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06/01/2015 05h:21 CET | Actualisé 08/03/2015 06h:12 CET

Cirque Saïd

L'écriture de l'Histoire est un enjeu permanent en Algérie. Le pouvoir s'est toujours donné les moyens d'imposer sa version qui sert ses intérêts, sans jamais y réussir totalement. Les intérêts du pouvoir sont de moins en moins les intérêts de l'Algérie, à supposer (je fais partie de ceux qui le pensent) qu'ils le fussent un jour.

Kamal Almi

L'écriture de l'Histoire est un enjeu permanent en Algérie. Le pouvoir s'est toujours donné les moyens d'imposer sa version qui sert ses intérêts, sans jamais y réussir totalement. Les intérêts du pouvoir sont de moins en moins les intérêts de l'Algérie, à supposer (je fais partie de ceux qui le pensent) qu'ils le fussent un jour. Pour se réapproprier son pays, le peuple doit se réapproprier son Histoire. Plusieurs tentent, épisodiquement, en vagues successives, d'apporter leur part, leur pierre. Je dis que cela devrait être le rôle d'historiens, et non de politiques, impliqués d'une façon ou d'une autre. Les politiques empêchent toujours la sérénité nécessaire pour ce faire.

Comme l'Histoire officielle a toujours vainement tenté d'occulter le rôle de plusieurs personnalités de la Révolution, dont beaucoup de Kabyles, parmi lesquels certains furent assassinés, en Algérie et à l'étranger, en pleine Guerre de libération et après l'Indépendance, des voix s'élèvent, donc, pour "rétablir la vérité" que, du reste, tout le monde ou presque reconnaît sans problème en privé, mais dont la formulation publique, pour la plupart, est problématique.

Dans ce contexte, il est également normal que tout ce que dira un Kabyle, surtout un politique, paraîtra pour le moins osé pour les uns, complètement faux pour les autres, même outrageux pour ceux qui croient, sincèrement ou pas, détenir l'orthodoxie de l'Histoire. Ils te diront: "Même si c'est vrai, ça ne se dit pas, voyons!". Ah? Et pourquoi donc?

Saadi aime certainement son pays au moins autant que n'importe qui d'autre. Mais Saadi a déçu beaucoup d'espoirs placés sur lui avec passion en finissant par se compromettre avec le pouvoir, avec BHL... Et perdre -à mes yeux de citoyen lambda, en tout cas- toute crédibilité. Et je ne suis pas seul (voir l'"affluence" des "Saïd samedis").

Ceci étant, Saadi, citoyen algérien, a parfaitement le droit de s'exprimer sur ce qu'il veut. En cas de diffamation, il en répondra devant la justice.

Mais la justice non plus n'est pas l'Histoire, même si, au final, l'Histoire est la justice.

Quelle justice, alors? Une justice instrumentalisée par le pouvoir, qui a montré, toute honte bue, ses limites, sa compromission.

Avant de toucher un cheveu de Saadi, cette justice devrait d'abord s'occuper des égorgeurs et leurs parrains, qu'elle se saisisse de l'obscur mufti contre Daoud, qu'elle juge Khalifa et ses employeurs, qu'elle ramène Chakib Khelil et lui demande des comptes, qu'elle relaxe Boumaârafi -s'il existe- et mette en prison les assassins de Boudiaf, de Maâtoub, de Massinissa, d'Ébossé, de 1963, 1980, 1988, de 2001, de 2007, des fouteurs de merde à Ghardaïa et dans mille et une villes et villages de mon pays, chaque jour.

Si un des chefs terroristes connus tient avec ses complices une "université d'été" sur les lieux de leurs crimes sous la protection des forces de l'ordre algériennes, instrument de la justice, alors je porte Saadi sur mes épaules partout en Algérie pour prêcher ce qu'il voudra... Dussé-je m'en repentir un jour! Car je sais, ce cirque-là n'est pas le sien.

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