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27/03/2016 07h:21 CET | Actualisé 28/03/2017 06h:12 CET

Pourquoi le concept de "communauté musulmane" est une notion erronée?

Les attentats à Paris et plus récemment à Bruxelles ont mis en avant un concept particulier, celui de la "communauté musulmane". Cette notion est pour plusieurs raisons biaisée et y revenir permettra peut-être de saisir au mieux la réalité des musulmans(...)

Les attentats à Paris et plus récemment à Bruxelles ont mis en avant un concept particulier, celui de la "communauté musulmane". Cette notion est pour plusieurs raisons biaisée et y revenir permettra peut-être de saisir au mieux la réalité des musulmans,beaucoup plus qu'un concept généralisant.

La communauté met en avant certains aspects communs à plusieurs individus. Concernant la communauté musulmane, il s'agit donc de l'islam et de certains de ses valeurs et principes. Malheureusement, plusieurs éléments qui intègrent cet aspect commun qu'est l'islam, n'est pas similaire au sein de cette "communauté" et c'est cela qui sera mis en avant.

En effet, bien qu'il y ait des principes communs aux musulmans, il n'existe pas vraiment de clergé en islam exception faite dans le chiisme (deuxième courant musulman, le premier courant et majoritaire étant le sunnisme) et là encore, il en existe plusieurs qui ne sont pas forcément suivis à la lettre et ou une reconnaissance du bas vers le haut et l'inverse n'est pas forcément nécessaire. S'il n'y a pas d'autorité religieuse en islam, il est donc possible pour tout musulman d'écouter ou de suivre des points de vue spirituels différents.

Cette possibilité d'entendre plusieurs avis et interprétations n'est en soi pas mauvaise, bien au contraire puisque cela évite de figer la religion et l'expression que l'on en fait. Il faut donc comprendre qu'il n'y a pas qu'une seule manière de vivre et d'expliquer la religion musulmane. Evidemment, cette religion monothéiste pourrait être définie similairement et avec une unanimité provenant d'Indonésie en passant par la Mauritanie pour arriver au Canada. Mais, l'expérience de la foi ne peut être définie en soi puisque chaque individu vivra ce mode de vie spirituel d'une certaine manière.

Et le halal? Et le port du "voile"? Effectivement, il y a certains sujets provenant des citoyens de confession musulmane qui peuvent faire écho commun, mais il n'empêche, qu'il ne s'agit pas de la "communauté musulmane" comme un groupe homogène qui serait d'accord et demandant la même chose. Tout les musulmans ne mangent pas "halal" et ne portent pas le « voile » et là encore, différentes expressions dans ces catégories verront le jour. En restant sur cette même idée, l'apparition de violence par certaines personnes ayant comme l'une de leurs identités l'islam n'est pas ici non plus, un aspect commun à cette communauté et cette interprétation des textes ou l'écoute de certains prêcheurs invitant à cela ne seront pas suivis par tous puisque le croyant musulman n'est pas soumis à une autorité religieuse et qu'il lui est possible de suivre ce que bon lui semble...

Rappelons également que l'islam n'est pas une région dans le monde ou qui désignerait une ethnie en particulier mais bien une spiritualité qui se retrouve un peu partout sur la planète terre et qui malgré qu'elle soit apparue en Arabie, retrouve le plus de croyant en Asie... Pour nous limiter à la France et à la Belgique, il est question de musulmans majoritairement issus de l'immigration mais nés en Europe et ayant les us et coutumes européens.

Ils sont originaires de plusieurs pays différents, de plusieurs cultures et ayant des interprétations de l'islam avec des points communs mais aussi des aspects différents. Néanmoins, cette pluralité spirituelle au sein d'un même territoire ne sera pas le problème puisqu'il a souvent été évoqué que c'est avec l'apparition officielle de la vision wahhabite made in Arabie Saoudite, (qui ne l'oublions pas, a reçu dernièrement la légion d'honneur en France) sur ces territoires par le biais de prêches et d'ouvrages aux propos et visions anti démocratiques qui attira l'attention des jeunes dans un contexte propice à y voir de l'intérêt: un contexte de guerres, de désordres, d'inégalités sociales et encore de crises dans le monde.

En effet, plusieurs textes provenant de sources anciennes parlant de violence sont utilisés et sont clairement à contextualiser ou à remettre en question quant à leur fiabilité. La question que l'on pourrait se poser est de savoir comment se fait-il que ces textes soient aujourd'hui intéressants pour certains et pas il y a trente ans de cela? Nous pensons qu'il existe d'autres facteurs générationnels notamment qui expliquent l'intérêt de ces textes à notre époque et leur instrumentalisation par certains.

Au-delà des origines et des cultures, il y a également les différents courants historiques qui se distinguèrent au court de l'histoire de l'islam et qui au sein même de ces groupes créèrent des tendances et des écoles juridiques pour traiter des questions islamiques. Ces courants n'ont pas tous créé cette vision violente de l'islam et à l'heure actuelle, il y en a même qui combattent cette vision radicale. Nous pouvons prendre le cas du chiisme, présent également en France et en Belgique et qui malgré qu'elle intègre cette communauté n'a complètement rien à voir avec ce phénomène et parfois ces textes traditionnels...

Cette complexité d'identités et de points de vue doit être compris afin que lorsqu'il s'agira de parler d'un islam de Belgique, d'un islam de France ou encore d'un islam européen, on comprenne qu'en réalité, les interprétations qui existent en islam ne sont en soi pas une menace, mais que ces différentes autorités religieuses doivent se réunir et se mettre en accord à propos de la violence et de l'importance du respect de la vie et des autres. Des messages qui justement font partie de la majorité de la communauté musulmane mais qui doivent être travaillé en profondeur afin que les autres problèmes, qui intègrent des décisions politiques puissent être complètement montré du doigt et que le problème du religieux ne diverti pas les citoyens des autres responsabilités non religieuses qui sont également à l'origine de ce désordre mondiale.

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