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08/09/2015 07h:01 CET | Actualisé 08/09/2016 06h:12 CET

Elections régionales: Analyse et décryptage des tendances (INFOGRAPHIES)

POLITIQUE - En suivant l'approche arithmétique pour analyser les résultats, la nouvelle gouvernance régionale semble assez simple à décrypter, d'autant que les alliances partisanes sont claires depuis 2013, avec huit principales formations, dont 4 partis au sein de la majorité gouvernementale, PJD, RNI, MP, PPS, et 4 autres au sein de l'opposition, PAM, Istiqlal, USFP, UC.

Le PJD en tête aux régionales avec 174 conseillers et 5 régions sur 12

La majorité gouvernementale obtient la majorité locale avec 38 sièges sur 69 dans la région de Fès -Meknès, 45 sièges sur 75 à Rabat-Salé-Kenitra, 38 sièges sur 57 à Souss-Massa, et 34 sur 45 à Drâa Tafilalet. Les électeurs de ces quatre régions consacrent le PJD premier, avec respectivement 22, 26, 23 et 13 sièges.

A Casablanca, le PJD obtient 30 conseillers régionaux sur 75, mais manque de peu la majorité, avec 37 conseillers pour la majorité gouvernementale (30 PJD, 6 RNI et 1 MP) contre 38 pour l'opposition. Toutefois, l'euphorie s'arrête là. Malgré le "raz-de-marée" électoral réalisé, la majorité gouvernementale ne réunit pas suffisamment de majorités aux nouvelles assemblées régionales pour gouverner plus que ces 4 régions précitées.

L'intervention du PJD pour empêcher l'alliance locale de son parti avec l'Istiqlal à Safi donne le ton et semble conforter l'idée que les querelles que se livrent opposition et gouvernement au sein des chambres basse et haute, se concrétiseront aussi au niveau local et régional. Mais d'un autre côté l'échec des discussions entre chefs de la majorité le lundi 7 septembre au soir relance les supputations concernant l'établissement d'alliances à tout va, contre toute logique politique.

Pour l'opposition, les calculs arithmétiques sont la meilleure nouvelle des élections

Dans les régions de l'Oriental, de Marrakech-Safi et de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, le PAM est en tête et peut, avec les partis d'opposition, briguer les présidences de régions.

Dans les trois régions sahariennes, ce sont les partis issus de la mouvance nationaliste de gauche et du centre qui arrivent premiers, conformément à la tradition locale. A Guelmim-Oued-Noun, l'USFP obtient 12 conseillers sur 39 et pourrait, avec le PAM et l'Istiqlal, décrocher la présidence de son unique région.

L'Istiqlal, second en terme de sièges et troisième en terme de voix à l'échelle nationale, est en position de force pour décrocher la région de Laâyoune-Smara et de Dakhla-Oued-Dahab, où il arrive en tête, et détient la majorité absolue avec le concours du PAM et de l'USFP.

Les "swing-régions"

Ainsi le PJD, suivant la logique arithmétique, peut ambitionner de gagner 4 régions, le PAM de 3, l'Istiqlal de 2 et l'USFP d'une seule. Mais rien n'est assuré pour aucun des partis. Les rebondissements, surtout ceux liés aux spécificités locales rarement prises en compte dans les QG nationaux, peuvent mener à des alliances imprévisibles, pour ne pas dire contre-nature. Il reste deux régions où ce type de rebondissements sont les plus attendus: la région Casablanca-Settat et la région Béni-Mellal Khénifra.

La région de Casablanca-Settat: Pour la région de Casablanca-Settat, le PAM, second avec 19 conseillers, mène un groupe d'opposition ayant 38 conseillers sur 75 soit une courte mais réelle majorité. Il pourra damer le pion au PJD pourtant largement en tête.

Le PJD, ayant réalisé l'exploit de décrocher la majorité absolue au sein du Conseil de la ville de Casablanca, pourrait se consoler par cet acquis majeur et renoncer à la présidence d'une cinquième région, qu'il ne peut de toute manière avoir qu'en s'alliant à un parti d'opposition. Or les chefs de partis de la majorité gouvernementale et de l'opposition multiplient les signaux allant dans le sens d'une impossible coalition, même au niveau local, entre partis d'opposition et de majorité.

M. Mustapha El Bakkoury, secrétaire général du PAM, désavoué dans son fief de Mohammedia où son parti passe de la première à la troisième position, et cumulant plusieurs mandats ainsi que la présidence de l'Agence de l'énergie solaire MASEN, serait selon certains échos peu enchanté de s'alourdir du poste de président de la première région du Maroc qui représente 7 millions d'habitants et 35% du PIB. Mais dans le cas de figure où le PAM briguerait la région de Casablanca, ce seront quatre régions, autant que le PJD, que le PAM gouvernerait.

