil économique et social ) en 1994, sur demande de Mokdad Sifi.

Et dire qu'en Algérie la tyrannie de l'ignorance l'emporte jusqu'à ce jour, sur le savoir et l'instruction. L'abus se mélange à l'exclusion exactement comme celle que subissait notre homme dans des ères narquoises d'un délabrement politique insondable. Il s'il s'isola pour se consacrer à l'Écriture.

Jeune sa vie commença à El Eulma comme il s'y acheva. Fils d'El Hachemi et de Boukaboub Fatma, Annane Mohamed Laid, est né le 26 Novembre 1934 . Apres les cycles primaires et moyens accomplis dans sa ville natale, il poursuivit ses études secondaires au lycée de Setif, mais après deux années, il fut transféré, suite a une sélection d'excellence, au lycée Clerment Ferrand ( France ) où il obtint son bac mathématique avec mention bien.

Toutes les évaluations le représentèrent en étudiant assidu et persévérant ce qui a fait de lui un candidat de choix pour l'obtention d"une bourse d'études en vue de parachever sa formation académique. Le choix tomba sur la ville de Grenoble et son université dans la quelle il fit un passage de 4 années, qui furent d'ailleurs, sanctionnées par une licence en Mathématique .

Or, c'est dans cette université ouùil rencontra sa compatriote, une étudiante de Frenda, Meskine Keltoum devenue sa conjointe. Ce fut déjà une exception d'y trouver des femmes algériennes étudiantes à cette période-ci. Militant et responsable au sein du comité FLN des étudiants, il entama son action à Grenoble puis à Paris vers laquelle il déménagea pour préparer un Doctorat en sciences économiques.

Alors qu'il était étudiant, la mort de son frère avec le groupe des Moudjahidines gazés en 1956 dans la grotte de Djerrah (Beni Amrane ) l'affecta profondément. Mais elle le scella à sa partie pour laquelle il n'a jamais changé d'horizon.

Modeste, comme il fut , respecté et respectable y demeure. Il tomba gravement malade. Ses derniers jours, il les passa en train ou en autobus au milieu de ceux qui lui ressemblent ... entre El Eulma et Alger pour aller encore, comme tout le monde se soigner ... Il est décédé le 3 juillet 2013 dans cette ville qui l'a vu naître .

LIRE AUSSI: Le Palais de la Jenina, siège du pouvoir en Algérie

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.