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27/10/2014 18h:11 CET | Actualisé 30/11/2015 11h:46 CET

C'est la crise, profitons-en!

SOCIÉTÉ - S'il est un domaine où la maxime de Churchill, "Ne gâchez jamais une bonne crise", ne semble pas être appliquée, c'est bien l'écologie. Alors même que la crise environnementale que nous vivons constitue une crise existentielle qui menace les équilibres géopolitiques, économiques et éco-systémiques globaux, force est de constater l'inertie atterrante de nos sociétés.

SOCIÉTÉ - "Never let a good crisis go to waste" ("Ne gâchez jamais une bonne crise") : cette maxime, parfois attribuée à Winston Churchill, est en réalité aussi veille que le monde. Pour preuve, en Chine, le mot même de "crise" s'écrit par la combinaison des idéogrammes signifiants "danger" et "opportunité".

Au fond, l'idée est assez simple : une crise offre l'occasion d'agir, potentiellement de façon décisive, et permet donc de faire avancer un agenda qui jusqu'alors pouvait piétiner. Les précédents historiques abondent en ce sens. On peut par exemple évoquer la tragédie de Pearl Harbour, qui a permis au gouvernement américain d'entrer en guerre au côté des Alliés en 1942, bien que l'opinion publique américaine y était opposée jusque-là. Autre exemple : au Maroc, le "Printemps Arabe" a été l'occasion de voter une nouvelle constitution, garantissant un partage plus équitable des pouvoirs et des devoirs de tout un chacun.

Cependant, s'il est un domaine où la maxime de Churchill ne semble pas être appliquée, c'est bien l'écologie. Alors même que la crise environnementale que nous vivons constitue une crise existentielle qui menace les équilibres géopolitiques, économiques et éco-systémiques globaux, force est de constater l'inertie atterrante de nos sociétés.

Cette crise représente pourtant un danger immense dont on mesure à peine l'ampleur. Quelques exemples pour bien comprendre l'étendue des dégâts : le World Wildlife Fund (WWF) estime que plus de la moitié des espèces animales sauvages de la planète se sont éteintes au cours des 40 dernières années.

Autre fait non moins catastrophique : plus de la moitié des forêts tropicales ont disparu depuis le début du XXème siècle, soit l'équivalent de 36 terrains de football toutes les minutes. Les cours d'eau et les océans sont pollués à des échelles que l'on peut à peine imaginer. Par ailleurs, l'acidité des océans augmente sensiblement, mettant en péril l'ensemble de la chaîne alimentaire marine. On retrouve des traces de métaux, d'hormones et de plastiques dans les poissons que l'on consomme, avec des conséquences sur la santé encore très méconnues.

Des pénuries d'eau drastiques menacent plusieurs pays du pourtour méditerranéen et du Moyen-Orient. Avec moins de 1000m3/hab./an à l'horizon 2025, le Maroc sera d'ailleurs en première ligne et devra mener ce combat de front. La liste des dégâts présents et futurs est encore longue et affligeante.

Tout cela aura inéluctablement des conséquences directes sur les populations, à commencer par des vagues de migration sans précèdent, dues à la détérioration de leur environnement. Les Nation Unies estiment le nombre de réfugiés climatiques actuel à plus de 20 millions de personnes ; ils seront près de 200 millions en 2050. Lorsqu'on connaît les tensions et les crispations identitaires autour des questions d'immigration, on imagine aisément que ces mouvements de populations ne se feront pas sans heurts. Là encore, le Maroc sera touché de plein fouet.

Ici, au Maroc, certains diront que ces menaces et ces préoccupations sont loin de concerner nos concitoyens qui sont aujourd'hui encore aux prises avec un quotidien souvent difficile. Mais dire cela c'est mal comprendre à quel point l'économie et le développement dépendent de la bonne santé de nos écosystèmes et de notre environnement. L'impératif écologique n'est pas une fin en soi, c'est une dimension de la vie quotidienne, des politiques publiques et des relations internationales que nous ne pouvons plus ignorer dans nos prises de décisions citoyennes.

Prenons, à titre d'exemple, la transition énergétique. Le Maroc a importé pour 102 milliards de dirhams de produits énergétiques en 2013, la même année le déficit commercial était de 195 milliards de dirhams. Parallèlement, la compensation des produits pétroliers et gaziers pèse lourdement sur le budget de l'Etat qui débourse entre 30 à 50 milliards de dirhams par an.

Or, si une part plus importante de notre énergie était produite avec des ressources locales, renouvelables et non polluantes, non seulement notre balance courante s'en porterait mieux, mais l'Etat disposerait de plus de moyens pour investir dans d'autres secteurs, comme l'éducation ou la santé. On comprend alors l'urgence de mettre en place des politiques de développement réellement durables.

Bien entendu, le Maroc seul ne peut pas prendre sur lui de mener la bataille écologique globale, mais il peut potentiellement gagner beaucoup en s'y engageant activement à l'échelle nationale. Car ce qu'il faut retenir, c'est que les défis écologiques ne concernent pas uniquement la sauvegarde d'espaces verts et de quelques espèces exotiques, ils offrent aussi une opportunité unique de développement et de progrès.

Dans tous les secteurs d'activité, presque tout est à réinventer pour réussir la transition vers une économie verte efficace. Cette transition se fera, entre autres, grâce aux nouvelles technologies et à l'innovation, ce que les anglophones appellent communément les "CleanTech". En 2013, une étude du cabinet Ernst & Young estimait que la capitalisation combinée des principales sociétés du secteur des CleanTech avoisinait les 170 milliards de dollars, soit plus que le PIB du Maroc pour la même année.

Derrière la notion de "CleanTech" on retrouve les énergies alternatives, mais aussi la chimie verte, les nouveaux matériaux, les nanotechnologies, les réseaux électriques intelligents (smart grids), les technologies de l'information, l'agriculture de précision et toute sorte de techniques de pointe qui favorisent l'efficience et l'optimisation des ressources et des procédés, tout en réduisant les coûts. Pour déployer ces technologies et mettre à jour nos infrastructures il nous faudra des armées d'ingénieurs, de techniciens qualifiés, de chercheurs, de financiers et bien d'autres corps de métier. Autant d'opportunités que de nouveaux emplois à créer.

On l'aura compris, le sujet est vaste et passionnant. Le danger, quant à lui, est réel et imminent. Relever les défis de l'écologie au XXI siècle tiendra sans doute autant de la réforme que de la révolution.

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