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06/07/2015 06h:00 CET | Actualisé 06/07/2016 06h:12 CET

Le soleil ne fait jamais marche-arrière

Wikimedia Commons

Ce qui suit est une histoire authentique. Elle s'est déroulée, il y a de cela quatre jours, soit le jeudi 15 Ramadan 1436, aux abords de la cité des Anassers.

Mon benjamin, Kamel, parti à la plage "Mour El 3asr" (on date comme ça maintenant), avec ses petits neveux, Djawad et Khalil, avait tardé au bord de l'eau d'où les deux bambins refusaient de sortir, négociant âprement avec leur oncle dix minutes, puis un quart d'heure, puis une demi-heure de trempette supplémentaire.

Il s'en est suivi que le trio a accusé un retard considérable sur le chemin du retour.

Arrivés, enfin, aux abords de leur cité, le muezzin du quartier de Vieux Kouba, en face des Anassers, annonça la couleur: c'était l'heure! l'heure de se mettre à table.

Kamel, affamé, rangea immédiatement sa voiture sur le bord du trottoir, s'empara de ce qui restait des biscuits des neveux et cassa son carême.

C'est ce moment crucial que choisit un promeneur solitaire, en route vers sa Chorba pour aborder Kamel.

"Ya khô!" lui dit-il, "Chikh Hassan (l'imam de notre cité) Mazal Ma Eddhen Wenta Takoul? Ma Yedjouzlekch!". (Chikh Hassan , l'imam de notre quartier n'a pas encore lancé l'Adhan et tu manges? Ton jeun n'est pas valable).

Voilà où nous en sommes, en 2015, dans l'évolution de la pratique du culte. L'Islam devient Houmiste! Ce n'est plus de la révolte qu'une telle histoire suscite mais de l'hébétude.

Quand mon fils eut fini de me raconter ces faits je marquai une pause méditative en face de ma Chorba. Puis posant carrément ma cuillère, je convoquai à notre table mon grand père et me mis à raconter cette fameuse histoire que nous nous transmettons dans la famille de génération en génération.

Durant les mois de carême qui coïncidaient avec les belles saisons, mon grand père paternel, Akli, avait pour habitude de prendre son f'tour dans la courette qui jouxte la maison. En face de lui, l'imposant Djurdjura. C'est là-bas que se couche le soleil. Et, dès que celui-ci fait le grand saut par delà les cimes des montagnes mon grand père, assis à même son burnous, attaque son assiettée.

Un jeune homme passant un jour par là à ce moment crucial prit le risque de faire remarquer à mon grand père que l'imam du village n'avait pas encore donné le feu vert pour se mettre à table.

"A Vva Akli", lui dit-il, "on n'a pas encore entendu l'Adhan!..."

Calmement, mon grand père, pointant son index vers le Djurdjura dit ceci au jeune homme: "Crois-tu, mon fils, que le soleil va faire machine arrière et ressurgir de derrière ces montagnes?".

Honteux et confus, le blanc bec, poursuivit son chemin, heureux de s'en être tiré, somme toute, à bon compte, car il aurait pu être rattrapé par mon grand père et essuyer de fameux coups de savate.

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