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11/02/2016 09h:42 CET | Actualisé 11/02/2017 06h:12 CET

La météo peut-elle inciter au suicide?

Don Bayley

À l'époque de Voltaire, la croyance que la pluie pouvait pousser les gens au suicide était tellement répandue que le suicide était appelé "la maladie anglaise" à cause du temps pluvieux qui caractérise l'Angleterre. De nos jours, beaucoup de gens croient que les conditions météo peuvent pousser au suicide. Et le plus étonnant, c'est qu'ils ont raison!

Plusieurs chercheurs dans le monde ont mis en lumière les liens entre les éléments météorologiques et les tendances suicidaires. Et leurs résultats sont en général très convergents. Au Japon, par exemple, un pays au taux de suicide les plus élevés dans le monde, le nombre de suicides sur les chemins de fer augmente après plusieurs jours de mauvais temps. On a même exhorté les opérateurs ferroviaires à augmenter les patrouilles quand le temps pluvieux s'éternise.

En Afrique du Sud, on a démontré que les orages font augmenter les suicides. En Pennsylvanie, c'est la pression barométrique. Une augmentation de 30% des tendances suicidaires est observée quand la pression tombe de 2 kPa en 24 heures. De telles chutes de pression sont courantes au Québec. Observe-t-on ici le même phénomène? Impossible à savoir. Pour les organismes qui s'occupent du suicide, la météo n'a jamais été un facteur de risque. Pourtant, en Colombie-Britannique, on a démontré le contraire.

Dans cette province de l'Ouest, une étude récente a révélé que les comportements suicidaires chez les personnes âgées sont influencés en hiver. Le taux de suicide dans le groupe d'âge des 70 ans et plus y est le plus élevé pour cette tranche de la population au pays. Dans cette première étude mondiale sur les effets de la météo sur le suicide dans un même groupe d'âge, on a découvert que les suicides chez les gens âgés grimpaient de 30% dans certaines situations météo, comme lors d'un redoux en hiver.

Les gens ne se suicident pas davantage à cause du temps moche qui s'éternise, mais plutôt en raison de certaines configurations atmosphériques anormales. Ces situations déclencheraient des processus internes d'ordre physiologique et psychologique menant à des idées suicidaires.

L'étude de Colombie-Britannique a confirmé un phénomène observé partout: le retour du beau temps atténue les symptômes de la dépression chez les personnes normales, mais pas chez les personnes suicidaires. Chez ces dernières, le risque de passer à l'acte augmente.

Cette réponse décalée de l'organisme aux variations de l'état de l'atmosphère est comparable à la réponse de patients déprimés qui commencent à prendre des antidépresseurs. Plutôt que de réduire le risque d'idées suicidaires, la prise du médicament l'augmente au début du traitement.

Le suicide n'est pas un phénomène imprévisible, déconnecté du quotidien et de la routine de tous les jours. En fait, le suicide suit un cycle. Les gens se suicident rarement le soir, et encore moins la nuit. Les suicides se commettent surtout le jour, davantage à des heures et des périodes de l'année qui correspondent aux débuts de cycles d'activités humaines. Les lundis, par exemple.

Par ailleurs, les catastrophes naturelles comme les ouragans et les tornades entraînent des séquelles psychologiques et un taux de suicide à la hausse. L'impact de cette influence fait l'objet de débats, mais en attendant, les recherches sont alarmantes. Aux États-Unis, suite à des désastres naturels survenus entre 1982 et 1989, on a constaté dans les régions touchées une augmentation de 14% des suicides. Au Japon, après le tsunami de mars 2011 qui a fait 19 000 morts, le suicide a augmenté de 20% le mois suivant. Et les tempêtes de verglas? Causent-elles plus de suicide?

Au Québec, le Bureau du coroner a piloté une étude sur les impacts de la tempête de verglas de 1998, notamment sur l'évolution du taux de suicide dans le triangle noir, la région en Montérégie la plus touchée par les pannes durant la crise. Les résultats ont révélé une hausse du taux de suicide moyen de 16,3 par 100.000 dans la période pré-verglas à 16,9 par 100.000 dans la période après l'événement. Selon les épidémiologistes du gouvernement, cette hausse légère ne serait pas significative. N'empêche. Les chiffres traduisent quand même une augmentation.

Tous les experts s'entendent pour dire que les causes du suicide sont multiples et que la personne suicidaire n'est pas facile à détecter. L'élément déclencheur, le facteur décisif qui a poussé la personne à franchir le point de non-retour, est encore plus difficile à déterminer. C'est dans ces moments que les conditions météorologiques joueraient un rôle critique. Bien entendu, la météo n'a pas le pouvoir de provoquer directement des suicides. Au Québec, ce serait plutôt le ministère du Revenu qui s'en charge...

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