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17/01/2017 05h:06 CET | Actualisé 16/01/2018 06h:12 CET

La vérité sur le Féminisme

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De la conquête du droit de vote à la revendication de l'interruption volontaire de grossesse en passant par les droits civils et sociaux, le renforcement du rôle de la femme dans la société, la parité, l'égalité des chances, la représentativité... le mouvement féministe n'a cessé de se mobiliser pour améliorer la situation des femmes et étendre leurs droits.

Malgré ses apports incontestables et sa participation active à la construction de nos sociétés actuelles, le féminisme voit régulièrement sa légitimité -voire son essence même- remise en question et discréditée. Dans ce cadre, je vous propose de nous pencher sur les trois arguments antiféministes les plus populaires.

Pourquoi le féminisme milite-t-il uniquement pour les droits des femmes s'il vise l'égalité homme-femme? Pourquoi ce mouvement se qualifie-t-il de féministe et non d'égalitariste?

Cette question revient assez souvent et s'accompagne de deux sous-entendus:

•L'objectif du féminisme ne se limiterait pas à l'égalité homme-femme mais prônerait, en réalité, la domination féminine.

Cette approche est trompeuse car elle inverse les réalités historique et contemporaine de la chose.

C'est parce qu'il y a eu le patriarcat et la subordination systématique des femmes que le féminisme est né. C'est à cause de l'écart considérable qui s'est accumulé entre le statut masculin et féminin, que les femmes ont dû se mobiliser pour leurs droits. Comment rattraper ce gap si on se mobilise pour les hommes et les femmes de façon égale? Agiter cette menace fictive de domination féminine est proprement insensé surtout face à une domination masculine qui, elle, est bien réelle et ancrée.

•Le féminisme considérerait que la discrimination faite aux femmes est plus importante que toutes les autres formes de discrimination.

La réponse à cette "accusation" est simple. Les combats contre les discriminations se recoupent forcément. Quand on défend les droits des femmes, on défend les droits de celles qui sont discriminées non seulement parce qu'elles sont femmes mais aussi à cause de leurs croyances, origines, couleurs de peau, classes sociales, états de santé... La lutte contre toutes ces disparités est partie intégrante du féminisme.

Le féminisme promeut l'égalité à travers l'indifférenciation sexuelle

Un deuxième argument populaire consiste à dire que les féministes visent l'interchangeabilité femme-homme et qu'elles nient les différences biologiques entre les sexes masculin et féminin.

Cet argument est infondé pour la simple raison que pour être égaux, nous n'avons pas besoin d'être identiques. Au regard de l'Etat, tous les citoyens sont censés être égaux en droits et en devoirs, et ce indépendamment de leur diversité.

Evidemment que la physiologie féminine est différente de la physiologie masculine. Ce n'est pas cette différence que dénonce le féminisme. Le féminisme dénonce plutôt le fait de s'en servir pour justifier les inégalités homme-femme.

C'est à la femme de porter l'enfant pendant neuf mois mais ceci justifie-t-il qu'elle doive s'en occuper de façon quasi-exclusive après l'accouchement? Ceci justifie-t-il que la paternité se vive de façon aussi passive?

La différence ne signifie pas l'asservissement!

Pourquoi avez-vous besoin du féminisme pour être une femme forte et indépendante? Pourquoi ne pas l'être par vous-même?

Voici une troisième manière de désavouer le féminisme et de remettre en cause son utilité.

En réalité, ce questionnement ne concerne pas proprement le féminisme mais tous les mouvements associatifs. Il discrédite cette forme de lutte, lui préférant la volonté et l'action individuelles.

Peut-être que la réponse la plus appropriée mettrait en avant l'impact que peut avoir un mouvement collectif par rapport à un engagement individuel, sa capacité de sensibilisation et la pression politique qu'il peut exercer.

Le féminisme n'est pas centré sur l'épanouissement personnel. C'est un mouvement inclusif tourné vers la prise de conscience collective et visant à sensibiliser tout un chacun -qu'il soit homme ou femme- aux discriminations ordinaires et extraordinaires que subissent les femmes.

Encore quelques mots avant de me séparer de mon clavier...

Ce n'est certainement pas un plaisir de devoir écrire sur cette question, encore au 21ème siècle.

Personnellement et en tant que femme, j'aimerais que le féminisme n'ait plus lieu d'être.

Personnellement et en tant que femme, je trouve cela dégradant de devoir instaurer "une parité" ou un "quota" pour pouvoir bénéficier des mêmes opportunités que si j'étais un homme.

Mais comme ceci reste d'actualité, notre mobilisation demeurera indispensable jusqu'à ce que tous les droits des femmes soient devenus inviolables.

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