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01/08/2015 12h:15 CET | Actualisé 01/08/2016 06h:12 CET

Récits "Bledek": prélude

En octobre dernier, je me suis rendu pour la première fois en Algérie, le pays de mes parents.

Dès que j'ai pris la décision d'y aller, j'ai cherché un moyen de rendre compte de ce que j'allais traverser. J'ai pensé à la vidéo d'abord, mais j'ai du me rendre vite à l'évidence, je n'avais pas le talent d'un réalisateur. L'écriture s'est imposée à moi naturellement. J'aime écrire, ça me semblait plus fluide. 

Ensuite, je me suis posé la question du temps. Où commençait le voyage finalement? Au moment de l'embarquement ou bien avant? J'ai pris le parti d'élargir la perspective temporelle tant que cela restait pertinent avec le message que je souhaitais délivrer. 

Quel message je voulais diffuser justement? Je ne me sentais aucune légitimité à raconter l'Algérie et la France, les rapports entre les deux pays, les conséquences de leur histoire chaotique. 

Puis, je me suis rappelé un exercice réalisé en licence de psychologie à mon arrivée à Toulouse en octobre 2001. Le TD (Travaux dirigés, ndlr) concernait la pratique de l'entretien de recherche et le sujet était la récente explosion de [l'usine] AZF. Comment l'avait-on vécue? 

Je venais juste de débarquer de ma Franche-Comté natale et je ne me sentais aucune légitimité à parler de la catastrophe, comparé aux "vrais" Toulousains. Je jouais le rôle de l'interviewé, une camarade de classe, celle de l'intervieweuse et la classe nous observait. 

L'exercice m'a fait prendre conscience que cet accident avait eu de vraies conséquences sur ma vie en tant que nouvel arrivant et que j'avais autant de légitimité à en parler que n'importe quel autre Toulousain. 

Cet exercice m'apprit qu'en allant chercher la particularité de mon histoire individuelle, je me reliais à l'Histoire collective. Et je n'étais pas moins légitime de parler de sujets qui me touchent que n'importe qui d'autre. 

La série de 30 récits que j'ai intitulée "Bledek" (ton pays) a été écrite comme une bouteille jetée à la mer. Les cultures arabes sont pleines de tabous et il y a certains sujets qu'on évite d'évoquer en place publique. La "Hchouma" arabe est le pendant de la culpabilité judéo-chrétienne. 

J'ai parfois le sentiment de me débattre seul avec mes contradictions et les interdits qu'on m'a inculqués. En allant chercher la particularité de mon expérience, j'espère engendrer des échos d'un côté ou de l'autre de la Méditerranée. 

Pour être moins seul. 

A bientôt 34 ans, je pense être à l'aise avec qui je suis. Je ne ressens pas de honte à regarder la face sombre de mon histoire. J'ai du mal avec l'optimisme, le conformisme et la bienséance à tout prix et je n'aime pas me voiler la face. 

Mon temps sur Terre est trop court. 

J'espère que vous aurez plaisir à me lire comme j'ai pris plaisir à me dévoiler.

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