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18/07/2014 09h:00 CET | Actualisé 17/09/2014 06h:12 CET

Terrorisme, syndrome de Stockholm et médias

POLITIQUE - Le traitement médiatique du nouvel attentat terroriste du Mont Châambi, c'est la volonté des journalistes et des personnes conviés aux talk-shows de dévoiler, ne serait-ce qu'à demi-mot, les défaillances du système sécuritaire national et, surtout, la culpabilité des gouvernements précéden

"... Il faisait l'affaire de ses concitoyens qui, comme chacun sait, adorent les martyrs, car ceux-ci les confirment dans leur douce inaction en leur démontrant que la vie n'offre qu'une alternative: être livré au bourreau ou obéir". Milan Kundera

Je n'ai pas cessé, hier, de suivre les débats radios et télévisuels qui ne désemplissaient pas d'invités, de clashs et de demi-révélations.

En effet, ce qui caractérise le traitement médiatique du nouvel attentat terroriste du Mont Châambi, c'est la volonté des journalistes et des personnes conviés aux talk-shows de dévoiler, ne serait-ce qu'à demi-mot, les défaillances du système sécuritaire national et, surtout, la culpabilité des gouvernements précédents.

Premiers coupables dans ce "procès" médiatique: La Troïka et le parti Ennahdha qui se trouvent accusés d'avoir fermé l'œil sur les fanatiques, ou pire encore, de les avoir soutenus et d'avoir des tractations occultes avec les terroristes.

Au-delà du degré de pertinence de ces allégations, ce type de discours marque un changement qualitatif dans le traitement médiatique de la question terroriste.

Les médias commencent enfin à saisir leur fonction herméneutique en s'approfondissant dans l'analyse des faits terroristes et arrivent, tant bien que mal, à désigner les véritables coupables de la déferlante terroriste ... Véritables? Pas si sûr.

Car si le cercle politique constitue le bouc-émissaire numéro un des réquisitoires, l'accent n'est pas mis sur la responsabilité fondamentale du premier acteur de la violence terroriste: Il ne s'agit pas des islamistes, ni de Moncef Marzouki, ni du Qatar et de l'Arabie Saoudite, il s'agit du peuple tunisien.

En effet, comment peut-on espérer sensibiliser le public au phénomène du terrorisme alors qu'animateurs et experts "médiacrates" sont incapables de critiquer ces nombreux Tunisiens qui ont voté pour un parti au passé équivoque et qui comptent revoter pour le même parti aux prochaines élections?

Ne savent-ils pas que les terroristes d'aujourd'hui sont une réplique des terroristes d'hier?... Il faudrait donc s'attendre à ce que, dans vingt ans, les terroristes du Mont Chaâmbi soient traités comme les victimes de la répression militaire et élus à des postes suprêmes.

Comment peut-on espérer aujourd'hui endiguer ce fléau alors que l'opinion publique, médias compris, trouvent des excuses à leurs vieux agresseurs et démentent parfois tout lien entre les attentats de Sousse et de Bab Souika et les islamistes?

... Il faudrait aussi s'attendre à ce que, dans vingt ans, les terroristes du Mont Chaâmbi, rompant avec leur statut de marginaux et entrant dans le jeu démocratique, soient blanchis par l'opinion publique et représentés comme les victimes d'un sempiternel complot de l'Etat.

Aussi, comment les médias peuvent-ils réussir à se remettre, d'abord, d'un syndrome de Stockholm collectif, puis réussir à éveiller, d'une manière intelligente, des consciences engourdies par cet état pathologique quasiment généralisé : un état amnésique qui veut que la victime soit complice de son malheur et finit par éprouver de l'empathie envers son "bourreau"?

Le danger de la perpétuation du syndrome de Stockholm réside dans sa capacité à disculper, plus tard, des psychopathes, des sociopathes et des assassins de masse.

Malheureusement, l'histoire de notre pays et celle d'autres pays du monde arabo-musulman témoignent de ce mécanisme bizarre, mais inquiétant.

Quant aux médias tunisiens, ils sont certainement complices de la réadaptation des terroristes dans la mesure où ils ont joué le jeu des islamistes et n'ont pas fait preuve d'audace.

Et pour cause, un bon journaliste ne devrait pas se contenter de poser des questions ou d'accuser à l'emporte-pièce, mais doit faire des investigations pour répondre à ces interrogations et éclaircir les zones d'ombre, mais peut-être que les vérités sont trop préjudiciables pour avoir le cran d'enquêter.

Alors, ne soyez pas choqués de voir, un jour, Abou Yadh occuper le palais de Carthage.