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25/12/2014 11h:40 CET | Actualisé 24/02/2015 06h:12 CET

Coke, marxisme et salafisme: Les nouveaux Pablo Escobar du désert

Le Sahel est confronté à une crise sismique qui secoue les fondations des états de la région, une onde qui pourrait entraîner les pays du Maghreb, dont certains ne se sont toujours pas remis des soulèvements populaires du printemps 2011. Un "Printemps Arabe" en mal de transition combinant le spectre de la crise financière et une classe politique émasculée par plus de deux décennies de dictature, ont créé un foyer idéal pour la propagation de l'idéologie salafiste.

Un terrain fertile

Le Sahel est confronté à une crise sismique qui secoue les fondations des états de la région, une onde qui pourrait entraîner les pays du Maghreb, dont certains ne se sont toujours pas remis des soulèvements populaires du printemps 2011.

Un "Printemps Arabe" en mal de transition combinant le spectre de la crise financière et une classe politique émasculée par plus de deux décennies de dictature, ont créé un foyer idéal pour la propagation de l'idéologie salafiste.

Pour conquérir le cœur des recrues et des tribus de la région, le salafisme n'est pourtant pas suffisant. En effet, l'argent est le nerf de la guerre, et il faut faire preuve d'ingéniosité lorsque l'on n'est pas solvable. Les milices aux pratiques mafieuses les mieux implantées ont profité du chaos pour renforcer leur base, diversifier leur trafic, et élargir leur réseau.

Les racines du mal

Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) existe dans cette région depuis la création du sanguinaire Groupe Islamiste Armé (GIA) en 1992, composé d'anciens combattants algériens revenus d'Afghanistan au début des années 90.

Piloté par les renseignements militaires (DRS) pour combattre le Front Islamique du Salut (FIS), qui avait remporté le premier tour des élections législatives en Algérie en 1991, mais dont la légitimité a été contestée par la junte militaire au pouvoir, le GIA s'est embourbé dans une guerre civile sanglante.

Une fois le carnage terminé, des dissidents au sein du GIA ont formé le Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) en 1998, dont le but était d'attaquer les intérêts occidentaux en Algérie, puis de recruter des combattants pour le djihad en Irak dès 2003.

Les vétérans de ce groupe se sont réfugiés au Sahel et ont prêté allégeance à Al Qaida en 2007, créant AQMI et dont l'immortel Mokhtar Belmokhtar (Monsieur Marlboro) en est un des cerveaux dirigeants.

Les barons de la région

La région sahélienne regorge de structures de ce type (MNLA au Mali, MUJAO en Afrique de l'Ouest, Polisario au Sahara, Ansar Edine etc..) qui coopèrent entre elles pour faire fructifier leur business (trafic de migrants, de cigarettes, d'armes, de drogues, d'otages etc...), transformant le business en religion.

L'échange de Serge Lazarevic (otage pour certains, barbouze pour d'autres) contre quatre hauts gradés d'AQMI, dont un issu du Polisario, a suscité l'ire de plusieurs ONG. Libéré par Mohamed Akotey, le Moustapha Chafi du Niger, cet échange d'otage contre prisonniers a porté un coup dur au moral des troupes maliennes.

L'implication des milices dans différentes affaires montre leur connivence dans la région. Selon El mundo, 15% du coût du gramme vendu en Europe (50 euros) reviendrait aux djihadistes. Une manne qui pourrait s'élever à plusieurs milliards d'euros depuis le début de ce trafic fin des années 90.

Une expertise américaine

Ce modèle économique trouve sa source sur le continent américain, et plus précisément en Colombie. Fondées en 1964 comme étant le bras armé du parti communiste colombien, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) ont commencé par mener des opérations de sabotage, des assassinats d'hommes politiques, szq kidnappings et attentats à l'encontre des libéraux soutenus par les Etats-Unis.

Les paysans étant sans défense contre les gros propriétaires d'haciendas, des comités d'autodéfense paysans ont vu le jour partout dans le pays, avec le support des communistes.

Le conflit s'étant enlisé, la tolérance zéro de l'armée régulière a poussé les FARC dans la jungle, menant une guerre asymétrique contre l'état, et misant sur les ressources naturelles dont la Colombie dispose (Cocaine), pour se financer et s'armer.

Au fil des années l'argent est devenu la cause, et le savoir-faire des guérilleros s'est exporté. Même si un accord historique vient d'être signé entre les FARC et le gouvernement (dans l'ombre de celui entre les Etats-Unis et Cuba), les FARC ont des représentants au Sahel pour organiser l'acheminement de l'or blanc avec AQMI.

La route de la poudre

Les points d'entrées européens traditionnels (Espagne, Rotterdam, Anvers) étant de plus en plus surveillés (DEA, Interpol), de nouveaux accès ont dû être négociés avec des pays plus "coopérants" et aux frontières poreuses pour mettre en place de nouveaux réseaux de distributions.

Surnommés "Highway 10" en référence au 10ème parallèle reliant l'Amérique Latine à l'Afrique de l'Ouest, les trafiquants de cocaïne transitent par les ports de Guinée, Cotonou, et du Cap-Vert, pour acheminer leur marchandise à travers le Sahel et jusqu'en Europe.

Les djihadistes se chargent d'escorter, et d'assurer un passage sauf à travers le no man's land sahélien, avec l'accord tacite de certains gradés de la région. Pour rappel, le député écolo Noel Mamère avait ouvertement accusé en 2013 l'actuel président mauritanien d'être "un parrain de la drogue".

Le scandale "Air Cocaïne" montre l'ampleur de la corruption et de la coopération entre narco, militaires et djihadistes. En 2009, le squelette d'un Boeing 727-200 a été retrouvé fumant à Gao (cœur des opérations françaises au Mali), après avoir été vidé de ses tonnes de cocaïne par une ruche de pick-up.

Selon le rapport de l'UNODC, 40 à 80 tonnes transitent en moyenne par l'Afrique de l'Ouest chaque année. Si certains analystes pensent que l'intervention française au Mali a freiné le trafic, la secte Boko Haram n'aura aucun mal à assurer la relève en acheminant la drogue du Nigéria à la Libye en passant par le Niger.

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