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25/01/2017 05h:42 CET | Actualisé 24/01/2018 06h:12 CET

L'Identité se conjugue au singulier

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Identité. Voici un terme qui sature les débats aux quatre coins de la planète. De la victoire de Donald Trump au Brexit, en passant par la montée des nationalismes en Europe, les mouvements indépendantistes écossais, québécois, catalan, les transitions post-printemps arabe... le concept identitaire est partout. Mais, en fait, qu'est-ce qu'on entend par "identité"?

Sous ses allures limpides, ce mot -identité- est en réalité capricieux et ambigu puisqu'on lui attribue deux dimensions à la fois: une dimension collective et une dimension individuelle.

Penchons-nous d'abord sur la dimension collective

Dans les journaux, plateaux télé, émissions radio... on entend, de plus en plus souvent, l'expression identité nationale ou identité culturelle. Cette dernière englobe différents traits dominants caractérisant une société donnée: langue(s), traditions, croyance(s), histoire, territoire, hymne/drapeau, habitudes culinaires, habillement, etc.

Minute... Ce concept n'existe-t-il pas déjà? N'est-il pas appelé nationalité ou origine? Alors pourquoi cette nouvelle appellation?

La réponse est sans doute liée à la mondialisation... Ce phénomène grâce auquel l'échange interculturel est aujourd'hui si favorisé, est vécu par certains comme un brassage froid qui broie les spécificités nationales et qui veut une misérable uniformisation du monde. Alors, face à cette menace, des Hommes -sociétés civiles et gouvernements confondus- ont décidé d'affirmer et de brandir leur "identité".

On comprend donc que l'identité nationale vise, avant tout, à bien se démarquer de l'Autre, voire à l'exclure. L'identité, ainsi présentée serait héréditaire, naturelle et immuable. Elle serait figée, centrée sur elle-même et imperméable aux apports externes. En venant au monde, ses nouveaux "membres" n'auraient qu'à l'endosser et à la garder intacte.

Non, l'identité n'est certainement pas cette chose exclusive et fragile. Et c'est justement en voulant lui donner ce caractère collectif qu'on la dénature. L'identité ne se conjugue pas au pluriel; elle ne se conjugue qu'au singulier.

Penchons-nous à présent sur la dimension individuelle

L'identité n'est pas une dictature. Elle n'est pas cette injonction au cloisonnement et à la "conformité interne". L'identité est individuelle. Elle est l'ensemble d'attributs qui font qu'un individu est unique et identique à lui-même.

Parmi ces attributs nous pouvons évoquer le nom, le prénom, la date et lieu de naissance, la couleur des yeux, la taille... En somme, tout ce qui peut figurer sur une carte d'identité et qui permet d'identifier son possesseur. L'identité individuelle inclut ces caractéristiques "superficielles" mais ne s'y limite évidemment pas. Elle englobe aussi l'appartenance à une patrie avec tout ce qu'elle porte comme traits ethniques, sociaux, culturels... Ce patrimoine riche, cette mémoire, cette culture qu'on appelle nationalité ne se confond pas avec l'identité mais en fait partie. Ma tunisianité ne se confond pas avec mon identité. Elle en fait partie.

De par nos trajectoires individuelles, nous sommes tous amenés à nous construire autour de nombreux autres éléments que notre nationalité: matrice familiale, quartier, ville, profession, milieu social, activités, lectures, voyages, relation avec autrui... Au rythme des rencontres, des événements, des accidents de la vie, l'identité se complexifie, s'enrichit, se façonne.

Sortons donc de ce paradigme artificiel qu'est l'identité collective, cet outil dont on se sert pour discriminer l'Autre et justifier sa xénophobie. Et appréhendons notre diversité avec une curiosité sereine.

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