Le RNI, parti arrivé quatrième, pourrait hériter de Casablanca-Settat, car malgré son score dans la région, 6 conseillers sur 75, le parti fait l'unanimité. Cette exception à la règle des alliances entre opposition et majorité pourrait mettre Moncef Belkhayat à la tête de la région. Or celui-ci n'a pas été clairement mis en avant par les électeurs de Sidi Belyout, où il essuie un quasi-désaveu.

Karim Ghellab, figure de proue de l'Istiqlal, pourrait être la surprise de la région de Casablanca. En effet, moins polémique que Moncef Belkheyat, et plus disponible en terme de responsabilités que Mustapha El Bakkoury, il bénéficie de 12 années d'expérience politique à Casablanca, et d'un score honorable de l'Istiqlal dans la région où son parti se classe troisième avec 12 conseillers derrière le PAM (19) et le PJD (30). Dans ce cas, l'Istiqlal briguerait 3 régions, autant que le PAM.

La région de Béni-Mellal-Khénifra: Toutefois, le sort de la présidence de la région de Casablanca n'est pas à dissocier de celui de la région de Béni-Mellal-Khénifra, où le MP arrive en tête avec 12 sièges sans que la majorité gouvernementale à laquelle il appartient puisse détenir la majorité à l'assemblée locale.

Dès lors le PAM, qui s'est depuis vendredi imposé comme leader de l'opposition au Maroc, aura un choix rude à faire. Ayant dans la région un score ex-æquo avec ses alliés de l'USFP, il devra trancher entre briguer une quatrième région et contrarier ses alliés, ou donner une deuxième région à l'USFP, pourtant classé sixième au niveau national.

Ainsi, si le PAM renonce à Casablanca-Settat au profit de l'Istiqlal ou du RNI, il semblerait qu'il cherchera à briguer la région de Béni-Mellal Khénifra. Dans le cas où le PAM parviendrait à placer Mustapha Bakkoury en tant que président de région à Casablanca-Settat, alors l'USFP pourrait se réjouir d'obtenir une deuxième région. Ce serait sans compter le MP, qui arrivé en tête, cherche à tout prix à positionner ce qui pourrait être la seule femme présidente de région, Halima El Asli. Le MP pourrait dès lors supplanter l'USFP dans les calculs du PAM. Ceci moyennant des alliances dans d'autres régions, notamment à Fès-Meknès, où le chef du MP, Mohand Laenser, paraît très en difficulté pour arracher la région au PJD, pourtant son allié.

Sur un autre plan, il semble peu sûr que le PAM cherche à briguer les deux régions de Casablanca-Settat et Khénifra-Beni-Mellal en même temps, car cela lui donnerait 5 des 12 régions et une primauté que les urnes n'ont pas forcément bénie. Cette option n'est cependant pas à exclure, surtout que le PAM semble plus à l'aise avec ses alliés que ne l'est le PJD.

Une victoire mi-figue mi-raisin pour le PJD

Suivant ces raisonnements, l'opposition sortira gagnante avec 8 des 12 régions, représentant plus de vingt millions d'habitants. La majorité, malgré le score historique du PJD, se contentera quant à elle de 4 régions, gouvernées uniquement par le PJD, au grand dam de ses précieux alliés, qui n'auront peut être aucune présidence de région à leurs actifs.

Cependant, les effets d'annonces de fidélités aux alliances pourraient s'estomper dans certains cas particuliers notamment pour la région de Khénifra que le MP serait en droit de revendiquer, ou pour la région de Casablanca qu'un parti comme le RNI mériterait du fait de la confiance qu'il inspire aux milieux d'affaires.

En cas de délitement des alliances, les partis de la majorité devraient s'assurer que cela ne pèsera pas sur l'entente gouvernementale, et surtout que les choix des urnes soient consacrés. De plus, espérons que cette première expérience régionale mette en avant de véritables gestionnaires et des présidents de régions à même de travailler pour l'intérêt général.

Mais quel leadership pour quelles régions? Les semaines qui viennent répondront à toutes ces interrogations.

elections regionales 2015 maroc

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Nombre de sièges obtenus par les différents partis:

(Passez votre souris sur l'infographie pour lire les informations)

Tariq Ibn Zyad initiative (TIZI) est une initiative citoyenne patriote et non partisane, issue de la société civile et portée par les jeunes, qui a pour objet l'action politique et la promotion du leadership. Elle a été fondée par les 67 signataires du manifeste de la jeunesse marocaine du 20 août 2011, texte fondateur de cette initiative. Tizi compte aujourd'hui 800 membres et près de 30.000 fans sur Facebook et Twitter.

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