LES BLOGS
12/08/2015 13h:18 CET | Actualisé 11/08/2016 06h:12 CET

Bledek: j'ai eu le sentiment que les morceaux ne collaient pas ensemble (02)

Hassen Mehiris pour le HuffPost Algérie

J'ai eu le sentiment qu'ils ne colleraient jamais ensemble.

Je ne sais pas ce qui m'a dérangé le plus. Les rares informations, négatives, que j'arrivais à glaner ou les nombreux silences à mes questions?

Peut-être aussi la peine permanente et diffuse dont je n'arrive pas à me débarrasser.

Après plus de 15 ans, constater mon échec à réunir tout le monde à un repas de famille dans une ambiance apaisée.

C'est un rêve que j'ai définitivement mis au placard. Ça n'arrivera plus jamais.

J'observais le comportement de ma famille et ils me semblaient schizophrènes. A propos de l'Algérie, penser une chose, en dire une autre, se comporter à l'inverse.

Ma demande de visa pour visiter l'Algérie a déclenché la mue. Ou peut-être la réaction de ma sœur quand j'ai entamé la procédure pour mon changement de prénom. Elle m'a rappelé à "mon héritage".

Mon héritage... J'étais prêt à abandonner mon prénom arabe pour un prénom occidental. Je ne sentais aucun lien assez fort malheureusement.

J'aurais voulu comprendre le sens de tout ça.

Mon héritage...

Ma famille est une somme d'individus liés par le sang mais qui ne s'aiment pas.

Et ils vont trouver régulièrement n'importe quel prétexte pour se le rappeler.

Et ils vont te le faire subir.

Je me suis épuisé à observer les liens se défaire au fil du temps.

Aujourd'hui?

Aujourd'hui et demain, je ne m'épuiserai plus.

Ma famille est le reflet de ce que j'ai ressenti en Algérie.

Un pays où des tribus qui se détestent sont réunies sous un même destin national. Les paysans ne peuvent pas blairer les citadins, les religieux ne peuvent pas blairer les laïcs, les Berbères se méfient des Arabes, les citoyens crachent sur leurs dirigeants et les dirigeants méprisent leurs administrés. La tribu x cohabite difficilement avec la tribu y et tout le monde se méfie de tout le monde.

"Méfie-toi de tout le monde" a été le seul conseil que ma sœur m'ait donné avant de partir. Dès que je demandais un renseignement à quelqu'un là-bas, on me renseignait, toujours du mieux possible et gentiment, mais avec méfiance, et, après m'avoir demandé si j'étais Marocain (?), on me conseillait de me méfier.

De qui ? De quoi ? De tout apparemment.

Il y a une chose qui vous unit en Algérie : la méfiance.

J'entends déjà les injures et les justifications : "Si t'avais été là pendant les années 90, tu te méfierais aussi, planqué qui préfère construire le pays des autres."

C'est bon, j'y ai eu droit déjà. Je ne juge pas, je constate.

Pour obtenir un visa pour l'Algérie, il faut une attestation d'hébergement ou une réservation d'hôtel, en plus d'autres documents. Je ne suis pas et ne veux pas être binational.

J'ai eu droit à des bâtons dans les roues pour ce visa.

Mes premiers contacts avec Bledek.

Des contrariétés qui m'ont fait penser que l'Algérie ne s'offre pas facilement au visiteur. Visiteur, on ne veut pas de toi "fi bled bouy".

La peur que tu y amènes du renouveau?

La peur que tu y viennes mal intentionné?

La peur de l'Autre peut-être.

L'Algérie a laissé pénétrer des influences extérieures et s'en est mordu les doigts. Comme frileuse à retenter l'expérience même s'il s'agit de touristes.

A Alger, pourtant capitale, à partir d'une certaine heure, tu ne vois qu'un seul type d'être humain dans les rues: homme, algérien, en groupe ou seul, jeune ou vieux.

C'est une sensation pénible de voir aussi peu de diversité dans les rues d'une capitale.

Une femme?

A partir d'une certaine heure, si elle traîne dehors, elle sera considérée comme une p....

Un blanc ? Un noir ? Un jaune ? Un étranger ?

Welou. Rien que des Algériens. Hommes. C'en est étouffant.

Habitué à entendre plusieurs langues étrangères dans les rues? N'oublie pas ta Ventoline.

En Algérie, tu n'entendras parler qu'Arabe le soir.

Fort.

Le monde ne vient pas en Algérie. Le monde n'y est pas invité.

Qu'est-ce qu'il y verrait?

A LIRE AUSSI:

Retrouvez tous les récits "Bledek" en cliquant ici.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.