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27/05/2014 17h:31 CET | Actualisé 27/07/2014 06h:12 CET

La tunique de Nessus

Mostefa Lacheraf, -je ne vous ferai pas l'affront de vous le présenter-, évoque dans ses "Mémoires d'une Algérie oubliée" un événement marquant qu'il a vécu dans le courant de l'été 1928 à El Kerma son hameau natal dans ce qui fut, à l'époque, la commune mixte de Sidi Aïssa.

Il s'agissait de l'arrivée, dans ce hameau, d'un personnage vénérable qui avait été le maître d'école coranique de son père quand il avait six ou sept ans dans le campement encore transhumant des deux douars, Hamza et Oulâd Sa'ad, qui faisaient partie de la confédération des Adhaoura.

Si Tayeb -c'était le nom de ce personnage- venait d'Illoula (Azazga) où il avait fréquenté la célèbre zaouia de Sidi Abderrahmane. Une fois ses études terminées il avait accepté de s'attacher à la famille du grand père de Mostéfa Lacheraf en tant que maître d'école coranique de ses enfants.

Chez les Adhaoura en général, de tout temps affiliés aux Rahmaniya, ce n'était pas là un cas isolé, signale l'auteur qui laisse entendre que les jeunes gens de sa région désireux de faire des études sérieuses se rendaient en grand nombre dans les zaouïas de Kabylie.

À propos de ces départs pour les zaouïas du Djurdjura où les futurs élèves passaient plusieurs années à s'initier aux disciplines religieuses et notamment au droit malékite selon Khalil et les jurisconsultes maghrébins, Mostéfa Lacheraf dit avoir découvert des poèmes mnémotechniques que les jeunes gens arabophones des Hauts Plateaux et du Tell apprenaient par cœur dans le but de se familiariser avec un vocabulaire kabyle fonctionnel et pédagogiquement bien choisi qui leur permettait de s'adapter à leur nouveau milieu.

Il dit aussi se souvenir que "dans cette poésie pratique, utilitaire, au rythme bien enlevé, en un dialectal correct, figuraient des verbes, substantifs et expressions berbères avec leurs équivalents arabes désignant des objets et des actes essentiels à la vie courante".

J'ai laissé parler Lacheraf.

Mais les clichés sur la Kabylie ont la peau dure. Ils collent aux fesses des anti-kabylistes primaires et

des pourfendeurs d'A'raven comme la tunique empoisonnée de Nessus. Je souhaite bien du plaisir

aux uns et aux autres pour le jour où ils se rendront compte qu'il faut arracher cette tunique enduite

du sang mortel du Centaure.