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18/11/2015 03h:52 CET | Actualisé 18/11/2016 06h:12 CET

Stress, burn out, harcèlements... Ce qu'il faut changer dans la loi

PSYCHOLOGIE - "Je travaille dans une entreprise privée depuis plusieurs mois. Etant le plus jeune des salariés je me sens oppressé par mon supérieur hiérarchique, voici mon histoire: Le métier que j'exerce est un métier de production, qui nécessite beaucoup de créativité et de spontanéité. Une organisation bien huilée, où les salariés et les patrons sont en contact permanent, où tous les droits sont assurés, où aucune forme de harcèlement n'est subie par les salariés... C'était ce qui nous était promis."

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PSYCHOLOGIE - "Je travaille dans une entreprise privée depuis plusieurs mois. Etant le plus jeune des salariés je me sens oppressé par mon supérieur hiérarchique, voici mon histoire:

Le métier que j'exerce est un métier de production, qui nécessite beaucoup de créativité et de spontanéité. Une organisation bien huilée, où les salariés et les patrons sont en contact permanent, où tous les droits sont assurés, où aucune forme de harcèlement n'est subie par les salariés... C'était ce qui nous était promis.

Là où je travaille, il est interdit de réclamer ce qui revient de droit, des fois interdit de tomber malade, des fois ça va jusqu'au clash avec mon supérieur, juste parce que j'annonce être malade avec certificat à l'appui. Des fois, ça va jusqu'à la menace de remplacement, de rétrogradation, ou pire, jusqu'à la menace de renvoi. « Change de métier » m'a-t-il lancé, un jour, après que je lui avais annoncé une absence de quelques jours à cause d'une maladie qui me clouait au lit. «Fais comme je te dis, ou cherche toi un autre endroit où bosser, en espérant qu'ils veuillent de toi », ça, c'était le jour où il a estimé que mon travail était insuffisant, alors que les clients, eux, étaient satisfaits de mon rendu. Ne dit-on pas qu'un salarié encouragé, est un salarié plus productif ?

Chaque matin je me réveille, avec cette boule pesante au ventre, cette boule qui me rappelle qu'en arrivant à mon lieu de travail, je serais obligé de confronter la personne qui me fait chaque jour un peu plus haïr le métier pour lequel je me suis tant battu, pour lequel j'ai tant sacrifié, en espérant vivre avec dignité.

Cette personne favorise ses « amis » au travail et, en échange de services personnels, n'hésite pas à alléger leur charge de travail et leurs horaires aux dépens des autres. Elle n'hésite pas, non plus, à me traiter de bon à rien et d'incapable, juste parce que je n'ai pas fait mon travail comme elle le souhaitait.

Aujourd'hui je suis au bout du rouleau. Je ne suis plus fier de mon métier, je ne suis plus heureux là où je travaille et je perds ma foi en l'avenir. J'arrive chaque matin en m'attendant à signer ma lettre de licenciement. Jusqu'où ça va aller ? Je ne sais pas. J'espère juste qu'un jour, je retrouverai ma confiance en moi, mon énergie et mon sourire que cet acharnement moral quotidien m'a arraché."

Ce témoignage authentique et accablant de Hassan X 21 ans, n'est malheureusement qu'un exemple parmi tant d'autres reçus chaque jour par l'association Noufous depuis sa création en octobre dernier.

Noufous (souffles en arabe) vise concrètement à faire reconnaître les risques psychosociaux en milieu professionnel (stress, burn out , harcèlements...) et à et mettre en place des outils de mesures et des moyens de prévention en entreprise. L'association propose également un accompagnement psychologique aux individus en détresse psychologique due au travail et appelle, enfin, à la pénalisation du harcèlement moral.

Phénomène insidieux par sa nature même, le harcèlement moral n'est toujours pas reconnu au Maroc comme délit passible d'une condamnation pénale. Pourtant, les témoignages faisant état d'acharnements ciblés en milieu professionnel sont légion. Noufous en reçoit des dizaines quotidiennement !

Dégradation des conditions de travail, atteinte aux droits et à la dignité des personnes, altération de la santé physique et mentale, le harcèlement moral peut sérieusement compromettre un avenir professionnel et entrainer l'exclusion et la précarité des victimes les plus vulnérables. Dans certains cas extrêmes les victimes peuvent même attenter à leur vie. C'est cette détresse que Noufous a essayé de traduire à travers sa vidéo de sensibilisation, reprise en masse dans les réseaux sociaux et plusieurs médias nationaux et internationaux.

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Plus concrètement, l'association se penche actuellement sur la proposition d'un projet de loi visant à pénaliser et à définir clairement les risques psychosociaux dans le milieu du travail et espère entamer bientôt des discussions avec les ministères de l'emploi et de la santé et les structures œuvrant dans le secteur de l'emploi ainsi que le patronat pour aboutir à un partenariat qui vise l'élaboration d'une loi condamnant le harcèlement moral.

En attendant, Noufous entame un processus d'accompagnement psychologique des victimes des risques psychosociaux. Elle met à la disposition des personnes en détresse psychologique due au travail des psychologues, psychiatres, coachs et juristes pour une prise en charge gratuite et dispose pour le moment d'une page facebook et d'un site web proposant des rubriques variées allant du partage de témoignages au conseil juridique.

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