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12/10/2015 13h:10 CET | Actualisé 12/10/2016 06h:12 CET

La coalition "bis" en Syrie: imposture russe et béatitude américaine

AFP

CONFLIT - Le président de la fédération de Russie, pur produit du KGB dont d'aucun connaît la nostalgie de l'ère soviétique, et sa volonté de restaurer son influence sur "l'étranger proche" et de protéger ses indéfectibles allies dont la Syrie vient de surprendre par cette énorme projection de forces aériennes, terrestres et maritimes dans ce pays au bord de la désagrégation et dont le régime qui n'occupe plus que le tiers de son territoire national est à bout de souffle.

La stratégie de Poutine

Stratégie payante dans la mesure où ce déploiement a surpris la vigilance des satellites, des radars et des renseignements de l'autre coalition artificielle très présente dans cet espace conflictuel et aux enjeux géopolitiques et stratégiques divergents et parfois contradictoires, et aux résultats mitigés atteints dans la lutte contre la nébuleuse "Etat Islamique".

Par cette intervention, Poutine a réussi une rupture d'isolement consécutive au conflit ukrainien et à l'annexion de la Crimée, et aux sanctions drastiques dont son pays a été l'objet avec des effets dévastateurs sur son économie et sa monnaie. Par ailleurs, avec cette posture, il a réussi à démontrer que la Russie est stratégiquement et militairement une puissance globale et continentale avec laquelle il va falloir maintenant compter. En outre, Poutine revient avec force au Moyen Orient, chasse gardée des USA en passe d'éliminer un régime, allié stratégique majeur en Méditerranée, et dernier pays arabe sous sa tutelle dont la base de Tartous représente une menace existentielle dans un espace euro-méditerranéen très conflictuel.

La Russie devient désormais un acteur incontournable au proche Orient et au-delà de cet espace avec des soutiens de taille, l'Iran en gain de crédibilité et la Chine comme allié objectif

Le bouleversement stratégique induit

L'intervention russe vient d'introduire un changement inattendu dans la physionomie des coalitions puisque des pays, et non des moindres, approuvent la nouvelle formule poutinienne jugée plus large. L'Irak, l'Egypte, l'Iran et la Syrie ont déjà émis leur accord tacite qui s'ajoute aux contradictions manifestes ambiantes au sein des pays arabes et de la première coalition. L'armée russe avec un effectif de 2.000 hommes, une cinquantaine d'avions de reconnaissance, de ravitaillement et de combats, d'hélicoptères, de chars T90 et autres armes sol-air etc... est déjà en manœuvre sans coordination avec les forces aériennes déjà en place et ciblant des objectifs autres que l'OEI. Ce qui pose d'ores et déjà le problème de "l'effet majeur" annoncé par Poutine lui-même.

La nouvelle configuration militaire

Depuis la deuxième guerre mondiale, on n'a jamais assisté à un déploiement aérien aussi massif sur un territoire aussi réduit où la coordination de l'utilisation aérienne est indispensable et où les cibles sont clairement désignées. Or en l'espèce, il semblerait que les manœuvres sont dictées par les intérêts et les objectifs divergents puisque selon le Pentagone, 90% des frappes ne visent pas la nébuleuse terroriste mais plutôt l'opposition.

L'effet de l'intervention russe commence à se sentir sur le terrain puisqu'elle coïncide curieusement avec une nouvelle offensive terrestre syrienne vers les territoires occupées par la rébellion. La Russie est maîtresse du ciel et se permet des incursions sur le territoire turc et donc de l'espace otanien, la coalition sous commandement américain se voit obligée de ré-router ses avions pour éviter des incidents sans que le nouveau "tsar" ne s'en soucie outre mesure. La coalition poutinienne a l'avantage de s'appuyer sur des unités des pasdarans iraniens ,des combattants du Hezbollah et de l'armée syrienne déjà opérationnels, au moment où l'autre coalition ne peut compter que sur l'ALS et les peshmergas kurdes entamés, ce qui lui procure un avantage stratégique certain.

Dans cette zone, les enjeux géopolitiques, géostratégiques et confessionnels sont imbriqués et donc complexes, et l'option militaire seule ne pourrait débloquer cette situation. Le dialogue politique devrait prendre le relai pour assurer une transition consensuelle et mettre fin à ce bain de sang qui a fait 250.000 morts, des milliers de réfugiés et de déplacés. Le régime génocidaire actuel ne peut pas faire partie de la solution par respect pour la dignité syrienne bafouée par le Baath depuis des décennies.

Des pronostics exagérés de troisième guerre mondiale sont entendus ici et là: il faudrait à mon humble avis les tempérer et apprécier la situation à sa juste valeur. Disons que même si la guerre est "un animal imprévisible", cette troisième me paraît impossible mais la paix recherchée dans cette région me paraît improbable, et les frappes aériennes privilégiées par les deux coalitions permettront aux entités terroristes de continuer à sévir car les guerres ne se gagnent jamais qu'au sol.

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