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29/12/2016 11h:07 CET | Actualisé 30/12/2017 06h:12 CET

Et si Hamid Chabat n'était pas un irresponsable?

POLITIQUE - Hamid Chabat est devenu en quelques jours le mouton noir de la politique marocaine. Sa déclaration au sujet de la Mauritanie est unanimement qualifiée d'irresponsable.

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POLITIQUE - Hamid Chabat est devenu en quelques jours le mouton noir de la politique marocaine. Sa déclaration au sujet de la Mauritanie est unanimement qualifiée d'irresponsable.

On l'accuse de mettre en danger la coexistence avec un pays voisin, voire de compromettre la cause territoriale de son pays. D'autres lui reprochent de détruire, en quelques mots, un travail de longue haleine de remise de son parti au centre du jeu politique et de fermer à l'Istiqlal la porte du gouvernement en voie de formation.

Les mobiles qui ont poussé le leader d'un grand parti politique à rappeler les liens historiques entre le Maroc et la Mauritanie sont difficiles à percer. Le silence de l'auteur sur ses intentions laisse à l'observateur le loisir, facile, de le traiter d'irresponsable ou bien de chercher une rationalité quelque part.

Pour ma part, je refuse de croire qu'un personnage politique de la stature de Chabat fait n'importe quoi et ne peux pas me contenter d'un procès en irresponsabilité.

Une hypothèse alternative serait que M. Chabat savait très bien que sa déclaration allait faire des vagues et qu'elle servirait à quelque chose. Quoi?

Il n'échappe à personne que le contexte actuel est marqué par deux faits qui mobilisent l'attention et les énergies des dirigeants politiques marocains. Sur le plan intérieur, la formation du nouveau gouvernement semble dans l'impasse. Pour des raisons difficiles à comprendre, le RNI serait à la fois incontournable et incompatible avec l'Istiqlal alors que, paradoxalement, M. Chabat a eu plus de rapports difficiles, sur la place publique au moins, avec le Premier ministre et leader du PJD.

Le blocage devient inquiétant au point que le roi a chargé ses conseillers de signifier son impatience à M. Benkirane. L'intervention royale, par conseillers interposés, envoie un signal d'urgence aux partis et, selon toute probabilité, le dénouement devrait être imminent.

Sur le plan extérieur, il n'a échappé à personne que l'Algérie et la Mauritanie ont décidé, il y a quelques jours, d'intensifier leurs relations et ont signé, à cet effet, seize accords de coopération couvrant de nombreux domaines. Tout le monde comprend que le renforcement de l'axe algéro-mauritanien est une mauvaise nouvelle pour le Maroc, surtout quand il est mis en scène au moment même où le diplomate en chef, le roi Mohammed VI, remet son pays au centre de la dynamique africaine.

Dès lors, les "amours" affichées, ostensiblement, par ses voisins de l'Est et du Sud devaient susciter une réaction marocaine. La question devait être de savoir si cette réaction serait exprimée par les autorités officielles ou par d'autres voix.

J'en arrive ainsi à la conclusion que M. Chabat, loin d'être un responsable irresponsable, est en fait un grand maître du coup de billard à plusieurs bandes. En faisant semblant de s'immoler sur la place publique, Hamid Chabat rend possible deux résultats utiles au pays.

D'une part, il offre à son parti une sortie honorable du blocage autour de la formation du gouvernement. Puisque M. Chabat est un irresponsable et que son parti et son syndicat le soutiennent, il est logique qu'il ne soit pas invité à participer au gouvernement. L'auto-exclusion arrange bien les choses.

Sur le plan extérieur, la déclaration de M. Chabat est une véritable réaction du Maroc à ce que la Mauritanie a engagé récemment avec l'Algérie. Le fait que la déclaration ait été faite par le chef d'un parti politique ne participant pas au gouvernement permet aux autorités officielles de le désavouer et de reprendre, en même temps, langue avec les dirigeants mauritaniens.

Cet "incident" rend possible une conversation téléphonique entre le roi du Maroc et le président de la Mauritanie et fournit au Premier ministre un bon prétexte pour aller prendre la température, en personne, auprès du même président.

Si cette hypothèse contient un minimum de vérité, M. Chabat n'est pas un irresponsable mais, peut-être, un fin stratège... à moins que le stratège dans cette affaire ne soit ailleurs. L'avenir nous le dira.

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