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13/10/2015 07h:00 CET | Actualisé 13/10/2016 06h:12 CET

Le dernier pardon

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Le matin du 08 mai 1945, à Sétif, débutait - alors qu'était célébrée à Paris la victoire des Alliés sur le nazisme et le fascisme - une innommable boucherie contre la population algérienne.

Les tenants et les aboutissants de cette boucherie ont fait l'objet d'une multitude d'analyses par des historiens horrifiés par le contenu d'archives françaises qu'ils ont pu consulter ou par d'autres témoignages.

Toujours est-il que les autorités coloniales ont pu mettre fin au chaos sanglant et "l'ordre" était déclaré officiellement rétabli le 22 mai 1945.

Pour marquer cette date voici le "show hollywoodien" , organisé par les bouchers, tel que décrit par Abane Bélaid dans son dernier ouvrage Résistances algériennes* paru chez Casbah Editions.

"20.000 personnes dont des femmes, des enfants et des vieillards sont rassemblés sur la plage de Melbou entre Aokas et Souk el Tenine, à une vingtaine de kilomètres à l'est de Bougie, pour marquer la reddition de la population et la fin de la répression.

La cérémonie, en fanfare, est présidée par le général Martin, commandant le 19e corps d'armée, entouré du général Duval et de Lestrade Carbonel, préfet de Constantine.

Pour frapper les esprits, les autorités n'hésitent pas à exhiber la force militaire. Des bâtiments de guerre dont le croiseur Duguay- Trouin, stationnent au large d'Aokas. Des bombardiers A24 et B26 survolent la plage en rase-mottes.

La population, terrorisée, humiliée et exsangue, offre sa reddition et implore la grâce. L'autorité militaire "accepte" la soumission...et se porte garante de la vie et des biens des indigènes régulièrement inscrits dans les douars".

Ce "pardon"** est le dernier que les Algériens sollicitent des autorités coloniales qui seront balayées par NOVEMBRE.

Le Duguay-Tourcoing ne croise plus au large d'Aokas, les A24 et B26 ne sont plus là pour semer la terreur en rase-mottes.

Et, entre Bejaia et Jijel, Melbou, la plus belle plage d'Algérie n'en finit plus de compter ses mouettes.

*Cet ouvrage, quoique volumineux, se lit d'une traite. Très documenté. Le style agréable de l'auteur et sa démarche qui consiste à suivre pas à pas la colonisation de l'Algérie par la France font qu'il n'est pas facile pour le lecteur de lâcher le récit avant le point final. Ce travail fera date. Incontestablement.

**Les montagnards, fierté et orgueil à fleur de peau, sont sommés de s'agenouiller et de demander pardon à la France en criant : "nous sommes des chiens et Ferhat Abbas est aussi un chien" (précision de l'auteur).

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