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06/04/2016 08h:03 CET | Actualisé 06/04/2017 06h:12 CET

La femme en islam: Ses rôles et statuts à la lumière de quelques figures féminines islamiques

En qui peut s'identifier la femme musulmane? Quelles sont les figures féminines en islam qui pourraient être considérées comme des modèles pour les musulmanes d'aujourd'hui?

Quel(s) est/sont le(s) rôle(s) de la femme musulmane dans la religion islamique et dans la société? Existe-t-il un double discours à son sujet?

Puisque la femme a toujours été un sujet qui anima bien des débats, il nous a semblé intéressant d'évoquer plusieurs réflexions à propos de la femme de confession musulmane et des figures féminines en islam. Nous ajouterons à cela, un questionnement sur des discours contemporains sur la femme et les incohérences avec des faits historiques de certaines de ces figures emblématiques de l'histoire de l'islam.

Contexte de l'Arabie avant la révélation divine:

Si l'on se rapporte à ce que plusieurs auteurs résument de la situation des femmes avant que Muhammad n'intègre son rôle de Prophète, il semblerait que plusieurs éléments leur fut défavorable. En effet, "dans la période pré-islamique, les femmes ont souffert de plusieurs discriminations. Elle n'avait aucun droit naturel. Quelques exemples de cette absence de droit envers la femme sont: lorsqu'elle naissait, elle était enterrée vivante, elle n'héritait de rien mais était un héritage en soi etc." 1 .

Avec l'arrivée de l'islam par le biais du prophète Muhammad, ce dernier institua avec le temps et beaucoup d'épreuves une nouvelle organisation sociale fondée sur la notion de communauté (umma). C'est au sein de cette dernière que "dominaient les principes de fraternité, d'égalité, et de solidarité (...) la justice cessa d'être une affaire individuelle pour relever de la collectivité"2. La femme, actrice au sein de toute société, allait ici, soit rester dans l'anonymat ou recevoir sa place et ses droits.

Le Prophète Muhammad ayant grandit dans cette société a pu observer de près les différentes difficultés que ces citoyens subissaient. Ainsi, la question des femmes et de leur statut fut un des sujets qu'il incorpora par le biais d'une volonté divine dans son message. Aussi, nous pouvons lire au sein du dictionnaire historique de l'islam, que d'un point de vue religieux, "la femme, en arabe 'mar'a', qui participe à l'humanité, en arabe 'bashar', apparaît dans l'islam comme une créature de Dieu à l'égal de l'homme. La croyante se trouverait en principe sur le même pied que le croyant, appelée elle aussi à servir Dieu selon les exigences de la Loi, c'est-à-dire en étant soumise aux mêmes obligations cultuelles et morales"3.

Cette dernière phrase est importante, car cela signifie que la femme, indépendamment de l'homme, se doit de développer sa propre conscience et sa relation avec le divin.

Cela est effectivement confirmé au sein de plusieurs versets coraniques. Dans le verset qui suit, c'est la reconnaissance de l'existence des femmes qui est mis en exergue: "Hommes, soyez pieux envers votre Seigneur qui vous a créés d'une personne unique dont, par elle, il a créé une épouse et dont il a fait proliférer en grand nombre des hommes et des femmes."4

Le verset qui suit permet à la femme d'obtenir sa responsabilité en tant qu'individu: "Ô Prophète, quand les croyantes viennent à toi, te prêtant serment d'allégeance et jurant qu'elles n'associeront rien à Dieu, qu'elles ne voleront pas, qu'elles ne forniqueront pas, qu'elles ne tueront point leurs enfants (...), qu'elles ne te désobéiront point en ce qui est convenable, accorde-leur allégeance et demande pardon à Dieu pour elles!"5.

Nous observons dans ces quelques lignes que les femmes sont venues prêter serment d'allégeance au Prophète. C'est un acte fort, puisque de cette manière il donne à la femme le statut qui lui avait été ôté jusque là: d'être.

Son engagement avait autant d'importance que celle d'un homme. Et les responsabilités qu'elle devait s'engager à respecter faisaient d'elle, une citoyenne consciente des enjeux de sa société et de ce qui l'entourait à différents niveaux.

Le statut de la femme en islam:

Au vu des versets ci-dessus, nous l'avons compris, en islam, il n'y a pas de différence en principe entre la femme et l'homme, ces deux individus sont appelés à croire et à respecter les prescriptions divines. Néanmoins, il serait malhonnête de penser qu'il n'y a aucune différence entre ces deux genres.

En effet, dans une approche naturaliste, nous pouvons observer des différences entre l'homme et la femme. En fonction de ces différences "physiques", c'est-à-dire liées au corps, certaines exigences seront proposées aux uns et aux autres.

