LES BLOGS
12/11/2014 06h:23 CET | Actualisé 12/01/2015 06h:12 CET

Plus de femmes dans les conseils d'administration: Une question élitiste? Pas si sûr...

SOCIÉTÉ - Dans les entreprises, les femmes ont plus de mal à afficher et assumer leur ambitions, et à avouer être dans une stratégie de conquête du pouvoir. Celles qui réussissent attribuent souvent leur succès aux "hasards d'opportunités saisies au bon moment", et rarement à une stratégie pensée à l'avance.

SOCIÉTÉ - L'Institut Marocain des Administrateurs a pour la première fois organisé fin octobre un atelier "pilote", dédié aux femmes dirigeantes, professions libérales et cadres exécutives sur la thématique: "Femmes, pouvoir et gouvernance". Les objectifs affichés de cet atelier animé par Viviane de Beaufort, professeure à l'ESSEC Business school (et une référence à l'échelle internationale notamment sur les sujets de mixité et de gouvernance) étaient de travailler sur les postures, les stéréotypes, la relation des femmes au pouvoir et à l'ambition.

Il est apparu que la relation des femmes au pouvoir au Maroc n'était pas si différente de celles que pouvaient entretenir des Françaises, des Britanniques ou encore des Norvégiennes, censées être plus affranchies, soit du fait de leur culture soit du fait de politiques publiques proactives.

Il est également ressorti que les femmes ont plus de mal à afficher et assumer leur ambitions, et à avouer être dans une stratégie de conquête du pouvoir. Celles qui réussissent attribuent souvent leur succès aux "hasards d'opportunités saisies au bon moment", et rarement à une stratégie pensée à l'avance.

Les témoignages de nos participantes ont ainsi confirmé les grandes tendances qui émergent des travaux de Viviane de Beaufort: les conseils d'administration étant des lieux de pouvoir par excellence, ils cristallisent tous les complexes.

En effet, selon Viviane de Beaufort, "le complexe le plus ancré et lié à la posture du minoritaire est celui de "l'imposteur." Il conduit à l'évitement - autrement dit se taire ou renoncer - donc ne pas apporter de valeur ajoutée, ou bien à la suradaptation au milieu dominant, ici milieu masculin avec tous les stéréotypes intégrés malgré soi. On risque de devenir plus macho que le pire des machos, renier des caractéristiques apportant une diversité, donc une valeur ajoutée évidente pour l'équipe du conseil d'administration (pragmatisme, rapport au pouvoir moins égotique).

Le second effet pervers est celui de la "reine des abeilles". Rare, voire seule au sein d'un Conseil composé d'hommes, elle finit par prendre goût à cette position et n'aidera pas les autres femmes à monter... Pour s'en sortir psychologiquement, le déni est alors un allié puissant.

Enfin, le complexe de "la bonne élève" qui va se rassurer sur sa légitimité, en surinvestissant sur les compétences, étudiant à fond chaque dossier, posant des questions (trop?) bref, vouloir bien faire et parfois se faite cataloguer comme celle qui perturbe le jeu".

LIRE AUSSI:Les dix businesswomen marocaines influentes

Il n'a pas été rare d'entendre des dirigeants dire que la question de la participation des femmes au conseil d'administration était un sujet de pays riches, qui ne répondait pas aux grandes problématiques posées par la gouvernance d'entreprise au Maroc. Bien entendu, nous trouvons également des dirigeants (moins nombreux) qui saisissent avec bienveillance l'importance de la participation des femmes aux conseils, comme solution possible à ces problèmes, car cela peut être un facteur de changement, notamment par le biais d'une ouverture à des administrateurs indépendants.

Au-delà du débat sur la question des quotas, sur leur nécessité ou leurs effets "secondaires", la vraie question qui devrait nous interpeller face à la faible représentation des femmes dans les organes de gouvernance, est celle de leur participation même à l'économie: le taux d'emploi des femmes ne dépasse pas les 25% au Maroc (contre une moyenne mondiale de 35%), tandis que les taux de féminisation de certaines filières de l'enseignement supérieur dépassent les 50% et atteignent 63% dans les filières de commerce et de gestion.

Les politiques publiques pourraient d'abord s'attacher à drainer le maximum de talents sur le marché du travail, à les retenir, au grand bénéfice des entreprises, à l'heure surtout où l'on s'interroge sérieusement sur le financement de nos retraites.

LIRE AUSSI:Gouvernance d'entreprise: le dilemme de la transparence

Retrouvez les articles du HuffPost Maroc sur notre page Facebook.