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29/05/2014 14h:13 CET | Actualisé 29/07/2014 06h:12 CET

Terrorisme et société

"On est toujours le terroriste de quelqu'un" Anouar Al-Sadate. En observant la société tunisienne, une question vient d'elle-même : quelle est la différence entre l'esprit d'un terroriste et celui d'un Tunisien "lambda"?

"On est toujours le terroriste de quelqu'un" Anouar Al-Sadate

En Tunisie, la couverture médiatique d'un acte terroriste est toujours identique: le journaliste condamne l'acte, puis invite des spécialistes dans les mouvances islamistes et des experts en terrorisme qui tentent d'interpréter l'acte et de remonter aux filières terroristes interterritoriales et extraterritoriales.

Si ce type de couvertures a le mérite de donner un petit aperçu du fonctionnement des cellules terroristes, il laisse pourtant un goût d'inachevé: l'auditoire sort finalement sans avoir d'explications claires sur les tenants et les aboutissants du terrorisme en Tunisie et les interrogations, formulées au départ, demeurent sans réponses.

L'impression de ne rien savoir de ce phénomène aussi spectaculaire qu'ambigu émane non seulement de la complexité des réseaux terroristes et de leurs enjeux, mais également d'un traitement médiatique superficiel qui présente une analyse objective et instantanée de l'événement, négligeant ainsi la psychosociologie et l'histoire de l'acte terroriste.

En effet, le terrorisme ne peut être appréhendé sans une analyse profonde du phénomène et sans oser poser les vraies questions: pourquoi le terrorisme religieux frappe-t-il souvent dans le monde arabo-musulman? Quelles sont les facteurs historiques et psychosociologiques qui font naître le terrorisme religieux et quels sont ses vecteurs? Au-delà des mesures sécuritaires, comment combattre efficacement le phénomène terroriste?

Le terrorisme qui sévit en Tunisie n'est certainement pas étranger à un millénaire de décadence arabo-musulmane, à nos croyances, à nos modes de penser et d'agir. Plus encore, en observant la société tunisienne, une question vient d'elle-même : quelle est la différence entre l'esprit d'un terroriste et celui d'un Tunisien "lambda"?

Le terroriste perçoit la plupart des Tunisiens comme des brebis égarées qui doivent revenir à l'essence de l'islam, il met Dieu au-dessus de l'être humain et veut appliquer la loi divine dans son pays. Pour le Tunisien c'est pareil: le système est trop mou, trop permissif, il faut donc sanctionner sévèrement, amputer le voleur pour qu'il ne récidive plus, séparer les filles et les garçons pour éradiquer le "dévergondage" des jeunes, voiler les femmes pour qu'elles n'attirent plus les hommes... etc. Bref, en chaque Tunisien existe une espèce de terrorisme symbolique.

Aussi, d'un point de vue théorique, il n'existe aucune différence entre ce que pense un terroriste et ce que pense le Tunisien. Du pain béni pour les fondamentalistes qui, en conséquence, trouvent leurs idées populaires et n'éprouvent aucune difficulté à formater les populations et à recruter les futurs terroristes.

Du coup, les efforts actuels de l'Etat tunisien ne suffisent pas à vaincre le terrorisme. C'est Don Quichotte et les moulins à vent: la sécurité nationale semble lutter contre des fantômes qui apparaissent, puis disparaissent dans une guerre psychologique et macabre. Toutes ces actions anti-terroristes sont efficaces à moyen terme, mais pas à long terme. Et pour cause, le terrorisme religieux a des racines beaucoup plus profondes. Il grandit avec nous sur les bancs de l'école, il se nourrit de nos propres pathologies psychosociales, de la peur de remettre en question notre héritage historique et religieux.

A mon avis, c'est sur ces points que devraient se focaliser les médias tunisiens.

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