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11/11/2015 10h:57 CET | Actualisé 11/11/2016 06h:12 CET

L'arrogance de Netanyahu et notre stupidité

Depuis plus de deux décennies, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu nous prend pour des idiots, un rôle que nous avons rempli au détriment de notre honneur national et au détriment de la paix.

"Quand j'ai accédé au poste de Premier ministre pour un deuxième mandat, j'ai été convoqué à Washington. "Pas une seule brique!", m'a-t-on dit... La pression de la part de la communauté internationale et les Américains était énorme...Toujours est-il que, après cinq ans en poste, nous avons construit bien plus qu"une brique"... Le plus important est de le faire intelligemment... faire face à la pression internationale avec des manœuvres... Nous continuons de marcher directement vers notre objectif, même si des fois nous marchons à droite et d'autres fois, à gauche", Benjamin Netanyahu, 2014.

"Je sais ce que ce sont, les Etats-Unis. Les Etats-Unis sont une chose qu'on peut facilement faire bouger dans la bonne direction. Ils ne vont pas nous déranger. Supposons qu'ils vont dire quelque chose...et donc ils le disent?... Nous avons tant de soutiens là bas!", Benjamin Netanyahu, 2011.

Depuis plus de deux décennies, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu nous prend pour des idiots, un rôle que nous avons rempli au détriment de notre honneur national et au détriment de la paix.

Toute sa carrière politique s'est focalisée sur la démonstration aux Israéliens qu'il peut "faire bouger [les Etats-Unis] très facilement", et, en trop d'occasions, il a réussi. Depuis qu'il a été élu Premier ministre pour la première fois en 1996, il a été fier de sa capacité à défier les présidents américains, en ne payant aucun prix en échange de ces actes de défi.

Son succès, il le doit largement aux relations qu'il a construit avec les républicains au Congress, les utilisant pour contrer les efforts de paix menés par deux présidents démocrates, Bill Clinton et Barack Obama.

Suite à la signature des accords d'Oslo en 1993, Netanyahu est entré en action. Avec un petit groupe de likudniks, il a lancé une campagne de lobbiyng contre Oslo.

Des faxes hebdomadaires ont été envoyés à des bureaux au Congress prévenant contre les dangers que la paix avec les Palestiniens posaient pour Israël et donnant des points de discussion que certains membres du Congress ont suivi. C'était sans précédant: un parti de l'opposition israélienne qui agit contre son gouvernement et fait pression sur le Congress américain pour le retourner contre la politique de notre gouvernement.

L'effort a gagné des alliés parmi les républicains au Congress qui n'étaient que trop contents de mettre des batons dans les roues de Bill Clinton. Quand le Parti républicain a remporté le contrôle du Congress en 1994 et que Netanyahu a remporté les élections israéliennes en 1996, il a été dans une position parfaite pour accomplir son but de mettre fin aux accords d'Oslo.

Le Congress de Gingirch a invité Netanyahu à adresser une session conjointe. Il a saisi l'opportunité pour attaquer le processus de paix et appeler le Congress a le rejoindre sur le pied de guerre contre l'Irak et l'Iran. Tout au long de son premier mandat, Netanyahu a défié la pression de l'administration américaine pour réduire la construction des colonies et pour établir un engagement sérieux en faveur de la paix. Il savait que le Congress allait "assurer ses arrières".

Même quand le président Clinton a obligé les Israéliens à négocier avec les Palestiniens, Netanyahu n'a jamais intégralement implémenté l'accord conclu. Et quand Clinton s'est vigoureusement opposé aux projets de Netanyahu de construire une nouvelle colonie entre Jérusalem et Bethlehem, Netanyahu s'est illustré avec provocation en construisant Har Homa, une colonie qui abrite aujourd'hui près de 20 000 israéliens.

Les aspirations du président Obama à négocier une paix entre les Palestiniens et les Israéliens ont été également exaspérées par Netanyahu, dont la deuxième élection comme Premier ministre a coïncidé avec l'accès d'Obama à la Maison Blanche. Après deux années frustrantes, Obama a mis le processus en pause.

En 2010, les Républicains ont encore une fois pris contrôle du Congress et leur nouveau leadership a encore invité Netanyahu à adresser une session conjointe du Congress. L'Israélien a utilisé cette apparition pour réprimander l'appel d'Obama à une paix Israélo-palestinienne basée sur "les frontières de 1967, avec un accord mutuel d'échange de terrains". Face à l'intransigeance israélienne et la pression du Congress, l'administration américaine a encore un fois suspendu les efforts de paix jusqu'à après les élections de 2012.

L'effort infructueux du Secrétaire d'Etat John Kerry pour relancer les négociations entre les Palestiniens et les Israéliens a été éclipsé par le désastreux conflit syrien et l'effort pour négocier un deal nucléaire avec l'Iran. Un accord que Netanyahu a été déterminé à entraver. Ainsi, quand le Congress mené par les Républicains a invité Netanyahu à parler une troisième fois, il a saisi l'occasion pour appeler le Congress à empêcher le soutien de l'administration à l'accord des P5+1 avec l'Iran.

Les performances de Netanyahu à Washington ont été destinées à deux audiences. Il a cherché à rassembler le soutien de ses alliés Républicains afin de vaincre le travail des présidents démocrates, tandis qu'il a tenté en même temps de de démontrer à ses partisans israéliens à quel point il pouvait "très facilement faire bouger les Etats Unis dans la bonne direction".

Si ses deux premiers efforts ont été un succès, il a échoué au troisième. Non seulement il a été incapable de bloquer l'accord iranien, mais sa manœuvre a exposé une division partisane sur le soutien de sa politique, laissant les Israéliens gênés quant à la capacité de Netanyahu de gérer leur relation avec les Etats Unis.

Quand il arrivera à Washington la semaine prochaine (ndlr; article publié le 7 novembre 2015), Netanyahu sera un homme avec une mission. Sa mission? Prouver aux Israéliens qu'il est toujours le "maître" des Etats Unis. Malheureusement, les Républicains et les Démocrates, ensemble, lui serviront de facilitateurs.

Netanyahu rencontrera le président. Cette fois, il n'y aura pas de réelle pression pour arrêter les colonies et faire la paix. On nous dit plutôt qu'Israël devrait recevoir une grande augmentation des aides américaines pouvant atteindre jusqu'à 4,5 milliards de dollars. Netanyahu sera honoré à un évènement organisé par les néo-conservateurs de l'American Entreprise Institute.

Et, afin de réassurer les Israéliens que le "maître" peut toujours dominer la politique américaine, le Premier ministre a arraché une allocution au Center for American Progress (libéral) et a assuré un éditorial écrit par Hillary Clinton qui a promis, si elle est élue président, de "réaffirmer le lien incassable avec Israël, et Benjamin Netanyahu".

Cette entière manœuvre est honteuse ainsi que pénible. Permettre le mauvais comportement de Netanyahu ne fait qu'encourager les mêmes pratiques. Elle est embarrassante et stupide. Reconnaitre la mort du processus de paix israélo-palestinien est une chose, mais récompenser l'homme qui s'est engagé il y a deux décennies à tuer la paix et n'a ménagé aucun effort pour le faire, n'a pas de sens.

Cet article a été traduit de l'anglais. Il a été publié sur Huffington Post Politics le 7 novembre 2015.

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