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18/01/2016 08h:42 CET | Actualisé 18/01/2017 06h:12 CET

"Nous sommes les messagers d'une époque"

"Personne ne peut arrêter un homme qui a fait 1000 km à pied". C'est un officier de la Guardia civile espagnole qui parle des migrants sub-sahariens voulant traverser la méditerranée, du Maroc vers l'Espagne voisine.


Les messagers de Laëtitia Tura et Hélène...par Cinema_du_Reel

Ces paroles censées, sont extraites du film "les Messagers", un reportage de Hélène Crouzillat et Laetitia Tura, sur les migrants qui dans les camps et autres no man's land marocains témoignent de leur "marche forcée vers un meilleur ailleurs."

Ces femmes et ces hommes, fuyant guerres et misères peuvent être les mêmes que celles et ceux qui "échouent" en Algérie, en Tunisie, en Libye, à Lampedusa et sur d'autres rivages.

C'est à l'initiative des deux associations, "L'Etoile du sud" d'Alger centre et de la Mission Algérienne de Médecins du monde qu'a été organisée cette projection débat samedi 16 janvier.

"Nous voulons faire bouger les barrières, d'où cette initiative" confie l'énergique Imène Benchaouche, la chargée de plaidoyer de médecins du monde, mission Algérie.

Mohamed Agoudjil, le président de "L'Etoile du sud" quant à lui, souhaite par cette initiative, "ouvrir l'espace aux jeunes pour qu'ils puissent se parler et répondre aux questions qui se posent".

La salle allouée par le Centre Culturel universitaire géré par Ricardo Jimenez, s'est avérée bien exiguë pour les nombreux jeunes venus assister à la projection.

Avant la projection, une brève mais efficace introduction a été présentée par Imène Benchaouche. Les présents ont eu un aperçu sur la situation et les lois en vigueur. Deux phrases attirent l'attention. Au plan de l'histoire, l'Algérie a toujours été "une terre d'accueil et d'échanges". Un constat qui va à l'encontre de la rude réalité d'aujourd'hui : "7000 migrants refoulés par l'Algérie l'année dernière."

Piégés... Nous n'allons pas abandonner

"Nous sommes piégés", " nous n'allons pas abandonnés", "»nous sommes dans une prison sans entrée ni sortie"... Ces quelques répliquent de ceux qui sont parties de chez eux et se retrouvent prisonnier dans des contrées lointaines, souvent inhospitalières, racontent des sentiments contradictoires.

Même sur un fond de détresse, ces acteurs des longues traversées conservent l'espoir de réaliser leur rêve espagnol. "Je suis patient, peu m'importe le temps, jusqu'à ce que je rentre " dit l'un d'eux. Un autre redit la détermination à vouloir "passer" : "c'est une guerre, il faut la gagner et vivre, je n'ai rien derrière moi."

Peu importe qu'ils soient réfugiés économiques, politiques ou climatique selon les variantes du lexique onusien et autres institutions internationales. Tous fuient les guerres, les dictatures, les conséquences des mauvaises politiques de leurs dirigeants et des silences approbateurs de leurs amis du nord.

Ils fuient les misères en tous genres, ce sont des "forçats de la faim" et ils sont légions. Au travers des paysages de champs vides et de vagues grises, le film nous emmène tantôt en mer tantôt sur terre, sur ces tombes collectives sans noms ni repères ou sont "rapidement" enterrés les migrants morts en route ou pris dans les flots.

Pour bien insister sur l'inefficacité de la politique répressive européenne soutenue par leurs amis du sud, l'officier espagnol fait ce constat cinglant : "en réalité, nous ici, on ne sert à rien, pour conclure, on finit chez le psy."

Le film se termine, des noms et des prénoms, sans visages, sont égrenés par une voix lointaine... Des noms pour donner une identité à ceux qui sont morts ou ont disparu et dont nul ne viendra fleurir les tombes.

Fin de projection, lumière. Ambiance glaciale. On débat. "Comment aider", "quels sont leurs droits", "que faire", "comment faire ". Imène Benchaouche tente de répondre, non sans un brin de diplomatie lorsque les questions et remarques portent sur la politique gouvernementale Algérienne vis-à-vis des migrants... Ou encore sur l'action du Croissant rouge Algérien qui participe "du volet humanitaire"» (Sic), au rapatriement dit volontaire ou expulsions diraient d'autres, qu'organisent régulièrement l'Algérie officielle.

Riche et louable fut cette initiative, si rare mais si nécessaire, en ces temps où "l'autre" est montré du doigt, surtout quand il n'a pas la même couleur de peau ou la même religion.

"Rendre visible et aider aux parcours" est l'une des taches d'Imène Benchaouche et de son organisation. Des individus qui échangent pour une société qui change... Espérons que cet adage de l'association Etoile du sud puisse être repris, compris et que notre société change son regard et sa pratique envers ces migrants... Ces "messagers d'une époque".

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