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02/06/2015 06h:11 CET | Actualisé 02/06/2016 06h:12 CET

Patriotisme et national-islamisme, la ligne rouge de démarcation

Domaine public

"L'Algérie est un pays géographiquement et historiquement occidental -de surcroît traversé par le méridien de Greenwich- qui, en dépit du bon sens le plus simple, a été orientalisé de force par les islamo-baathistes du parti dit FLN (Front de Libération Nationale) post indépendance, l'antithèse avérée du FLN canal historique" (Entendu dans un café "mort")

Qu'il soit de l'hémisphère nord, de l'équateur ou de l'hémisphère sud, le nationalisme, c'est connu, est fermeté. Fermeté qui, en raison de l'attitude irréductiblement tranchée de ceux qui, ici et là, en ont fait et/ou continuent d'en faire leur prêt-à-porter doctrinal, ne peut mener que vers l'impasse.

Point n'est donc besoin d'être grand clerc pour, en effet, comprendre que si chaque nation s'amusait à prôner une telle doctrine, exclusiviste et, présentement, tout aussi belliciste que dans le passé, elles en viendraient pratiquement toutes "aux mains". Au delà d'une guerre mondiale de type classique, ce serait un conflit généralisé. Le chaos planétaire, tout bonnement.

Bien sûr, du temps où la guerre ne signifiait pas la fin de tout, le nationalisme se concevait. Il était même utile pour exalter une nation et lui faire prendre conscience de soi. Le verbe était haut, la propagande militariste à son apogée. On jouait allègrement les "fier-à-bras". Or, pratiquer aujourd'hui le nationalisme, c'est s'acheminer indubitablement à en découdre. Et avec quels "ennemis" potentiels parmi les plus récurrents, sur notre méridien en l'occurrence?

Toute l'interrogation est là, et sonne déjà comme une réponse jusque-là informulée: en plus des ennemis traditionnels que sont, urbi et orbi, l'inamovible "main étrangère", pour ne pas dire les quelques pays occidentaux les plus en vue, plus Israël, et la "main d'ici", c'est-à-dire grosso modo les harkis, les fils de harkis et même les..."néo harkis", il y a bien sûr les sempiternels ennemis ciblés de très longue date, donc prêts, le cas échéant, à être livrés pieds et points liés à la vindicte populaire et/ou institutionnelle, à savoir: les Algériens dits "Hizb França", les patriotes, les républicains, les démocrates, les modernistes, les francophones, les laïcs, les athées, les communistes, les amazyghophones, les simples citoyens qui veulent assumer simplement leur citoyenneté, les Algériens qui boivent de l'alcool, les étrangers résidents, les femmes portant une minijupe et/ou ne portant pas de hidjab, voire les voisins frontaliers de l'Est et de l'Ouest...

... Tous considérés, à travers un prisme manifestement déformant, comme "potentiels ennemis politiques et idéologiques", pour reprendre une expression usitée par quelques médias écrits et télévisuels propagandistes, voire tracto-maniaques bien de chez nous. Et, tenez-vous bien, la liste n'est tout au plus qu'indicative. Car si on devait suivre nos fier-à-bras de pacotille dans leur ornière chauvine, dans leur haine baveuse de l'Autre, dans leur négation absolutiste de tout ce qui est dissemblable, il s'agirait, pour nos nationalistes à la petite semaine, d'en découdre pratiquement avec... le reste du monde!

Pourtant, étant donné que toute guerre, y compris et surtout civile, risque dorénavant d'anéantir les deux, sinon au moins l'un des deux belligérants, pratiquer le nationalisme à outrance comme le font, faut-il le rappeler, certains partis politiques et organes de presse locaux qui, par calcul politicien ou par simple effet de mode, se réclament délibérément de cette mouvance, c'est exposer purement et simplement notre pays à une mort lente, garantie. Et, pour le grand malheur de l'Algérie, il se trouve que c'est présentement le cas, surtout avec la situation explosive qui règne notamment au Mali et en Libye, deux pays avec lesquels nous partageons des frontières longues de plusieurs centaines de kilomètres.

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Nous ne pouvons être que patriotes!

Ainsi, de nos jours, le nationalisme, parce qu'objectivement anachronique, désuet au regard de l'évolution sociétale dans notre pays, ce nationalisme là est devenu une doctrine forcément surannée, nihiliste, stérilisante. En un mot, morbide! Sinon comment expliquer que ses Héraults patentés d'hier en soient arrivés, aujourd'hui, à s'en prendre invariablement, systématiquement à quiconque aime son pays par-dessus tout et souhaite ardemment qu'il ne soit pas détruit?

Et les armes! Celles avec lesquelles cette mouvance croit pouvoir se défendre... Ces armes là sont aujourd'hui devenues si destructrices, si désastreuses, qu'accepter ou encourager la guerre revient aujourd'hui à ruiner inéluctablement le pays. En ce sens, le nationalisme, connoté ou non d'islamisme, est l'antipode même du patriotisme qui, lui, consiste plutôt à s'insérer en douceur dans le monde, à s'y couler sans violence. Bref, à faire de sorte que rien ne saute, que rien ne soit irréparablement détruit.

