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06/07/2015 14h:06 CET | Actualisé 06/07/2016 06h:12 CET

Futur antérieur

SOCIÉTÉ - Avec la chaleur caniculaire de ces derniers jours à Paris, l'envie me prend de vous parler de choses légères, de mœurs légères, de robes légères. Il semble qu'un complot occidentalo-sioniste ait fait exploser tous les tabous de ce mois de Ramadan, alors allons-y, gaiement, et parlons chiffons.

futur

SOCIÉTÉ - Avec la chaleur caniculaire de ces derniers jours à Paris, l'envie me prend de vous parler de choses légères, de mœurs légères, de robes légères. Il semble qu'un complot occidentalo-sioniste ait fait exploser tous les tabous de ce mois de Ramadan, alors allons-y, gaiement, et parlons chiffons.

La robe, c'est le costume du feuilleton de l'été. Une robe, c'est ce que portaient les trois victimes agressées récemment, d'Inezgane à Fès.

Quand j'étais petite je ne portais que des robes, et uniquement des robes "qui tournent"; celles qui pouvaient m'accompagner dans mes aventures. Si par la force des choses j'ai changé d'avis depuis, la robe reste à mes yeux LE vêtement de la liberté. Depuis, le vêtement, l'accessoire, le superflu a été essentialisé: provocation plus ou moins assumée, étendard de liberté, marqueur social, garant de chasteté, bouclier, armure, et j'en passe.

Yves Saint Laurent, qui a beaucoup aimé le Maroc, les femmes, les hommes, et qui a dessiné des centaines de robes, dont certaines ont marqué l'histoire, a dit: "Quand on se sent bien dans un vêtement, tout peut arriver. Un bon vêtement, c'est un passeport pour le bonheur."

Et peut-être que c'est ça le problème. Nous n'avons pas de définition commune, sociétale, de ce à quoi nous aspirons en vivant ensemble. Force est de constater, et de manière violente depuis quelques jours, qu'une simple addition de nos définitions individuelles respectives a atteint ses limites.

J'ai lu un certain nombre d'articles à ce sujet, révoltés mais surtout nostalgiques d'un Maroc tolérant, en noir et blanc, les cheveux au vent. Sans remettre en question leur véracité ou leur sincérité, j'ai aujourd'hui le sentiment que cette nostalgie est dangereuse.

Elle se pose comme un réflexe de défense, un automatisme salvateur face à une situation de crise. Peut-être que nous avons grandi dedans au final, entre l'amertume et la frustration nostalgique de passés glorifiés mais révolus. J'ai l'impression dérangeante que ce passé nous sert d'œillères pour ne pas affronter la médiocrité de notre présent.

Plusieurs destinations dans le catalogue: remonter aux années 1960 pour parler de gambettes à l'air, à l'Andalousie médiévale pour parler de syncrétisme religieux et d'âge d'or intellectuel, aux débuts de l'islam pour celles et ceux qui reproduisent, surtout sans réfléchir, les supposés faits, gestes et coutumes en vigueur de l'Arabie du 8ème siècle.

La majorité des défenseurs et des détracteurs "de la robe" ont pourtant quelque chose de central en commun. Ils regardent dans le rétroviseur, plutôt que vers l'avant. Ils prônent un retour en arrière presque sanitaire plutôt qu'une vision d'avenir. Par définition, et quel que soit le système de valeurs que l'on met derrière, c'est un raisonnement obsolète et voué à l'échec.

Ce sont ces différentes frustrations qui s'affrontent aujourd'hui, différentes nostalgies de classes. Certaines ont attaqué, parce que notre présent est si vide, et que nous n'avons pas de temps pour conjuguer au futur.

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