Un exemple concret est lors du jeûne du mois de Ramadan, l'un des cinq piliers de l'islam. La femme lors de ses menstrues ne doit pas pratiquer le jeûne puisqu'elle se retrouve dans un état faible et où se nourrir et boire est nécessaire. Cependant, là où plusieurs pensent qu'il y a injustice, c'est au niveau de la question de la pudeur.

En effet, la pudeur comme dans les autres religions a été sujette à interprétation, les textes du Coran ne faisant pas exception. Néanmoins, l'un des versets qui fait allusion à cette pudeur met en avant dans un premier temps, celle de l'homme et dans un deuxième temps celle de la femme.

Le Seigneur, Allah, invite tant l'homme et que la femme "(...) de baisser leurs regards, de garder leur chasteté. (...)" (S.24 v.30-31).

De plus, même si l'interprétation du foulard islamique ne fait pas l'unanimité mais qui serait la suite du verset évoqué plus haut (voir à ce sujet S.24 V.31), plusieurs traditions invitent à une modestie vestimentaire tant pour l'homme que pour la femme.

Si dans les traditions chrétiennes et juives cette pratique de se couvrir les cheveux est présente et a dans certaines régions du monde disparue, il n'empêche qu'elle existe toujours et c'est le cas notamment de la religion musulmane.

Il est à noter que l'expression du foulard au sein des musulmans dans le monde est différente, les raisons aussi. Quelles sont les raisons évoquées fréquemment? Il s'agit dans un premier temps d'un choix religieux, la femme musulmane s'approprie les textes et en arrive à cette conclusion, puis, il y a un choix politique, dans ce contexte, la révolution iranienne en 1979 mais aussi le mouvement politico-religieux des frères musulmans vont s'approprier ce symbole et travailler les identités de la femme musulmane, enfin, nous pouvons évoquer un effet de mode.

Il suffit d'observer les différentes vidéos sur Youtube où des femmes de confession musulmane expliquent pourquoi elles ont décidé de porter le foulard et les différentes manières de le porter en fonction des autres vêtements qu'elles achètent dans les magasins.

Quelques figures féminines en islam:

Il existe plusieurs femmes dans l'histoire de l'islam qui ont influencé d'une manière ou d'une autre la société musulmane de part leur implication. Un exemple emblématique est celui de 'Aisha, l'une des épouses du prophète Muhammad, qui lors d'un choix politique, la désignation de Ali ibn abou Taleb comme quatrième calife, décide de créer une coalition contre son autorité. Cela aboutira à une bataille où cette dernière sera aux commandes, sur le dos d'un chameau. On appellera cette bataille "La bataille du chameau", en 656. Une figure qui inspire au quotidien les musulmanes et qui est une preuve de l'implication de la femme au sein de la société et dans une moindre mesure, dans les décisions politiques.

Plusieurs discours contemporains veulent réduire la femme à son rôle d'épouse subalterne à l'homme ou encore à son rôle de mère. Si finalement, toutes les femmes musulmanes ne deviennent pas forcément épouse ni mère, cela exclut complètement d'autres rôles que la femme a et est. Cependant, les exemples qui vont suivre prouvent que d'autres figures féminines en islam étaient plus que cela.

Prenons le cas de Khâdija, première épouse du prophète, avec laquelle il restera monogame jusqu'à sa mort et pour qui il restera un an célibataire en guise de deuil pour sa défunte épouse.

Cette dernière était une riche commerçante dans un contexte d'Arabie où la femme n'était pas considérée comme un individu mais bien comme un héritage. C'est d'ailleurs dans le cadre de son métier qu'elle rencontrera Muhammad, et fit de lui l'un de ses employés. Aussi, il est difficile de comprendre certains discours qui aliènent la femme, en tant que personne responsable, pouvant tout comme l'homme faire le choix de s'impliquer ou pas, de travailler ou pas. Un discours qui comme l'esclavagisme ou les discriminations raciales étaient présents avant la révélation prophétique et qui après la mort du prophète réapparaîtront.

D'autres femmes comme Fatima, la fille du prophète, étaient connue pour s'impliquer socialement en Arabie, en aidant les démunis et les blessés de guerre. C'est aussi le cas de figures provenant du christianisme comme Marie (Maryam en arabe) qui vont influencer les musulmanes d'aujourd'hui dans leur manière de vivre leur spiritualité.

Cependant, il serait limité de penser que la femme musulmane ne tient ses références que de figures féminines, le prophète Muhammad est tout autant une inspiration pour ses dernières que ses compagnons ou les membres de la famille prophétique. Enfin, au-delà des figures religieuses, d'autres aspirations, d'autres références et d'autres identités forgeront ces femmes qu'elles décident de porter un foulard ou pas.

1-The life of Fatima Az-Zahra: the principal of all women: study and analysis, by allama baqir sharif al-qarashi, p.47

2-Ibidem.

3-Dictionnaire historique de l'islam, Janine et Dominique Sourdel.

4-Coran, IV, 1.

5-Coran, LX, 12.

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