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12/08/2015 08h:17 CET | Actualisé 12/08/2016 06h:12 CET

La porte pérégrine

Flicker/Thomas Linet

La porte pérégrine. Tout est parti de là.

Le peuple d'Alger apprend que la porte de la Kaaba est dans l'enceinte sacrée de sa ville et qu'elle sera exposée au Palais de la Culture.

Cette exposition est inaugurée avec faste par les hautes autorités du pays. C'est alors la ruée générale vers cet objet qui aurait pu sortir, en plus beau, des ateliers de Tabouqert.

Un matraquage médiatique inouï porta, au Palais, des dizaines de milliers d'Algériens: des jeunes, des vieillards, des citadins, des ruraux, des universitaires, des incultes, des croyants, et des non croyants tout le corps de la société, en somme.

Tous étaient là, devant l'entrée du Temple. Ils y entraient, un par un, comme les moutons voués à l'abattage et ressortaient de l'usine, idéologiquement, empaquetés. Le pays annonçait ainsi, avec fracas, son retour triomphal vers les ténèbres.

Aucune voix, aussi grêle fût-elle, n'osa s'élever au-dessus du vacarme de la télévision et de la radio d'Etat pour faire discordance et dire :"Mais ceci porte un nom, mais ceci, c'est de l'idolâtrie !..."

J'ai fait la queue comme tout le monde.

Cette porte, à vrai dire, n'occupait qu'un coin du hall d'exposition, l'essentiel des murs étant revêtu de vastes panneaux contenant des barils de pétrole et des raffineries.

Il fallait s'enfoncer plus avant si l'on voulait son sucre d'orge :une offrande d'eau de Zemzem d'abord. Puis une pile d'ouvrages et de brochures.

Le décompte général du nombre de visiteurs doit exister quelque part. Je mettrais ma main au feu qu'aucune Exposition Universelle n'a connu un afflux pareil.

Dans cette phase de sombre transition nationale, avant basculement dans la sauvagerie, s'inscrit le curieux voyage d'un chef d'état algérien aux Etats unis d'Amérique consacré, pour l'essentiel, à l'inspection de bassins remplis de poissons "coraniques".

La télévision nous donna à voir un président béat, contemplant ce miracle des miracles.Je ne me souviens pas que l'Algérie ait importé des spécimens de ces poissons en vue d'en assurer la reproduction dans ses plans d'eau.

Est-ce cet oubli qui a fait que la baraka s'est enfuie du pays ?

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