LES BLOGS
28/06/2013 10h:46 CET | Actualisé 28/08/2013 06h:12 CET

Motion de censure: En finir avec la culture de l'irresponsabilité et du laxisme

Le laxisme institutionnel est cette indulgence excessive envers les règles et les lois qui régissent les institutions de l'État. Il s'agit d'une culture de gestion quotidienne où improvisation, indiscipline et complaisance sont banalisées en lieu et place de la rigueur du code et du protocole d'usage.

Le laxisme institutionnel est cette indulgence excessive envers les règles et les lois qui régissent les institutions de l'État. Il s'agit d'une culture de gestion quotidienne où improvisation, indiscipline et complaisance sont banalisées en lieu et place de la rigueur du code et du protocole d'usage.

Mascarade parlementaire

Dernier exemple frappant de ce laxisme est la mascarade absurde qui s'est déroulée à l'Assemblée Constituante autour de la motion de censure envers le président de la République. Qu'importe qu'on soit d'accord ou non quant au contenu de la motion. A titre personnel, je le trouvais bien léger et futile. Un contenu qui ne justifie aucunement la censure du président. Mais qu'importe, le fait étant que plus d'un tiers des députés ont signé une pétition et l'ont soumise en bonne et due forme au bureau de l'Assemblée. Le processus démocratique et institutionnel a ainsi été honoré et les règles du jeu respectées.

Que des députés ayant cosignés cette pétition retirent leurs signatures la veille de sa discussion en plénière est un signe grave d'irresponsabilité et de laxisme, qui nuit gravement à l'image et à la crédibilité de l'institution et des honorables individus qui la représentent. Pire encore: 99 députés ont voté pour l'annulation de la pétition pour la motion, 9 seulement contre son annulation, alors que 70 constituants l'avaient initialement signée. Saisissez-vous le burlesque loufoque de la chose ?

Enfin, personne ne veut plaider coupable. Tous trouvent de quoi justifier l'injustifiable, comme ce député qui affirmait sur les ondes d'une radio que ceci ne représentait plus une priorité pour les tunisiens. Annoncée comme priorité il y a encore deux mois, cette pétition a fait du chemin.

Syndrome politique, syndrome général

On n'est évidemment pas à une absurdité près. Que ce soit au niveau de l'Assemblée, du gouvernement ou de la présidence, le manque de sérieux et de responsabilité se sont faits coutumes dans un esprit d'improvisation généralisée. Résultat: cette Assemblée, supposément institution la plus légitime de l'ordre politique, a perdu, aux yeux de beaucoup, toute crédibilité. Le gouvernement et la présidence la suivent de très près au niveau de l'estime populaire.

En même temps, rares sont ceux qui s'en insurgent: cette culture est, en fait, celle du tunisien ordinaire. Passer outre, prendre des raccourcis, couper à la file d'attente, passer au feu jaune, et ne pas s'arrêter au rouge. On improvise notre vie de tous les jours: les règles, c'est pour les autres, on ne les suit que quand elles font notre affaire. Toute une culture issue de plus de 50 ans d'État providence et de dictature paternaliste. Il est temps que cela change. Il est temps d'en finir, d'abord avec le laxisme institutionnel, ensuite avec le laxisme général. Les institutions se doivent d'être irréprochables dans l'application des règles et des procédures, de suivre l'usage et le protocole à la lettre, ils doivent être l'exemple, et non le contre-exemple à suivre. Les individus, députés et gouvernants, doivent assumer leur responsabilité jusqu'au bout, être fermes avec eux-mêmes, montrer le chemin de la droiture et l'application des règlements et des lois. Finissons-en avec l'improvisation. Il est temps de bâtir une nouvelle culture de rigueur et de sérieux.