Autrement dit, nous sommes comme lorsqu'un éboulement est à craindre. Ce n'est pas, surtout pas le moment de souffler dans un clairon. L'essentiel n'est-il pas qu'il faut à tout prix éviter que "la montagne dégringole", sinon nous sommes tous engloutis? Quiconque, de nos jours, est patriote se gardera bien de toucher à un clairon. Ainsi vertu majeure hier, le nationalisme, surtout depuis qu'il a échoué dans sa politique "nationaliste" (1) des premières décennies d'indépendance et qu'il a du, afin de contrer le patriotisme résiduel et/ou (re)naissant des Algériens, s'accommoder de la nébuleuse islamiste pour perdurer, est devenu le péril numéro un aujourd'hui. C'est, ostensiblement brandi, l'arrogance même de la bêtise, de l'inanité. Idéologiquement et politiquement s'entend.

Pour cause, l'amour que nous portons à notre pays est autre que celui d'hier. À présent et quand bien même elle fait profit de sa souveraineté recouvrée, l'Algérie s'expose à un danger qu'elle n'encourait pas, ou plutôt qu'on ne lui faisait pas trop courir durant les deux à trois premières décennies d'indépendance. Le mal étant souterrain et les causes endémiques, elle est à présent menacée avant tout et paradoxalement de l'intérieur, car les forces rétrogrades qui ciblent ses enfants sont, pour la plupart, notoirement inféodées à des intelligences, des idéologies étrangères, voire à des nationalismes étrangers (2). Si donc nous ne voulons pas que l'Algérie soit anéantie, force nous est de la préserver de tout conflit. De ce point de vue, nous ne pouvons plus être nationalistes, à fortiori national-islamistes. Nous ne pouvons être que patriotes.

Et, en 2015, c'est-à-dire plus d'un demi-siècle d'indépendance après, le patriote algérien se distingue si justement du national-islamiste (3) en ce qu'il n'admet pas que sa patrie soit mise à feu et à sang. Qu'on le veuille ou non, il est le seul à l'aimer vraiment!

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C'est notre patrie ou rien!

Le national-islamiste, quant à lui, préfère le concept de "Oumma" (nation). Nation qu'au demeurant il s'obstine, contre tout bon sens, à vouloir chaque fois liquéfier dans le concept plus globalisant, supranational, de "Ourouba" (l'arabité). Il sacrifie ainsi sa patrie à un mythe, le "pan arabo-islamisme", et se fait une idée, plutôt un leurre, celui de "Oumma Arabiya" (la nation arabe) (4) qui diffère du tout au tout et même s'oppose au concept idoine de "Oumma Djazairiya" (la nation algérienne).

Édifiante nuance donc avec l'autre concept, bien antérieur d'un point de vue historique, de " Watan Djazairi" (la nation algérienne) en ce que l'émir Abdelkader, qui combattait l'occupation militaire française du pays, l'avait déjà employé: il faut dire que l'émir combattait, certes au nom de l'islam, comme le fit aussi le bey Ahmed à Constantine, mais aussi et surtout -il avait employé le mot une fois- il combattait au nom du "Watan Djazairi" (la nation algérienne). Et, toutes proportions gardées et l'écart historique aidant, le fossé profond qui aujourd'hui existe entre la vision obsolète, délétère du national-islamiste post indépendance, et ce qui est réellement, la guerre a malheureusement toute latitude pour s'engouffrer par là!

Nous tenons donc à voir notre patrie telle qu'elle est: Oumma Djazairiya!... Certainement pas comme c'était le cas avant l'occupation par les Français, mais surtout pas comme le voudraient aujourd'hui nos islamo-baathistes surannés, mystificateurs, incongrus. Oumma Djazairya, comme l'avait aussi proclamé, entre autres grands penseurs algériens du début du 20e siècle, Cheikh Abdelhamid Ben Badis. La moindre erreur d'appréciation pourrait lui être fatale (notre patrie). Pour tout dire nous sommes tenus, obligés, c'est notre premier devoir, de ne plus jamais nous tromper vis-à-vis de notre pays. Jamais personne n'a aimé son pays comme nous sommes contraints de le faire aujourd'hui. C'est dire donc...

C'est dire enfin que, pour la première fois de notre existence, nous sommes astreints à nous tenir à une seule et unique patrie: l'Algérie. L'Algérie comme entité plurielle, multidimensionnelle. L'Algérie de l'inter culturalité, de la reconnaissance et du respect de l'Altérité. L'Algérie dans toute son "algérianité", dans toute son "algérianitude". Avec un regard algéro-centriste sur son environnement géopolitique certes, mais un regard obligeamment ouvert, surtout pas chauvin, surtout pas raciste. Nous n'avons pas d'autre patrie de rechange. Si l'Algérie "explose", disparaît de la carte, nous n'en retrouverons plus d'autre. Parce que c'est devenu précisément un tonneau de poudre, ce n'est surtout pas le moment d'y craquer une allumette!

