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05/03/2018 06h:14 CET | Actualisé 05/03/2018 06h:14 CET

Un hôpital sans lumière et sans Whisky !

RYAD KRAMDI via Getty Images

CHU d'Alger. Urgence médicale. Un malade est sur le billard. Les médecins n'aiment pas les jeux de hasard, et pourtant, ils y jouent. À chaque partie de billard, ils actionnent la roulette russe. Comme pour cette fois-ci, où ils ne trouvent pas d'anesthésie !

Ils décident d'opérer, sans miser grand sous. Sans moyens. Comme au moyen-âge. Pas le choix. Le cas est urgent. Le malade est inconscient de douleurs. Il perd connaissance entre une respiration et un battement de cils.

Le chirurgien ouvre. Scalpel... Écarteur... Ciseau. On éponge le sang, la sueur sur le front du chirurgien et son inquiétude retenue. Même inconscient, le malade geint de douleurs. Il ronfle comme un vieux camion Sonacom. Sa tête fume. Il tombe en panne à chaque coup de scalpel. Les infirmières capotent. On est au moyen-âge. Les signes cliniques ne sont pas mesurables à la machine. Même pas de charge batterie pour choquer le cœur au cas où !

On prend le pouls. On tend l'oreille pour sentir la respiration. On ausculte les pupilles. De l'air froid ressort des narines. Les yeux supplient. Le camion vit encore. Il ronfle de nouveau.

Soulagement...

On éponge les sueurs du chirurgien et les larmes du patient. L'équipe fait du beau travail de tôlier. Vérifie la tuyauterie, dégraisse, rafistole, rapièce, raccommode. C'est à ce moment-là que la lumière décide de s'éclipser. Plus de courant. C'est la panique à bord. Ce n'est plus le moyen-âge, c'est l'avant big bang. Le noir abyssale. Le vide.

L'hôpital n'est pas équipé d'un groupe électrogène...ou il ne marche plus.

Nos médecins qui n'aiment pas jouer, jouent malgré eux avec la vie d'autrui. Par réflexe, l'un d'eux sort de sa poche son téléphone. Actionne la torche. Le braque sur le trou béant du ventre du martyr. Les autres médecins lui emboîtent le pas. Partout des faisceaux de lumière et d'espoir. Le jeu vaut la chandelle. Les tôliers reprennent le boulot.

Le camion se réveille, confus, en pleine réparation. Ses tripes encore en l'air, comme au temps des westerns, mais sans le Whisky qui endort. C'est haram en déontologies médicale et divine. Les infirmiers cherchent sa tête dans l'obscurité et l'immobilisent. Font de même avec les jambes et les bras. Trop faible, mais agité le camion ! Le patient vit une histoire de malade. Il ne voit que des ombres qui lui tripotent les tripes. Confus, son sang l'intrigue : il coule rouge puis noircie au contact de l'obscurité. Il ne sait plus s'il est en train de mourir ou d'halluciner. Ça ne peut pas être vrai. Il supplie, s'interroge, implore puis s'évanouit...encore.

Ce qu'il endure, c'est haram dans les déontologies médicale et divine. On ne répare pas un camion dans l'obscurité sans l'arrêter. Ou sinon qu'on lui offre une dose de miséricorde ou de Whisky. Les deux apaisent les esprits malmenés. Les deux consolent les corps affligés.

Hier, 4 mars. Campagne #balancetonhostodz. Tweet du collectif de médecins résidents : "Une urgence obstétricale dans un grand CHU de la capitale Alger. Opérée sous les torches des téléphones dans un bloc sans électricité et sans anesthésie". On ne connaît pas le devenir de la mère et de l'enfant venu dans l'obscurité. On sait juste que réalité dépasse la fiction dans un pays malade, sans miséricorde et sans Whisky.

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