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26/08/2017 06h:37 CET | Actualisé 26/08/2017 06h:37 CET

Rompre le silence

Rafael Marchante / Reuters

SOCIÉTÉ - Notre société souffre d'un intolérable rapport à la violence. Nous tolérons encore des comportements criminels: coups et violences au sein du foyer, propos haineux, exploitation abusive de mineurs, harcèlement de rue, traitement misogyne et machiste de la femme, etc. Trop souvent, on entend cette même plainte: "Il est impossible de changer telle chose car la société marocaine est ainsi". Discours défaitiste, négatif, admettant l'inertie d'une société condamnée au fatalisme.

Afin de traiter de problèmes sociaux graves, comme la condition de la femme, il faut une énergie entière et complète pour mouvoir et éroder ces masses de granite que sont l'obscurantisme et la misère intellectuelle. Mais la culture associative est encore trop faible. Les associations souffrent de deux carences: une société civile qui peine à s'engager en faveur de leurs luttes, une structure associative manquant de ressources jeunes, innovantes et passionnées. Il faut des esprits convaincus, ambitieux et dévoués pour traiter ces gangrènes et amener un débat national sur les vecteurs de changement.

Il s'agit donc de rompre le silence pour tous. Les victimes avant tout, disposant d'un système juridique qui, bien qu'imparfait, fera face à des pressions toujours plus importantes de la société civile. Les citoyens lambda, vous et moi, qui par leur conscience, activisme, ou simple empathie, peuvent susciter de progressifs changements: critiquer avec objectivité, analyser les failles, observer les carences, palier les maux, appuyer la lente évolution. Notre nation ne peut contenir les terribles évolutions qui la gangrènent si chaque citoyen ne parvient à saisir son rôle dans cet ensemble. Ne pas agir et affirmer avec véhémence que ce bled est foutu ne mènera à rien. Chaque citoyen peut être acteur du changement.

Une nation civilisée et respectueuse ne se conçoit pas du jour au lendemain. Une politique des petits pas est à mener. Il faut des efforts quotidiens pour ployer les perversions, crimes et idéologies meurtrières. Mentionnons ici les petites incivilités; dégradation de l'espace public, violence verbales, pollution de l'environnement; ces petits éléments qui, bout à bout, nourrissent l'irrespect à l'égard de notre prochain. De plus grosses sont rarement condamnées par la société elle-même: harcèlement, exploitation des mineurs au sein des foyers, propos haineux. Le citoyen marocain a également contribué à cette lente dégradation des mœurs et de son environnement du fait même de son rapport à la chose publique et à la morale. L'Etat, la ville, la rue, c'est lui aussi.

Une éducation en matière de biens publics manque. Ce que nous offre l'Etat est un bien commun à préserver. Ceux qui y attentent retirent, à tous, un bénéfice potentiel. Une école dégradée entraîne une éducation insalubre sur plusieurs générations. Un parc sali est un espace vert inusable. Une rue piétonne couverte de débris reflète un quotidien peu enviable.

En chacun réside un potentiel, en chacun siège une force. Il existe des degrés d'engagement différents, adaptés à chacun, convenant à chaque mode de vie. L'essentiel est de franchir le pas, de se décider. Parler à son entourage est une contribution importante. Lire, s'informer, écrire est une autre forme d'investissement. Entrer dans l'associatif est une étape plus concrète.

Quelle est donc la conclusion à tirer? L'artiste chinois Ai Weiwei avait conçu un parterre géant de graines de tournesol de porcelaine. L'objectif? Encourager les jeunes à s'exprimer. Un grain de tournesol seul ne peut rien, mais une masse conjuguant ses efforts est une irrésistible force. Il tient donc à chacun de se mouvoir et à tous de s'unir.

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