06/12/2016 06h:38 CET | Actualisé 07/12/2017 06h:12 CET

Comment rendre attractive la responsabilité environnementale pour les entreprises?

ENVIRONNEMENT - La COP22, qui s'est tenue en novembre à Marrakech, était la COP de l'implémentation. A cet effet, le rôle de l'entreprise en matière de responsabilité environnementale est critique. Beaucoup pointent du doigt le secteur privé dès lors qu'il s'agit de définir un émetteur et pollueur. Toutefois, bien que ces accusations reflètent une certaine vérité, ils ne nous invitent pas à suivre le questionnement suivant: comment rendre l'écoresponsabilité et l'eco-effectivité deux thématiques attractives et financièrement viables pour l'entreprise?

Amit Dave / Reuters

ENVIRONNEMENT - La COP22, qui s'est tenue en novembre à Marrakech, était la COP de l'implémentation. A cet effet, le rôle de l'entreprise en matière de responsabilité environnementale est critique. Beaucoup pointent du doigt le secteur privé dès lors qu'il s'agit de définir un émetteur et pollueur. Toutefois, bien que ces accusations reflètent une certaine vérité, ils ne nous invitent pas à suivre le questionnement suivant: comment rendre l'écoresponsabilité et l'éco-effectivité deux thématiques attractives et financièrement viables pour l'entreprise?

En effet, si un certain altruisme peut traverser la société civile, l'entreprise fonctionne très simplement selon un schéma "coût-gain" axé sur la rentabilité des investissements et leur impact sur la qualité du produit proposé. De ce fait, la réflexion doit se repencher, chez les acteurs de la société civile, vers une conciliation avec les logiques entrepreneuriales. L'on se désengagerait ainsi de l'opposition frontale observée de manière générale. Du côté entrepreneurial, il faut penser la démocratisation de plateformes d'échange technologiques et d'outils financiers plus adaptés aux investissements, type développement durable.

L'accord de Paris, en mondialisant la conscience environnementale, a eu un impact non négligeable sur l'investissement entrepreneurial en matière de développement durable et de solutions innovantes. Par la rencontre des acteurs privés et bailleurs de fonds, la COP22 nous a permis de comprendre leurs attentes, besoins et souhaits. Ainsi, afin de sonder la sensibilité des acteurs privés, deux entretiens ont été menés, l'un avec la Chambre française de commerce (CFC), l'autre avec Club Med (CM).

La spécificité du contexte marocain a été dans un premier temps souligné. L'inquiétude majeure du secteur public et privé porte sur l'eau. Le stress hydrique croissant nécessite la disponibilité de l'eau en quantité suffisante et la non-dégradation des ressources hydrauliques présentes.

Pour exemple, un travail de fond porte sur la re-conception du traitement des déchets. En effet, les déchetteries à ciel ouvert induisent la pollution des nappes phréatiques souterraines. Le "jus d'ordure", mixture hautement toxique qui s'infiltre dans le sol, peut être retenu par l'emploi de technologies disponibles (collecte, bâches, retenues, recyclage, etc.) ou la re-conception des déchetteries selon des modèles précédemment validés (abandon des déchetteries à ciel ouvert).

La politique publique marocaine a contribué de façon critique à la préservation des ressources hydriques par le Plan Maroc Vert. Ce dernier a su se démarquer en présentant une réflexion de fond ambitieuse et responsable: comment favoriser une agriculture à plus forte valeur ajoutée tout en utilisant un système d'irrigation intelligent? Socialement, le plan visait le mieux-vivre et la sécurité des agriculteurs afin de rendre des populations sensibles plus résilientes à de potentiels risques de sécheresses ou vagues de chaleurs.

Si le secteur public travaille d'avance sur la protection des populations sensibles et sur la résilience des ressources agricoles, l'entreprise privée est également traversée par la question de l'eau. Au Maroc, l'on réprouve tout particulièrement l'usage responsable de l'eau. Marrakech, qui accueillait la COP22, incarne bien ce stress hydrique du fait des activités humaines. Le boom du tourisme de masse suivi d'une prolifération d'infrastructures hautement gourmandes en eau (hôtels et golfs), sans oublier la multiplication de villas et riads dotés de piscines privées, ont peu à peu aggravé la situation hydrique de la région.

La sensibilisation des acteurs privés est de ce fait primordiale en l'absence de cadre législatif contraignant. A cet effet, la CFC a organisé la visite de sites de la LYDEC afin de souligner l'emploi de technologies marocaines et françaises et le besoin constant d'innovation en matière de gestion de l'eau.

La problématique de l'eau ne se limite pas à l'exploitation et au traitement de l'eau. Cette dernière est connectée à des enjeux tout aussi critiques tels la déforestation et la désertification. N'importe quelle décision publique et entrepreneuriale ne peut plus perdre de vue à cet effet son empreinte environnementale. L'eau interconnecte ainsi un ensemble de thématiques. Face à la transversalité du sujet, l'organe unique qui peut investir et innover pour répondre aux enjeux environnementaux reste l'entreprise.

Le milieu de l'entreprise évolue progressivement vers une intégration croissante des questions environnementales. Comme souligné par le CM, le développement durable est intégré dans la réflexion entrepreneuriale qu'en cas de bénéfices économiques. De ce fait, il faut rendre les technologies d'économie, de production et de transfert d'énergie attractives, mais il faut également qu'en amont un travail de sensibilisation soit mené auprès des acteurs privés.

Le but d'organes comme la CFC est de faciliter la collaboration entrepreneuriale et le transfert de technologies. Des technologies avantageuses pour les politiques entrepreneuriales en matière de développement durable sont bien souvent inconnues des décideurs et investisseurs. Le travail de facilitateur et de networking est donc essentiel pour renforcer la résilience des entreprises et leur aptitude à réduire leur empreinte écologique. De ce fait, bien qu'une conscience forte et un sentiment de responsabilité soient nécessaires, il faut d'une part faciliter le transfert de technologies et de l'autre accentuer l'attractivité financière.

L'on ne peut plus se permettre de continuellement critiquer l'entreprise pour son manque de déontologie climatique. Notre proposition: développer un dialogue apaisé dans lequel l'échange de bonnes pratiques et le développement de potentiels économiques vont faire de la transition économique, énergétique et durable non une contrainte, mais une richesse.

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