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15/03/2016 07h:33 CET | Actualisé 16/03/2017 06h:12 CET

Anomalisa: Une immersion magique dans l'imaginaire de Charlie Kaufmann

On ne parlera jamais assez de ce bel étrange essai en stop-motion qu'est Anomalisa. Au-delà des prouesses techniques et scénaristiques qui le caractérisent; c'est encore une fois et ce pour notre plus grand bonheur, une immersion des plus envoûtantes dans l'imaginaire de celui qui nous a offert tout au long de sa carrière, l'expérience "cinéma" la plus unique et originale qui soit: Le grand Charlie Kaufmann!

capture écran

On ne parlera jamais assez de ce bel étrange essai en stop-motion qu'est Anomalisa. Au-delà des prouesses techniques et scénaristiques qui le caractérisent; c'est encore une fois et ce pour notre plus grand bonheur, une immersion des plus envoûtantes dans l'imaginaire de celui qui nous a offert tout au long de sa carrière, l'expérience "cinéma" la plus unique et originale qui soit: Le grand Charlie Kaufmann!

L'histoire est celle de Michael Stone, fort du succès de son dernier livre sur tout ce qui touche le service à la clientèle, il voyage de ville en ville pour faire des conférences afin d'inspirer les gens du métier. On le suit lors de son dernier stop à Cincinnati au Fregoli Hotel.

Le ton est donné dès le départ; le personnage de Michael, bien qu'en apparence sur de lui-même puisant sa confiance dans sa success-story d'écrivain et spécialiste reconnu du développement personnel, est d'une nonchalance inouïe. Névrosé à outrance, il ne cesse de fumer en continu, on comprend aussi, le temps d'un coup de téléphone avec sa femme, que rien ne va plus.

Anomalisa est l'histoire d'un homme coincé dans la spirale infernale de la monotonie, de cette routine étouffante qui catalyse parfaitement son malaise et justifie la raison d'être du dépressif qu'il est. Vient alors le véritable tour de force du scénario car Michael souffre (sans qu'on nous le dise explicitement) du syndrome de Fregoli: tout le monde a la même voix, quasiment la même tête,adulte ou enfant, tout est pareil pour Michael.

C'est en juxtaposant cette métaphore du dégout et la crise d'un quinquagénaire misanthrope avec le trouble psychiatrique de Fregoli (le sujet affecté par ce syndrome est persuadé qu'il est persécuté par une autre personne qu'il s'imagine déguisée et changeant régulièrement d'apparence) que la magie opère!

Une magie qui se traduit en véritable ascenseur émotionnel lorsque Michael rencontre Lisa , une groupie du SAV (Service Après Vente), qui est différente et unique. C'est la seule personne dont la voix est féminine et propre à elle: elle incarne l'espoir et la possibilité, le temps d'un soir au départ et le souhait d'une éternité qui semble tellement courte.

Nous sommes en plein territoire poétique, résolument mélancolique mais -oh combien- beau!

À l'image de cette scène de sexe entre Michael et Lisa qui a nécessité 6 mois de travail afin que l'animation soit à la hauteur du résultat escompté. Et cette dernière est absolument extraordinaire - du jamais vu- ahurissant de réalisme. Cette scène est une référence et un objet de culte instantané .

Anomalisa est aussi et surtout une réflexion sur notre perception de l'amour avec une approche purement existentialiste. C'est le devenir de l'homme qui y est dépeint: on est à la fois épris d'un torrent de morosité et de petits rebonds de bonheur et d'espoir.

Sommes-nous condamnés à la dictature de l'éphémère quand il s'agit du bonheur? C'est peut être le film le plus pessimiste de Charlie Kaufmann mais c'est aussi son œuvre la plus touchante et désarmante de sensibilité.

Ne le ratez surtout pas, il y'a tellement d'autres choses qui n'ont pas été mentionnées dans ces quelques lignes au risque de vous gâcher le plaisir, un plaisir de plus en plus rare de nos jours .

Bonne toile!

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