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27/07/2013 15h:31 CET | Actualisé 26/09/2013 06h:12 CET

Maroc et Club Med: la fin d'une "gentille" histoire?

Ce n'est un secret pour personne, une OPA vient d'être lancée sur le Club Med. Personne ne l'ignore non plus, cette offre publique d'achat est amicale, dans la mesure où l'ensemble des membres du conseil d'administration de la firme au trident l'a approuvée. La CDG, Rolaco et Edizione Holding SpA ont tous choisi d'apporter à l'offre faite par le fonds d'investissement Axa Private Equity et le conglomérat chinois Fosun. Mais alors, si la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) du Maroc cède ses titres (7,1%), doit-on en conclure que le pays du couchant se couche, abandonnant sa mainmise sur le Club? C'est un peu plus nuancé que cela, en fait.

Maroc et Club Med, cinquante ans, toujours plus beaux...

Le premier Club Med marocain voit le jour en 1963, à Al Hoceima. Il ne s'agit alors que d'un hameau regroupant une poignée de paillotes. Trois ans plus tard, le village d'Agadir ouvre ses portes, abandonnant cases et tentes au profit de bungalows. C'est la toute première fois que le Club se met au "dur". C'est aussi le début d'une solide coopération avec le Royaume chérifien.

Le Club d'Agadir fera de nombreuses émules. Au Maroc, les villages estampillés d'un trident poussent comme des champignons. Dès 1967, le Club de Ouarzazate ouvre ses portes, suivi l'année suivante par celui de Smir. En 1970, c'est au tour du village de Yasmina de sortir de terre. Dans la foulée, deux autres lieux de villégiature seront créés, en 1971: les Clubs de Malabata de Tanger et de la Medina de Marrakech. Il faudra ensuite attendre 1994 pour qu'un nouveau centre soit créé à El Jadida, puis 2004 et 2005 pour pouvoir se rendre aux villages de la Palmeraie et du Riad de Marrakech.

En fait de "villages", ces nouveaux fleurons ressemblent davantage à des complexes hôteliers de haut standing. On est bien loin de l'image d'Epinal véhiculée par le film Les Bronzés, dans lequel le séjour au Club Med d'un groupe de joyeux drilles est l'occasion de laisser libre court à ses penchants les plus beaufs. Fini la pantalonnade un peu foutraque, place à des lieux et activités premium. Une montée en gamme qui ne se fait pourtant pas au détriment de la perpétuation de l'esprit originel du Club: sports, nature et, surtout, convivialité.

Une dynamique sublimée au Maroc, où les paysages tous plus féériques les uns que les autres le disputent à des étendues d'eau offrant un large choix d'activités nautiques et où, plus que tout, l'accueil des touristes revêt une importance capitale. DRH au Club Med, Youssef Dahri en témoigne pour L'Economiste: "Le profil marocain (...) est le symbole de la gentillesse, de l'art de recevoir (...)".

Chaque année, au Maroc, ce sont plus de 115 000 séjours qui sont organisés, dont 75 000 en villages et plus de 40 000 en circuits. En haute saison, l'effectif global est de 1550 employés, plus connus sous le nom de GO (gentils organisateurs) et de GE (gentils employés). S'il est exclu que l'apport de tous les titres de participation de la CDG (par le truchement de sa filiale CMV) à l'OPA lancée sur le Club Med fasse tomber le couperet sur les centres de vacances situés au Maroc, il se pourrait bien que cet apport ne soit pas non plus synonyme de passage de témoin pour le Royaume.

... et ce n'est pas fini

Alors que le GO en chef du groupe, Henri Giscard d'Estaing, a engagé un processus de nivellement par le haut des villages du Club, lequel s'est notamment traduit par la rénovation de fond en comble du centre de Yasmina en 2011, l'offre publique d'achat (OPA) tombe à point nommé. Si elle parvient à rassembler plus de 95% des titres, elle aboutira au retrait de la cote du capital de Club Med pendant au moins quatre ans. De quoi poursuivre sur la voie de la montée en gamme et de l'internationalisation de la firme sereinement, à l'abri des fluctuations du marché.

Un échec de l'OPA serait au contraire préjudiciable au groupe, dans un contexte marqué par une crise profonde : depuis 2010, le "nombre de Français qui ont choisi l'Afrique du Nord pour leurs vacances a baissé de 47%", confie ainsi Henri Giscard d'Estaing. Un recours contre l'OPA vient d'être déposé devant la Cour d'appel de Paris. Formulé par un petit porteur, il soutient l'idée selon laquelle la proposition de rachat, qui porte à 17,50 euros la valeur de chaque action, ne serait pas suffisante. La vérité, c'est que si le Club Med ne profite pas de cette OPA pour s'appuyer sur un actionnariat stable, sa situation dans les années à venir pourrait encore péricliter. Oui, le Club est promis à un brillant avenir, oui, la valeur de l'action devrait augmenter, mais cela ne se fera pas sans l'aide d'un bloc actionnarial cohérent. Croire le contraire, c'est confondre causes et effets. Une pétition de principe, en somme.

La CDG l'a bien compris. En apportant à l'OPA, elle ne se défile pas du Club Med, elle souhaite qu'il continue sa marche en avant. D'ailleurs, l'actionnaire marocain restera propriétaire des villages au trident du pays. Les liens qui unissent le Club Med au Maroc, loin de se distendre, devraient donc continuer de se resserrer à l'avenir. Darla Dirladada, quoi.