Nous n'avons donc pas le choix. C'est notre patrie ou rien! Celle-là et pas une autre. Force nous est de bien la prémunir, de nous y tenir. Force nous est de la prendre enfin en considération, et non plus de l'aventurer dans des spéculations de hasard ou de défi, dans le sordide jeu de la roulette russe. Puisque cette patrie est tout ce que nous avons, mieux vaut s'arranger entre Algériens de bonne volonté -Dieu merci, il n'en manque pas ici et au-delà de nos frontières- pour ne pas la perdre, ne pas hypothéquer irrémédiablement l'avenir de nos enfants.

Et parce que nous voulons sauver notre patrie, la reprendre avec nos propres mains, il ne faut pas s'y méprendre: on ne sauve pas une patrie qui n'est pas, qui n'est plus. On sauve sa patrie telle qu'elle est! Il faut par conséquent la prendre telle quelle. Nous sommes ainsi jaloux de notre patrie comme nul ne l'aura été avant nous. C'est pourquoi le nationalisme aujourd'hui, connoté ou non d'islamisme, ne peut être que le négatif du patriotisme. En clair, il est tout juste bon, jusqu'au jour où le patriotisme devient inévitable.

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Carambolage interdit!

Alors, quand un problème se présente, il ne faut plus brandir systématiquement un porte-voix et crier: "Halte, qui va là!". Les problèmes ne se résolvent pas à coups d'anathèmes, de "fetwas", d'imprécations national-islamistes. Les prédications à la violence prosélyte et l'apologie du crime comme moyens de règlement politique et, dans leur sillage, la guerre fratricide, la "fitna", n'ont jamais rien arrangé, rien apporté de bon. Elles ont toujours tout détruit, tout anéanti. Voyez seulement l'Afghanistan, l'Irak, la Libye, la Syrie...

Dès qu'un problème se présente, il faut au contraire l'analyser, le disséquer. À ce moment là on pourra voir ce qu'il a dans le ventre. Un problème, dès qu'il est compris, est pratiquement résolu. S'il ne l'est pas, c'est que, soit nous n'avons pas assez compris, soit il a été mal posé. Pourtant il faudrait toujours comprendre plus. Notre attitude ne devrait être que de compréhension, de rationalité. Et, pourquoi pas, de modestie, d'humilité.

À présent que, fait nouveau, nous sommes tenus d'éviter l'étincelle d'où risque de jaillir l'explosion, notre infime devoir envers notre patrie est de tout entreprendre pour l'insérer au mieux dans le monde actuel, renouant en cela, tout en les respectant et les refaisant nôtres, avec les normes universellement établies. Oui, la réintégration devrait être l'unique souci majeur de l'Algérie. L'unique solution aussi. Carambolage interdit!

Désormais nous ne pouvons nous permettre que d'être intelligents. Au sens de l'intelligence moderne, discerne mentale s'entend. Au sens où cette intelligence devrait permettre non seulement de cerner les problèmes tout en les sériant, mais d'y apporter aussi les solutions adéquates, attendues depuis belle lurette par tous les compatriotes avisés. Car les solution existent bel et bien sous cet angle et nous n'aurons de cesse de le répéter: il faut à tout prix se réadapter, oui se réadapter au monde actuel, qui est déjà qualifié sous d'autres cieux de post moderne, et non chercher à vouloir l'adapter aux visions éculées, passéistes, rétrogrades que veulent, a contrario, nous imposer bon nombre de coreligionnaires nationaux. Assez des archaïsmes, des grimoires, des faux problèmes et des solutions controuvées! Le temps des imposteurs et charlatans de tous bords doit être révolu!

En premier lieu ceux, fort nombreux, embusqués à ce jour au sein du parti dit FLN post indépendance et ses organisations satellites - l'antithèse même du FLN canal historique. Afin que l'Algérie, enfin débarrassée de ces innommables caciques, pour ne pas dire de ces boulets fossiles qui l'entravaient jusque-là dans la réappropriation de sa véritable personnalité et, par delà, dans son retour vers l'universalité, afin que l'Algérie donc, forte de tous ses enfants, puisse enfin s'arrimer pour de vrai, en toute sérénité, au troisième millénaire, étape censée avoir été déjà abordée. Mais dont malheureusement nous nous sommes, des décennies durant, inconsidérément éloignés.

alger

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(1) Une politique rendue démagogique à souhait, pour ne pas dire à volonté par le parti dit FLN post indépendance.

(2) L'Arabie Saoudite et le Qatar entre autres.

(3) Surtout depuis le début la fin des années 1980 et le début des années 1990.

(4) Depuis peu c'est carrément devenu "Oumma Islamiya", un concept des plus usités idéologiquement et ce, en dépit du caractère manifestement raciste qu'il étrenne sans retenue, au nez et à la barbe de toute la planète.

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