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21/12/2015 14h:15 CET | Actualisé 21/12/2016 06h:12 CET

Bledek : tu n'auras aucune racine, c'est écrit (30)

Je te rêve depuis longtemps. Mon enfant. Plusieurs fois, j'ai croisé les yeux de ces enfants, nouveau-nés, jeunes, adultes, vieillards et j'ai imaginé ton visage, tes mains et tes gestes. Plusieurs fois, j'ai imaginé prendre ta main et ton sourire illuminer ma vie. J'ai croisé ton absence dans plusieurs magasins de boîtes à musique.

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Je te rêve depuis longtemps.

Mon enfant.

Plusieurs fois, j'ai croisé les yeux de ces enfants, nouveau-nés, jeunes, adultes, vieillards et j'ai imaginé ton visage, tes mains et tes gestes. Plusieurs fois, j'ai imaginé prendre ta main et ton sourire illuminer ma vie. J'ai croisé ton absence dans plusieurs magasins de boîtes à musique.

Ma lettre à Elise.

Mon enfant.

A chaque Pinocchio en bois, à chaque comptine récitée, à chaque avion dans le ciel, tu es là, présent.

A chaque battement de cœur, quand les étoiles vont chavirer et la Lune se camoufler, tu es à mes côtés.

Mon enfant.

Je repousse ta naissance parce que le monde n'est pas assez parfait. Je repousse ta naissance parce que je veux m'efforcer de peindre un monde parfait pour ta venue. Ils penseront que je suis fou, que c'est vain. Ceux-là, ne les écoute pas, ils ont baissé les bras.

J'ai peur que le monde reste toujours aussi fou et de ne me sentir jamais assez prêt pour t'accueillir. J'ai peur à l'idée que tu doives connaître la souffrance, la peur, le mensonge. J'ai peur d'échouer à faire ton bonheur.

Mon enfant.

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Dans cette vie, j'ai parcouru plusieurs chemins, remonté des fleuves et pris les airs pour explorer la planète. A la recherche d'un endroit pour y construire un nid. Pour t'accueillir.

Mon enfant.

Dans cette vie il y a des routes que je n'osais pas parcourir parce qu'elles me paraissaient trop sombres. Elles ne le sont plus. J'ai affronté mes peurs en m'élevant dans les nuages. J'ai affronté mes peurs en lâchant prise, en m'abandonnant. Chaque fois que je me suis perdu, je me suis trouvé. Prends la route et laisse ta boussole. Prends la route seul en ta compagnie.

Mon enfant.

Lève les yeux au ciel en Octobre et tu les verras.

Mon enfant.

Leur chorégraphie m'émerveille depuis mon enfance et m'émerveillera toujours. Ils se réunissent lorsque les premiers frimas surviennent et accordent les notes d'une musique céleste. Je parle de tes semblables, je parle de ta famille.

Mon enfant.

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Pendant toutes ces années, j'ai écouté des paroles qui ne m'étaient pas destinées. Ils parlaient de « racines », ils parlaient d'origine, ils parlaient de remonter à la source. Des arbres et des poissons qui s'adressent à des oiseaux. Moi aussi ils m'ont paumé.

Mon enfant.

Tu n'auras aucune racine, c'est écrit.

Mon enfant.

Ne cherche pas une quelconque terre d'un côté ou de l'autre de la méditerranée, ne cherche pas à la posséder, ne regarde pas les arbres comme autre chose qu'un refuge. Il est temporaire.

Lève les yeux au ciel en Octobre, te dis-je, et tes cordes résonneront au diapason. Ton histoire est différente, ton histoire est unique.

Ta caste, celle des oiseaux migrateurs.

A leur image, tu incarneras l'âme du lieu où tes ailes te porteront. Une cigogne.

A leur image, tu lisseras tes plumes quand le temps viendra et tu partiras explorer la Terre. Une sterne.

Tu t'attacheras à certaines de ces terres et elles deviendront tes refuges. Une aigrette.

Ne les possède jamais, seuls les fous croient posséder la Terre, ils ne lèvent pas les yeux au ciel.

Mon enfant.

Ta Terre, c'est le Ciel.

Mon enfant.

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Tu seras né pour glisser sur la bise, un souffle te guidera. Le même souffle qui m'a guidé ici. J'ai mis du temps à comprendre son message. Il a pourtant utilisé tous les langages du Ciel pour me faire comprendre qui je suis. Il m'a visité dans mes rêves et a déversé un torrent de plumes sur mon sourire. Il m'a visité en hypnose et m'a demandé de la suivre, cette plume. Aussi.

Il était responsable de mes larmes quand j'arrêtais le temps pour regarder mes congénères se regrouper, là-haut, dans le ciel.

Ils m'émouvront jusqu'à ma mort ces groupes d'oiseaux qui se rassemblent pour s'échauffer avant de prendre la route du sud en Octobre.

Mon enfant.

Je souhaite que tu me comprennes, toi qui n'es pas encore né. Je veux être ta boussole, je veux prendre son relais. Oublie les murs que les hommes ont construits. Oublie les frontières qui séparent les semblables. Elles rétrogradent à un rang qui n'est pas le tien. Ne sois jamais autre chose qu'une note dans le Ciel. Prends la route du sud en Octobre et prends la route du nord en Avril. Prends toutes les routes aériennes qui te sembleront nécessaires, elle est là ta tradition, elles sont là tes coutumes. Sois le trait d'union entre les terres et le ciel.

C'est écrit.

Mon enfant.

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Lorsque tes paroles ne trouveront pas d'écho, demande-toi si l'oiseau s'épuise à parler aux animaux terrestres. Il cohabite pacifiquement avec les antilopes et les vaches sacrées mais ne s'étonne pas qu'elles ne sifflent pas comme lui. Cet écho, si tu dois le chercher, cherche-le à l'intérieur et lève les yeux au ciel.

Ils sont toute une génération d'oiseaux migrateurs à pleurer parce qu'ils ne regardent plus le ciel, ils sont toute une génération d'oiseaux migrateurs à avoir arrêté de siffler, à avoir arrêté de voler. Parce qu'ils vivent au milieu des bovins.

Mon enfant.

Quant à moi, mes cordes se sont enfin remises à vibrer. Je poursuis ma quête à la recherche d'un refuge pour y construire mon nid. Je n'ai pas encore trouvé celle qui saura comprendre mes mondes intérieurs. Mais je patiente. Et je m'envole.

Mon enfant.

Tu n'es pas encore de ce monde mais tu existes déjà dans le mien.

Mon enfant.

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