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26/08/2015 12h:24 CET | Actualisé 26/08/2016 06h:12 CET

Bledek : je n'avais pas prévu de pleurer autant (06)

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La décision de partir en Algérie prise, j'aurais voulu pouvoir embarquer le lendemain matin.

Je ne voulais pas que mes craintes refassent surface et m'empêchent d'aller au bout de ma démarche.

Ne surtout pas en parler à ma famille, je savais qu'ils utiliseraient tous les moyens pour m'en empêcher. A commencer par me refiler leurs propres peurs.

Quand j'ai une idée qui me tient à cœur, je fonce et je n'aime pas qu'on me barre la route.

Pendant un an, je leur ai caché que je préparais ce voyage.

J'ai mis de l'argent de côté à chaque fois que je pouvais économiser 10 euros, 20 euros.

D'abord le visa. Obtenir un certificat d'hébergement. Ou une attestation de réservation d'hôtel. Une première visite au consulat pour m'assurer qu'une réservation sur ma première nuit là-bas suffit. Oui.

Affronter le Cerbère devant la porte d'entrée qui mène à l'Algérie. Le chien à trois têtes qui garde la porte des Enfers. Il a fallu lui tenir tête pendant un an.

L'armée algérienne, d'abord. Le risque si je pars effectivement là-bas? Être enrôlé de force même sans avoir la nationalité algérienne. Pendant cette première visite au consulat, je m'assure donc que je ne risque pas d'avoir de problème.

J'étais mi-amusé, mi-désespéré quand, après avoir précisé que je n'avais que les papiers français, le fonctionnaire en charge de ces questions m'a répondu :

"Non, vous n'allez pas être enrôlé. Mais les papiers, c'est une chose. Vous êtes Algérien de tradition et de cœur (sic). Quand vous reviendrez et que vous demanderez la nationalité algérienne, je vous ferai un papier pour vous exempter du service militaire".

Je pense qu'il n'a pas aimé entendre que je ne demanderai jamais la nationalité algérienne.

Aussi, avant de partir, j'ai voulu rencontrer des Algériens pour qu'ils me parlent du pays. Entendre enfin des retours positifs, optimistes et des encouragements dans ma démarche. Je n'attendais pas qu'on me dresse un tableau idyllique, ni un tableau noir, juste un reflet de la réalité. Avec ses aspects positifs et négatifs. Rien d'autre. Je n'aime pas me bercer d'illusions, ni dans un sens, ni dans l'autre.

L'achat du billet d'avion, le choix exact des dates. Le dépôt de la demande de visa. La joie de recevoir mon passeport. J'aurais voulu partager ça avec ma famille mais je savais qu'ils m'en dissuaderaient et je n'avais pas envie de gérer ça en plus de mes craintes.

Mon Cerbère a une deuxième tête, la langue arabe. Arriver en Algérie et ne pas oser le parler allait, je pensais, me causer des ennuis. Les Algériens rencontrés avant mon départ m'ont assuré que je n'aurais aucun problème si je devais ne parler qu'en Français. La blague! Je n'ai pas entendu grand monde parler Français en Algérie.

J'ai attendu le dernier moment pour prévenir ma famille de mon projet. Deux semaines avant mon départ.

Certaines réactions, prévisibles, ne m'ont pas surpris.

D'autres m'ont blessé. L'indifférence. Est-ce que c'était réellement de l'indifférence? L'habitude de ne rien laisser paraître, de ne rien laisser filtrer peut-être. Le déni sûrement. Jusqu'à la date de mon départ, l'espoir que je change d'avis.

J'ai eu droit à l'épisode Hervé Gourdel juste avant mon départ. Ma sœur n'a pas manqué de me communiquer son angoisse qu'il ne m'arrive la même chose qu'à lui si j'allais là-bas. Ne pas me décourager.

Le mois précédent mon voyage a été dur, très dur.

J'ai eu l'impression d'achever un cycle avec ma famille, comme laisser tomber mes espoirs de changement et les regarder chacun pour ce qu'ils sont et pas pour ce que j'aimerais qu'ils soient.

Je ne savais pas ce que j'allais trouver de l'autre côté de la Méditerranée. Je n'espérais pas trouver de réponses. Je voulais constater de mes propres yeux.

Arrêter d'attendre qu'on veuille bien me montrer l'Algérie.

Explorer par moi-même.

Chaque kilomètre parcouru, chaque nouvel endroit visité serait une victoire. Contre les zones d'ombre du passé. Contre l'ignorance. Contre cet héritage dont je voulais me débarrasser à tout prix.

La peur de ce pays.

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