LES BLOGS
30/10/2015 04h:44 CET | Actualisé 30/10/2016 06h:12 CET

"Épouse VS maîtresse": Qu'attendons-nous pour réagir?

DR

SOCIÉTÉ - Après avoir conseillé aux femmes marocaines de quitter leur emploi pour retrouver leur place "naturelle" au sein du foyer et redevenir "les lustres qui éclairent les maisons", Abdelilah Benkirane a affirmé, il y a quelques jours de cela, face à une assemblée de parlementaires amusés, que "l'épouse est toujours frugale contrairement à la maîtresse qui revient bien plus cher (car) l'épouse veut préserver sa famille et l'argent de son mari (tandis que) la maîtresse veut tout te prendre pour qu'il ne te reste aucun sou".

A travers des propos prononcés en ayant l'air de ne rien dire, se révèlent un système de pensée archaïque qui confine les femmes marocaines dans une situation totale d'infériorité que le chef du gouvernement appelle de ses vœux, légitime et justifie. Au-delà de la ritournelle désormais bien connue selon laquelle le mariage serait le ciment d'une société marocaine saine et certaine de ses valeurs - et cela même du temps où le violeur échappait à la prison en épousant sa malheureuse victime? - se cache une logique pernicieuse selon laquelle il existerait différentes catégories de femmes: les bonnes et les mauvaises, les épouses et les petites amies, les vierges et les salopes.

Ainsi, les femmes - et c'est là toute leur histoire - se retrouvent implicitement mises en concurrence entre elles, divisées, incapables de percevoir la source commune de leur oppression, allant jusqu'à porter parfois sur l'autre femme, celle qui aurait fait un choix différent, un regard réprobateur et stigmatisant. La société marocaine est une société coloniale où sévit un "colonialisme intérieur", où le fort exploite la faible, l'humilie publiquement, plaçant au-dessus de sa tête un plafond de verges indépassable mais qu'il nous faudra, nous, femmes, trouver la force de dépasser.

D'aucuns disent qu'Abdelilah Benkirane - mais il n'est pas le premier - réduit à travers ses propos la femme à l'argent, à ce qu'elle "coûterait" à son mari et s'en offusquent. Pourtant, et c'est peut-être à son propre piège que nous pouvons prendre le chef du gouvernement, il faut rappeler qu'au sein des sociétés traditionnelles, l'institution maritale est recherchée, encouragée, protégée et sanctifiée en raison même de la gratuité des services domestiques et sexuels qui s'instaure tacitement entre l'époux et l'épouse.

Ce que nous dit alors Abdelilah Benkirane et il ne fait là que reproduire stérilement un discours patriarcale suranné mais dont l'efficacité est parfaite, c'est "femmes mariez-vous, ne courez pas le risque de demeurer en dehors des clous ou nous vous le ferons payer cher dans la rue, à travers l'insulte, la réputation, la honte". Ce qu'on nous dit c'est "soyez de bonnes femmes, de douces femmes, de braves femmes et continuez à faire le ménage, à éduquer les enfants, à assurer la préparation des repas, à gérer le budget domestique, à satisfaire les désirs sexuels et pitié n'existez pas ou alors n'existez que pour votre mari, vos enfants mais pitié n'existez pas pour vous".

Ce qu'Abdelilah Benkirane et tant d'autres dont il n'est que le porte-c******* ne supportent pas chez la petite-amie, c'est qu'elle n'a pas encore dit oui, c'est qu'elle réfléchit encore, c'est qu'elle hésite, c'est que certains jours elle veut et puis d'autres elle ne veut pas, c'est qu'elle échange encore avec d'autres hommes, c'est qu'elle compare encore les hommes entre eux, c'est qu'elle imagine sa vie future, c'est qu'elle critique, c'est qu'elle aussi, comme l'homme, recherche son intérêt. Alors soyons de petites-amies! Et affirmons que nous voulons des petits-amis!

Car les petits-amis sont jeunes et beaux et la joie de les revoir toujours renouvelée tandis que les maris sont vieux et laids et notre désir pour eux flétrit depuis longtemps. En vérité, soyons tout ce que nous voulons être, soyons ce qu'ils ne veulent pas que nous soyons. Soyons belles, grandes, fortes et provocantes. Soyons l'égale de l'homme à chaque instant de nos vies, à travers chaque parole, chaque geste, soyons l'égale de l'homme à travers chaque pensée, la moindre pensée jusqu'à la dernière.

Il y a quelques temps de cela, Abdelilah Benkirane provoquait une autre polémique, la polémique dite du "baiser"... Décidément... Abdelilah Benkirane embrassait docilement et à deux reprises l'épaule du roi d'Arabie Saoudite Salman Ibn Abdelaziz... Nous ne pouvons alors que constater vers qui et vers quel type de régime politique Abdelilah Benkirane réserve son estime et son attention. Qu'attendent les femmes marocaines pour agir?

Galerie photoLes meilleurs et les pires pays pour les femmes selon le Forum économique Mondial Voyez les images

LIRE AUSSI:

Galerie photoLes meilleurs et les pires pays pour les femmes selon le Forum économique Mondial Voyez les images