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13/03/2018 04h:21 CET | Actualisé 13/03/2018 04h:22 CET

Naître fille

Rosanda86 via Getty Images

Quand je suis née, mon père a refusé de me voir. Il avait accompagné ma mère à l'hôpital, bien sûr, mais moi, il ne voulait pas me voir. Adam avait fait l'affront de croquer dans la pomme. J'avais fait l'affront de naitre fille. Je n'avais même pas offert à mon père l'espoir du doute, qui plus est, arborant insolemment des cheveux jusqu'à la nuque.

Quatre ans après, était né mon frère. Explosion de joie, des cadeaux aux infirmières, des "mabrouk" payés généreusement à tous les parents, proches et éloignés.

Longtemps, j'en ai voulu à mon père. Accueillie froidement alors que je n'avais nullement demandé à venir!

Un jour, vers la fin de mon adolescence, j'ai pris mon courage à deux mains et je lui ai posé la question, sans détour: "pourquoi n'avais-tu pas été heureux de me voir naitre?"

-Je ne pouvais pas savoir que tu allais être toi! m'a-t-il immédiatement rétorqué, sans réfléchir, comme si la question l'avait silencieusement hanté.

Ce jour-là, j'ai compris. Ce n'était pas moi qui avais déçu mon père le jour de ma naissance, ni mon sexe. Ce n'était pas non plus mon père qui m'avait mal accueillie. Mon père était conditionné à mal me recevoir. Conditionné par une mentalité archaïque, celle qui n'a d'yeux que pour les "enfants mâles". Mon père n'avait pas eu la chance de faire les voyages que j'ai pu faire. Mon père n'avait pas été encouragé à faire les études que j'ai pu faire. Mon père n'avait pas été porté vers et par les livres, les films, les pièces de théâtre, les tableaux, que moi, sa fille, j'ai pu effleurer, grâce à tout l'amour et tout le soutien qu'il m'a toujours donnés.

Aujourd'hui, Je ne jette pas la pierre à ceux qui se dressent d'une façon ou d'une autre contre l'égalité homme-femme, tout comme je n'ai pas jeté la pierre à mon père. Aujourd'hui, je choisis d'écouter, de discuter, de déconstruire pour mieux construire. Je choisis de transmettre ces clés qui m'ont permis de dépasser ce triste héritage qui maudit les naissances au féminin.

Pour rendre justice à nos filles, à nos femmes, à nos mères, à nos grand-mères... c'est de beaucoup d'amour, d'empathie et de raison que nous devons tous faire preuve.

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