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13/02/2018 11h:14 CET | Actualisé 13/02/2018 11h:21 CET

Le rêve de la liberté est toujours vif en Iran

Germán Vogel via Getty Images

La révolution de février 1979 en Iran est célébrée cette année dans des circonstances ou le pays vient de traverser une révolte populaire de grande ampleur. Un évènement qui a montré que pour le peuple iranien, les revendications de la révolution antimonarchique, la liberté et la démocratie, restent d'une vive actualité.

Khomeiny a pu prendre la direction du mouvement populaire qui a éclaté en 1979 contre la monarchie des Pahlévis, grâce à un puissant réseau de mosquées à travers le pays.

Comme la SAVAK, la police secrète du Chah, avait exécuté ou emprisonné les principaux intellectuels et acteurs du mouvement pour la liberté en Iran, Khomeiny, un religieux obscur et rusé, a pu combler ce vide politique pour installer son projet d'un "Etat islamique" qu'il nourrissait depuis longtemps.

Ce dernier renonça rapidement à ses promesses pour des élections libres et le respect des partis politiques. Alors qu'ils perdaient rapidement le terrain en faveur des forces progressistes et ceux qui offraient une vision tolérante et moderne de l'islam, les islamistes eurent recours à la tromperie et la violence pour s'accrocher au pouvoir. Ecartant les opposants du jeu parlementaire par une fraude systématique, Khomeiny imposa une Constitution lui donnant le pouvoir absolu en tant que "guide suprême religieux à vie".

Face à la résilience farouche des forces démocratique, le nouveau dictateur opta bientôt pour une répression à outrance. Le 20 juin 1981, une manifestation pacifique à l'appel des Moudjahidine du Peuple, la principale force d'opposition, qui réunit un demi-million de manifestants à Téhéran pour exiger le respect des libertés, a été réprimée dans le sang. Depuis, des dizaines de milliers de militants de ce mouvement ont été exécutés, dont le pic fut atteint en 1988 avec "le massacre des prisons" qui vit disparaitre 30 000 prisonniers politiques en quelques mois.

Mais la répression féroce des mollahs n'a pu décimer totalement les acteurs du mouvement démocratique en Iran. Un pays qui traverse une grave crise économique et politique et qui fait douter de la pérennité du régime théocratique.

Les enseignements de la récente révolte en Iran

Le pays a été touché début janvier par des manifestations qui ont embrasées l'ensemble des provinces iraniennes, faisant une cinquantaine de morts, dont douze manifestants tués en détention. Une campagne a été lancée par les familles et les ONG pour obtenir la libération de quelques 8000 manifestants arrêtés, dont certains risquent la peine de mort pour « moharebeh » ou guerre contre Dieu.

La récente révolte en Iran a révélé trois particularités marquantes. D'abord, le développement à grande vitesse à laquelle les manifestations se sont étendues à quelques 140 villes iraniennes montre un mécontentement explosif dans la société iranienne. L'échec total du régime à résoudre les problèmes les plus élémentaires de la société, comme le fléau du chômage et la cherté de la vie, est à la base de ce mécontentement.

A quoi s'ajoute la répression des droits sociaux et politiques les plus élémentaires, ainsi que la corruption financière dans laquelle est plongé le régime. Un régime dont l'économie est contrôlé par les Gardien de la révolution (pasdaran), qui dilapident les richesses du pays pour financer des interventions déstabilisatrices à l'étranger et pour soutenir la dictature syrien et les mouvements islamistes dans la région.

Par ailleurs, cette politique d'ingérence des mollahs se trouve dans une impasse, les ressources du régime tarissent sérieusement, ce qui commence à avoir des effets négatifs dans le pays. Les émeutes et les slogans non seulement ont montré que le peuple iranien est contre les ingérences iraniennes, mais a affiché manifestement les faiblesses fondamentales du régime qui utilise ces ingérences pour camoufler son incapacité à répondre aux besoins de la société.

Enfin, ces protestations sont belles et biens organisées. Elles se sont étendues dans le pays avec des slogans presque identiques. Ceci ne pouvait pas être le fait du hasard. Le vice-commandant des gardiens de la révolution, General Rassoul Sanaie-Rad a pointé du doigt l'OMPI comme "le maillon principal des troubles". Il a déclaré "Ainsi, les affrontements les plus graves ont eu lieu à Touyserkan (province de Hamedan) et plusieurs personnes ont été tuées, dont deux personnes qui ont attaqué la prison et qui ont été identifiées. Les dirigeants et ceux qui incitaient à la protestation dans cette ville étaient des hypocrites (MEK)... Le site Jahan news le 27 janvier, 2018

Le guide suprême du régime, Ali Khamenei, a pour sa part affirmé le 9 janvier que ce mouvement de résistance "avait préparées ces troubles depuis des mois" et a appelé pour une répression "sévère contre les séditieux".

La faible intensité de la mobilisation par les autorités pour les manifestations commémorant la révolution antimonarchique, le 11 février, a montré que le régime reste sous le choc des évènements du début d'année.

Les causes de la révolte demeurent et la colère populaire peut s'exprimer cette fois avec une intensité bien virulente, avec le risque de balayer le régime en place. Or, ce dernier ne semble pas être en mesure de résoudre les innombrables crises auxquelles il est confronté.

Seul un changement de politique fondamental, qui remettrait en cause le principe même du Guide suprême et la mainmise des pasdaran sur l'économie et les affaire du pays, serait susceptible de permettre au régime d'échapper au sort que l'histoire a réservé à ses prédécesseurs.

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