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20/05/2014 07h:35 CET | Actualisé 20/07/2014 06h:12 CET

Tunisie: L'élite islamisée

SOCIETE - La plupart de la classe cultivée et des acteurs politiques tunisiens se sont mis, à leur tour, à surfer sur la "vague de l'islam". On ne comprend pas pourquoi la classe cultivée tunisienne verse dans la surenchère spirituelle, et pourquoi elle cherche vainement l'approbation du public en lui montrant un visage débordant de dévotion et de foi.

"Il faut faire appel à de prodigieuses forces adverses pour entraver ce naturel, trop naturel, progressus in simile, le développement de l'homme vers le semblable, l'ordinaire, le médiocre, le troupeau - le commun!". Nietzche.

On entend par islamisation, la conversion progressive d'une population à un islam rigoriste dont l'interprétation exégétique se réfère à une traduction littérale et absolue du coran et de la sunna.

L'islamisation de la société tunisienne est une entreprise qui s'est amorcée il y a environ vingt ans, plus particulièrement avec la démocratisation de la télé-prédication islamique et l'assouplissement des lois antiterroristes.

Or, fait plus inquiétant, à l'islamisation de la masse s'est ajoutée celle de l'élite.

C'est ainsi que la plupart de la classe cultivée et des acteurs politiques tunisiens se sont mis, à leur tour, à surfer sur la "vague de l'islam". Si la stratégie est plus au moins compréhensible de la part d'une classe politique qui essaie de séduire un électorat en excès de spiritualité, on ne comprend pas pourquoi la classe cultivée tunisienne verse dans la surenchère spirituelle, et pourquoi elle cherche vainement l'approbation du public en lui montrant un visage débordant de dévotion et de foi.

Pourquoi plusieurs artistes et intellectuels, réputés "libéraux" et laïcs, se mettent-il aujourd'hui à intégrer dans leurs discours et argumentations des versets coraniques et des récits de la tradition islamique?

Pourquoi se mettent-ils aujourd'hui à inonder leurs profils Facebook de hadiths et de prières? Pourquoi toutes les occasions sont-elles bonnes pour faire briller la facette religieuse de leur art, de leur savoir ou de leur personnalité alors que, vingt ans en arrière, ils ne le faisaient pas?

Depuis quelques temps, on voit des acteurs et des artistes qui, pour faire taire certains mécontents, déclarent faire la prière cinq fois par jour. On voit également des chercheurs et des spécialistes qui, pour justifier leur position critique, utilisent de temps à autre le verbe religieux: la pilule passerait peut-être mieux.

Les raisons de ce phénomène - à savoir l'islamisation de l'élite - sont multiples.

Sur les traces du fascisme et du nazisme, l'islamisation a fini par toucher l'élite et altérer une conscience censée être celle qui critique, qui éveille et qui objecte.

D'un autre côté, la volonté de se faire entendre et d'atteindre le public a engendré une élite bien-pensante plus politicienne que contestataire, évitant de toucher aux fondamentaux sacrosaints de la société tunisienne et d'être, en conséquence, rejetée par l'auditoire.

Pourtant, force est de constater que toute cette complaisance n'a servi à rien : quoi qu'ils fassent, nos intellectuels n'influencent pas et demeurent les enfants mal-aimés, donc autant bousculer les mentalités sans auto-restriction et autocensure.

Ailleurs qu'en Tunisie, rares sont les penseurs arabes qui sortent du lot. Nous citons à ce titre la courageuse psychiatre syrienne Wafa Sultan, qui brave les interdits en pointant du doigt un islam actuel figé, violent et archaïque, allant jusqu'à critiquer certains aspects des textes sacrés jugés incohérents.

Toutefois, il est à noter que, tout comme la majorité de l'intelligentsia arabe, la nationalité américaine et l'exil de Wafa Sultan lui confèrent une grande partie de son franc-parler. Entre-temps, au sein même des sociétés arabo-musulmanes, il faudrait attendre le baiser du prince charmant qui ranimera une élite endormie.

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