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25/08/2014 13h:37 CET | Actualisé 25/10/2014 06h:12 CET

L'histoire de la Tunisie est-elle l'histoire de la lutte des genres?

GENRE - Que ce soit en politique, en économie ou dans les affaires, de plus en plus de prénoms féminins figurent parmi les personnalités les plus influentes de Tunisie. Les femmes tunisiennes se seraient-elles finalement mises à se libérer du joug patriarcal et à réinvestir des lieux qu'elles ont occupés dans l'Antiquité et qu'elles ont été contraintes à abandonner avec l'avènement du patriarcat?

Que ce soit en politique, en économie ou dans les affaires, de plus en plus de prénoms féminins figurent parmi les personnalités les plus influentes de Tunisie. Acculées depuis des millénaires à leurs rôles traditionnels de ménagère et de génitrice, les femmes tunisiennes se seraient-elles finalement mises à se libérer du joug patriarcal et à réinvestir des lieux qu'elles ont occupés dans l'Antiquité et qu'elles ont été contraintes à abandonner avec l'avènement du patriarcat?

Les Tunisiens ont en effet tendance à oublier l'idée selon laquelle la société tunisienne a été, il y a plus de trois milles ans, une société matriarcale. Le mythe fondateur d'Elyssa, princesse phénicienne et bâtisseuse de Carthage (premier Etat du Maghreb), serait une manifestation de l'organisation matriarcale qui régnait dans cette région d'Afrique du Nord. Son suicide marquerait le triomphe du patriarcat, symbolisé en outre par le roi berbère Hiarbas qui aurait contribué à la renaissance de l'archétype masculin.

La fin terrible de Carthage fut également le théâtre de la lutte entre le matriarcat et le patriarcat: Sophonisbe, effigie de la résistance face à l'envahisseur romain, a choisi de se jeter - avec ses enfants - dans le bûcher en maudissant son époux, Hasdrubal, qui a capitulé en criant: "Toi Romain, tu n'as pas à craindre la vengeance des dieux, car tu as marché contre un terre ennemie; mais Hasdrubal que voici, traître à sa patrie, à ses sanctuaires, à moi-même et a ses enfants, puissent les divinités de Carthage le châtier, et toi même en faire autant".

Plus tard, la figure d'Al Kahina, guerrière et chef de la résistance amazigh, illustrerait la lutte du matriarcat berbère contre les envahisseurs arabo-musulmans, venus asseoir, entre autres, le phallocentrisme masculin hérité des religions mésopotamiennes. Aussi, selon certains récits, Al Kahina aurait dit de ses ennemis:

"Ils s'étonnent de vous voir dirigés par une femme. C'est qu'ils sont des marchands d'esclaves. Ils voilent leurs femmes pour mieux les vendre. Pour eux, la plus belle fille n'est que marchandise. Il ne faut surtout pas qu'on la voie de trop près. Ils l'enveloppent, la dissimulent comme un trésor volé. Il ne faut surtout pas qu'elle parle, qu'on l'écoute. Une femme libre les scandalise, pour eux je suis le diable. Ils ne peuvent pas comprendre, aveuglés par leur religion".

La trahison des proches et la décapitation d'Al Kahina par le conquérant arabo-musulman signeraient, à leur tour, la réinstallation du patriarcat. L'établissement de l'islam marquerait ainsi la restauration du pouvoir social masculin qui durera jusqu'au jour d'aujourd'hui.

L'histoire de la Tunisie serait l'histoire de la lutte des genres: une succession de passages du matriarcat au patriarcat et vice versa. Ces passages sont douloureux et violents. A chaque fois, le matriarcat se sacrifie pour la suprématie du patriarcat et est vaincu tragiquement. D'autres figures féminines ont certes marqué l'histoire de notre pays comme Aziza Othmana et El Jazia Al Hilalia, mais aucune n'a pu rétablir le pouvoir matriarcale déchu... Ou bien est-il en train de renaître de ses cendres, lentement?

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