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30/03/2016 04h:48 CET | Actualisé 31/03/2017 06h:12 CET

Eloge de l'individu (ÉDITO)

ÉDITORIAL - C'est un livre lumineux, mieux, éclairant, inspiré par l'esprit des Lumières, qui constitue proprement la pierre angulaire du droit pénal moderne. En 1764, le juriste et philosophe italien Cesare Beccaria fustige dans son traité "Des délits et des peines" un système pénal poussiéreux, souvent archaïque, et suggère une nouvelle approche tout à fait révolutionnaire, en rupture avec la vision médiévale du Droit.

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ÉDITORIAL - C'est un livre lumineux, mieux, éclairant, inspiré par l'esprit des Lumières, qui constitue proprement la pierre angulaire du droit pénal moderne. En 1764, le juriste et philosophe italien Cesare Beccaria fustige dans son traité "Des délits et des peines" un système pénal poussiéreux, souvent archaïque, et suggère une nouvelle approche tout à fait révolutionnaire, en rupture avec la vision médiévale du Droit. Voltaire, Diderot, D'Alembert l'acclament... Des prémisses de ce traité découlent certains principes qui seront repris un quart de siècle plus tard par les rédacteurs de la Déclaration des droits de l'Homme.

Sa théorie la plus emblématique est que le droit de punir ne peut se fonder que sur la seule utilité sociale. Blasphème, suicide, homosexualité... Beccaria veut rayer de la liste des crimes tout ce qui relève de la sphère des libertés individuelles. C'est le principe des peines strictement et évidemment nécessaires.

Dans le Maroc de 2016, cette approche est malheureusement loin de gouverner notre code pénal, qui s'oppose fondamentalement à la notion d'individu en condamnant à des peines de prison les relations hors mariage, les relations consentantes entre personnes majeures de même sexe ou le non-respect du jeûne du ramadan en public.

Pour rester dans l'actualité, prenons l'exemple de cette vidéo insoutenable, dans laquelle l'on voit deux homosexuels sauvagement tabassés, humiliés, atteints dans leur dignité, alors qu'ils étaient dans leur intimité. D'aucuns diront que la loi n'a rien à voir là-dedans, que le problème, ce sont ceux qui n'acceptent pas la différence. Certes. Mais ces violences trouvent aussi leur source dans des lois archaïques et liberticides.

La pénalisation des faits relevant des libertés individuelles confère une légitimité aux croisades morales et aux expressions de haine et de violence.

Disons-le clairement, la pénalisation des faits relevant des libertés individuelles confère une légitimité aux croisades morales et aux expressions de haine et de violence. Un changement des mentalités ne peut s'opérer sans une reconfiguration profonde de notre code pénal. Les manuels scolaires, les médias et les acteurs politiques se mettront alors tout naturellement au diapason.

Aujourd'hui, les détracteurs de la dépénalisation des relations sexuelles hors mariage, celles entre deux personnes du même sexe, la rupture du jeûne en public et toutes ces entorses aux libertés de l'individu souverain dans sa singularité, avancent comme principal argument le rejet catégorique de ces faits par la société. Ce qu'ils oublient de dire, c'est qu'il y a à peine vingt ans, il était inconcevable qu'une femme se marie sans le consentement de son père. Et pourtant, il a juste fallu une modification du code de la famille pour que cette émancipation soit acceptée par la société. Il en va de même pour la polygamie, et tutti quanti. En clair, ce qui hier semblait inacceptable pour la société est entré dans les habitudes grâce à un changement des lois.

Le non-respect des minorités met aussi en lumière l'inextricable émergence de l'individu au Maroc et les autres pays du Maghreb où les sociétés sont marquées par le poids des communautés et de la tradition. Le respect de l'individu demeure dans nos contrées une valeur désapprouvée, diabolisée, mal comprise. Militer pour l'émergence de l'individu n'est pas synonyme d'atteinte à la communauté. C'est faire de chaque citoyen un Homme libre.

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