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02/01/2015 06h:08 CET | Actualisé 04/03/2015 06h:12 CET

Contre l'Etat de droit?

Depuis quatre ans, le blogueur Yassine Ayari n'a pas arrêté à travers sa page Facebook d'inciter son fan club au meurtre d'opposants, à la guerre sainte et à se rebeller contre -ce qu'il qualifie de- la "bourgeoisie" des beaux quartiers. Cet article a été écrit en réponse à l'article "Tunisie: Inès Ben Othman et Yassine Ayari, deux activistes en prison pour avoir dit ce qu'il ne fallait pas dire".

Cet article a été écrit en réponse à l'article "Tunisie: Inès Ben Othman et Yassine Ayari, deux activistes en prison pour avoir dit ce qu'il ne fallait pas dire".

Depuis quatre ans, le blogueur Yassine Ayari n'a pas arrêté à travers sa page Facebook d'inciter son fan club au meurtre d'opposants, à la guerre sainte et à se rebeller contre -ce qu'il qualifie de- la "bourgeoisie" des beaux quartiers.

A titre d'exemple, nous citons son poste daté du 3 juillet 2013 consécutif à la destitution du président égyptien Mohamed Morsi: "La porte du djihad est donc ouverte, nous sommes acculés au combat meurtrier. Vous n'avez pas respecté les urnes, vous respecterez les munitions. Vous avez enfoncé la démocratie, vous serez enfoncés par les fusils. (...) Embrassez les militaires avant que vous ne soyez trainés dans la rue, jusqu'à la mort, par ceux à qui vous avez refusé l'existence ... Aux armes! ... Apprenez Tunisiens ce qui se passe en Egypte! Préparez-vous à trainer dans la rue jusqu'à la mort, les magistrats, les journalistes, les RCD'istes, les syndicalistes, Mondher Thabet, les indics et les laudateurs! ... On ne nait pas terroriste, on le devient! Bonne nuit!"

Nous pouvons également rappeler ses multiples statuts Facebook pseudo-révolutionnaires qui incitent à la haine sociale sous fond de lutte des classes: "La bourgeoisie tunisienne n'est pas descendue dans les rues pour réclamer la dignité, mais pour des raisons économiques" (2 mai 2011), ou "J'accuse la bourgeoisie aristocrate! J'accuse cette "élite" de cosmopolitisme aliénant et d'intelligence avec l'extérieur, de folklorisation de la culture locale et de comportement postcolonial aggravé sur leurs propres concitoyens. Et surtout d'avoir fait capoter l'élan cinétique de la révolution! L'oligarchie, la toute puissante oligarchie est notre premier obstacle contre le changement, l'évolution, la révolution" (30 mai 2011).

Ou encore ses messages incitant son fan club à agir selon des modèles révolutionnaires historiques (forcement sanguinaires) comme les révolutions bolchévique, française et les conquêtes islamiques: "Robespierre était parmi ceux qui n'ont jamais défendu la peine capitale. Pourtant, il était parmi ceux qui ont soutenu l'exécution de Louis XVI. Quand on lui a demandé pourquoi a-t-il changé d'avis, Robespierre a répondu: "Cet homme doit être exécuté pour la renaissance d'une nation"... Ainsi sont les révolutions... Les prochains jours seront difficiles, ils ne le savent pas encore, mais moi je le sais... La société va être purifiée. On doit être prêt pour la guerre et on va guerroyer comme ont guerroyé ceux qui étaient avant nous."

Violent, impulsif, conspirationniste et haineux, Yassine Ayari a écopé de trois ans de prison ferme et sera traduit devant le tribunal militaire. Au-delà de la justesse d'une telle procédure, le paradoxe vient de ces bien-pensants qui défendent le blogueur au nom de la liberté d'expression et qui s'opposent ainsi à l'instauration d'un Etat de droit en Tunisie (l'une des manifestations des systèmes démocratiques) où la Constitution, la séparation des pouvoirs, les lois et les règlements sont certes réformables, mais doivent être respectés par la puissance publique.

Je finis donc ce blog avec cette citation de Spinoza: "En vérité le but de l'État c'est la liberté... Dans cet État, en effet, nul ne transfère son droit naturel à un autre de telle sorte qu'il n'est plus ensuite à être consulté, il le transfère à la majorité de la Société dont lui-même fait partie; et dans ces conditions tous demeurent égaux" (Traité théologico-politique, 20).

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