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26/08/2015 11h:02 CET | Actualisé 26/08/2016 06h:12 CET

Mr. Robot

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Mr. Robot n'est pas un cheval de Troie, s'il fallait suivre l'analogie dont cette œuvre s'apparente, on dirait qu'on est en présence d'un Malware aussi bienveillant qu'une personne ne puisse l'être avec sa propre conscience.

Cet été, on a peut-être assisté à la naissance de l'une des plus grandes œuvres de la nouvelle vague des séries US contemporaines - et ce en la quasi totale absence de quelconque brouhaha médiatique ou même de l'engouement usuel de certaines vitrines à caractère indépendant qui, pourtant, n'ont cessé de braquer leurs projecteurs sur le retour tant attendu de True Detective (un retour tellement critiqué, décortiqué et conjugué au passé, dans un souci qui ne peut qu'être faussé, celui d'une comparaison à outrance, qui n'a nullement le droit d'être).

Elliot, jeune ingénieur en cyber sécurité, se transforme en hacker le soir. Cette dualité n'est pas du tout d'ordre moral, il n'y a pas de changement d'attitudes ou d'éléments déclencheurs.

Morphinomane confirmé, cynique de religion, Elliot pirate tout ce qui se rapproche de sa bulle ultra-paranoïaque en gardant bien enregistré le fruit de ses conquêtes d'informations sur des CD déguisés en album de musique, un peu à l'image des gouttes de sang préservées par Dexter - à qui la série emprunte aussi le Voice-Over.

Elliot est approché par un collectif de néo-tech-anarchistes dont le but est de s'attaquer au géant de la technologie E-Corp et ce afin de distribuer les richesses à nouveau en effaçant toutes traces possibles d'un compte bancaire, d'une transaction ou toute autre information financière.

On ne peut que faire le parallèle avec Fight Club, la démarche étant la même à quelques détails près: l'anarchie des uns exprimée via des canaux dont la violence est beaucoup plus physique et graphique, celle des autres se forge à coups de codes et de conspirations.

On est au cœur même de l'actualité, celle d'un monde aux fausses idoles, d'un droit de la protection de la vie privée violé par les pays donneurs de leçons, simplifié et desservi par les géants de l'industrie technologique.

Parfait Acronyme d'Elliot? Edward-Tyler-Snow-Durden!

Rami Malek est la véritable merveille et sensation de cette série, avec son Hoody et son sac. Il déambule sans cesse dans un New York souvent grisâtre, en parfaite concordance avec son mental. Sa voix est à l'image d'un chant de guerre pour une armée de robots androïdes tout droit sorti d'un futur film SF sauce Gondry et bien réussi, indexée à son regard qui à travers ses yeux donnent la constante impression de vouloir s'extirper de son crane, vous renvoie au septième ciel du sentiment de paranoïa et d'enfermement.

Rami Malek est Elliot, on voit mal comment le contraire puisse être possible, tellement l'acteur est habité par son personnage.

Bien que souvent associé par les puristes comme étant une tromperie scénaristique, le Voice-over est à lui seul une performance artistique, conférant à la série une tonalité théâtrale foudroyante de puissance!

Les choix artistiques optés pour Mr Robot sont d'une perfection accablante. La bande son rythme les sursauts psychologiques d'Elliot et de son évolution tout au long des événements qui le secouent et est orchestrée par des morceaux électro étouffés et saturés qui maintiennent une mécanique d'enfermement et de malaise en jouant constamment sur les différents niveaux de paranoïa et de stress associés.

Les génériques, d'un épisode à un autre, vont d'une inspiration pixélisée tout droit sortie d'un mauvais rêve où l'on est poursuivi par PacMan, jusqu'aux graphiques prononcés du générique d'Enter the Void de Gaspar Noé.

Sam Esmail, le magicien derrière ce projet, a réussi surtout à rendre un sujet ultra-spécifique assez facile d'accès pour nous autres mortels. Le vocabulaire Tech, bien que poussé dans certains cas, peut être facilement assimilé tout en étant approuvé par les spécialistes (les interfaces informatiques, les procédés de piratage et de sécurité informatique). Tout est bien plausible, on ne nous prend pas pour des imbéciles comme dans d'autres séries, où les batteries des PC portables ont un contrat CDI et où l'on tape un milliard de lettre par seconde sur un écran qui ne communique pas tant que ça.

Mr. Robot est une autre preuve que la télé et le cinéma ne sont plus artistiquement limitrophes, mais se mêlent et s'homogénéisent plus que jamais.

Là où dans un décor chaotique, Where is my mind des Pixies résonnait comme un hymne apocalyptique dans Fight Club. Le même morceau résonne encore et toujours dans Mr. Robot pour présenter l'œuvre de l'architecte du plan de destruction du capitalisme et de ses fédérateurs.

Pour ces raisons et pour plein d'autres, non mentionnées pour plus d'effets surprises à la découverte, vous devez absolument regarder ce thriller psychologique; Mr Robot, une série qui ne se contente pas de critiquer l'establishement au pouvoir, mais lui envoie un beau bras d'honneur: "Fuck Society" dixit Elliot.

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