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11/01/2018 07h:58 CET | Actualisé 11/01/2018 07h:58 CET

Tunisie: À quand un vrai shift de la diplomatie économique?

Mark Schiefelbein - Pool/Getty Images

Presque deux ans après être rentré de Chine, je continue d'avoir l'ultime conviction que la solution de secours pour l'économie Tunisienne même à court terme, réside en une simple volonté diplomatique de changer les choses. Oui je dis bien diplomatique, car la diplomatie économique ça existe bel et bien. J'ai réussi à prouver à maintes fois par A + B, et les gens qui me connaissent de près le savent bien, qu'une simple visite d'État officielle en Chine peut renverser la donne.

Je vais essayer d'exposer les choses telles que je les vois, et telles que me l'ont confirmé des officiels Tunisiens en Chine. J'espère aussi que ce sera lu par les bonnes personnes et par les personnes entendues.

Partons déjà du diagnostic, qui est connu, et le cas de la Tunisie n'est pas un cas très compliqué en théorie économique: on a un déficit budgétaire structurel et tenace, qu'on équilibre chaque année par des prêts. Une B.O.C déséquilibrée qu'on équilibre avec des prêts libellés en devise aussi, une monnaie nationale en chute libre qu'on soutient à partir de nos réserves en devises, et donc un phénomène d'inflation importée qui se conjugue à une inflation structurelle, qui elle, vient du fait que le gouvernement hausse les taxes.

Alors, oui en parallèle, il faut digitaliser l'administration, alléger la fonction publique, bâtir une infrastructure, améliorer les exportations, combattre la corruption...etc Mais pour tout cela, il faut de la croissance (croissance = somme des valeurs ajoutées = marge), et de la bonne croissance.

Au lieu de tourner en rond et refaire les mêmes plateaux télé interminables, il faut parler de "Comment créer doublement de la valeur ajoutée et dans l'urgence?" Car oui, on peut hausser notre croissance avec tous les problèmes que nous avons. Le Kenya, le Rwanda, le Maroc, et pleins de pays émergents n'ont quand même pas attendu de régler tous leurs problèmes de corruption (Cf Maroc classement de corruption loin derrière la Tunisie), d'instabilité politique ou de manque d'infrastructure (Cf beaucoup de pays subsahariens) avant de réaliser des prouesses économiques notables.

Tout simplement, si on crée de la valeur ajoutée en masse nous pourrons soutenir des dettes même plus élevées que l'endettement actuel de 70%, nous pourrons moderniser l'administration, réaliser des projets d'infrastructure, et ce moyennant de moins en moins de dettes (et plus en plus de capital créé). En fait c'est simple, plus de croissance nous permet d'être résilient et donc d'entamer tous les chantiers de réforme que nous devons faire.

Comment?

C'est assez simple. Il y a des pays en surliquidité, comme la Chine, qui cherche depuis une décennie à conquérir l'Afrique, et est devenue le premier investisseur du continent ces dernières années. Ces pays cherchent à placer leurs surliquidités et cherchent à former du capital, avec des coûts moins élevés que chez eux. La Chine est leader mondial dans plusieurs domaines: trade, télécommunications, transports, IT, ponts ports et chaussées, énergie renouvelable.

Pourquoi la Chine?

La Tunisie a besoin de croître, et rapidement. La bonne croissance se fait à travers l'investissement car il permet de résorber le chômage en parallèle et permet de créer du capital (indicateur FBCF = Formation Brute de Capital Fixe). Des indicateurs en hausse comme le FBCF ou la cagnotte en IDE sont des indicateurs à faire monter en urgence. Pour ce faire, la Chine est un géant des géants: infrastructure routière, ponts et chaussée, énergie renouvelable, tout ce dont la Tunisie a besoin. Ils attendent des relais et des médiateurs pour poser d'autres pieds en Afrique.

Les investisseurs chinois ne sont pas intéressés par la Tunisie?

Faux. Enfin vrai, mais un peu faux. Toutes les études ont montré que les accords de partenariats entre la Chine et les autres nations se font d'Etat à Etat. Cela veut dire que si le président Xi Jinping donne un ordre à son économie de venir submerger la Tunisie, ils le feront, car la Chine n'est pas comme l'Ouest...C'est une dictature.

Il suffirait donc juste que Youssef Chahed ou Béji Caid Essesbi se déplacent illico presto rencontrer Xi Jinping et vendre la destination Tunisie. C'est simple comme mesure ... une visite d'État.

Mais la Tunisie n'est pas riche en ressources naturelles!

Tout à fait. Il est judicieux de soulever ce point, car la Chine s'intéresse beaucoup aux ressources naturelles de l'Afrique, et surtout le gaz naturel. Mais la Chine n'investit pas en Afrique sub-saharienne pour les mêmes raisons qu'elle le ferait en Afrique du nord. Elle fait une très bonne segmentation du continent Africain et sait déployer le bon positionnement à chaque segment/pays.

Le souci de l'Afrique? Qu'à cela ne tienne!

Nous parlons beaucoup de comment s'introduire et s'imposer dans notre marché naturellement imposé par la géographie qui est le marché Africain, en rejoignant la COMESA, l'UEMOA. Dans ce cadre, avoir comme point d'entrée un partenaire Chinois solide est la meilleure stratégie pour l'Afrique. Un investisseur Chinois rêve d'être implanté à un endroit où il est à 2 heures de vol-sud de 4 capitales africaines et 2 heures de vol-nord de 4 capitales européennes. Ça vaut le détour.

Si c'était vrai, ils seraient venus eux-mêmes!?

C'est la meilleure...

La Chine est une très grande nation, vieille de 5000 ans et est la 2ème puissance économique et la 3ème puissance militaire. C'est à nous d'aller leur ouvrir les portes, qu'ils viennent concurrencer avec la France, éternellement premier investisseur en Tunisie.

Et puis, a-t-on oublié? On n'est pas le seul pays nord-africain possédant des atouts. Le Maroc lui a d'ores et déjà intensifié ses relations avec la Chine et le Roi Mohammed VI a rendu PLUSIEURS visites à Pékin, et a décroché plusieurs contrats de mégaprojets avec des montants titanesques et dans des secteurs à forte valeur ajoutée. Les chinois ne rigolent pas, et ne s'ingèrent pas comme les pays du Golf avec leurs Sama-Dubai contre pas de Ennahdha, Tunis Sport City contre pas de Nida.

Les Chinois s'en foutent de toi. Ils sont pragmatiques, et suivent leur argent du moment que c'est rentable.

Pour finir, tout ce que vous voyez en Afrique, le Kenya, le Rwanda, les progrès titanesques, c'est les IDE chinois...Preuve à l'appui, chiffres à l'appui. Consultez-moi pour des sources.

Pourquoi j'écris ce coup de gueule?

Par ce que la Tunisie en attendant, organise des forums d'investissement avec ...le Portugal (un pays perdant), Malte (oui Malte), la Jordanie, et bien sûr, la France, la France, la France, les Etats-Unis, le FMI (donc les Etats-Unis), et la France, la France, la France.

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