LES BLOGS
03/03/2015 03h:57 CET | Actualisé 03/05/2015 06h:12 CET

Mohand Améziane écourte son congé

Pixabay/ariesa66

Lorsqu'il eut appris la promotion vertigineuse de son patron, Mohand Améziane décida d'écourter son congé pour avoir le privilège d'assister à la cérémonie de passation des pouvoirs entre le partant et son remplaçant.

Bien rasé, costumé, parfumé, il se fit arranger son nœud de cravate par un collègue avant d'entrer dans la salle où devait se tenir le grand événement. Il s'assit au 2e rang des invités, en face de l'estrade où devaient prendre place les acteurs.

Il était sûr de son fait: La caméra de la télévision ne pouvait pas le rater et, le soir, tout son village le verrait à la télévision et saurait qu'il était QUELQU'UN.

La cérémonie, ponctuée par des échanges de discours oiseux, fut abondamment filmée et le faisceau de lumière de la caméra balaya à plusieurs reprises le visage heureux de Mohand Améziane. La journée fut longue à passer.

Quand, enfin, arriva le générique du journal télévisé de 20 heures, Mohand Améziane, allongé en face de son téléviseur, se brancha sur une chaîne de télévision européenne qui passait un match amical de football car il n'était pas question, pour lui, d'alerter sa famille sur le sujet qui le préoccupait au risque d'une déconvenue.

Mohand Améziane fit mine de suivre le match.

Il avait posé son portable sur son ventre.

Le journal télévisé était -au jugé- terminé. Le portable ne sonnait pas.

Le match amical, à son tour, s'acheva.

"Enfin!..." se dit Mohand Améziane quand le téléphone sonna sur sa bedaine! Quelqu'un m'a vu certainement à la télé!

  • "Allo... Oui?!"
  • "Dis- moi, Mohand? T'as vu la leçon magistrale que les Tunisiens leur ont donnée?"

Ce fut le seul coup de fil que reçut Mohand Améziane de toute la soirée. Avait-il eu l'honneur de passer, ce jour-là, au journal télévisé de 20h? Il ne le saura sans doute jamais. Nous non plus.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.