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05/01/2018 06h:59 CET | Actualisé 05/01/2018 07h:03 CET

5 bonnes raisons de repenser le concept de la virginité

Eziutka via Getty Images

Évidemment, comme tous les sujets à controverse lorsqu'ils se rapportent au sexe ou à la morale, la virginité est de nos jours à contester. Pourquoi? La foi des Marocains et Marocaines en ce concept est à la fois l'une des causes et l'une des conséquences de nombreux problèmes sociaux.

Avant de lire le reste de cet article, je te prie cher.e lecteur ou lectrice, d'oublier ce sentiment d'outrage que tu as peut-être ressenti au moment où tu as réalisé que je comptais t'expliquer pourquoi la vie sexuelle de tes concitoyennes et concitoyens ne te concerne pas du tout. Vraiment.

Et voyons donc pourquoi on devrait repenser ou carrément oublier le concept de la virginité.

1. Il est médicalement inexact

L'une des idées fausses que l'on ne cesse de transmettre aux jeunes filles, de différentes manières tout au long de leurs vies, c'est que la virginité est "vérifiable" et donc physique en même temps que morale. Un postulat largement remis en question par la gynécologie moderne. L'hymen ne peut pas déterminer si la femme a déjà eu des rapports sexuels ou si elle est "pure". La seule façon de connaître l'historique sexuel d'une femme est de lui demander à elle seule, sans un ton plein de reproches.

Il suffit de s'informer sur le sujet en lisant des articles de revues universitaires pour "découvrir" que l'hymen n'est pas du tout fiable. Il y a des dizaines de milliers d'articles dédiés à démystifier l'hymen. Il suffit de reconnaître son ignorance à ce sujet et chercher à en apprendre plus et au bon endroit, ce qui exclut tout média ou canal éducatif conservateur, religieux ou n'utilisant pas de références académiques.

Maintenant que toi et moi sommes d'accord pour exclure la notion de l'hymen comme preuve physique de la virginité, passons aux autres arguments que tu serais tenté-e de commencer par un "oui, mais".

2. Il est moralement discriminatoire

"Oui, mais une femme doit rester pure." Vous l'aurez compris: les femmes devraient rester pures avant le mariage. C'est cette idée de contrôler le corps des femmes, leur pensées et même la définition de ce qu'elles sont qui est représentée dans cet argument. Il est rarement question de la virginité des hommes à cause de la prémisse biologique. Suivons cette logique pour voir ou elle nous mène:

La virginité ou non virginité des hommes n'est ni vérifiable, ni pertinente.

Pourquoi? Car il est de la nature de l'homme d'être un être sexuel.

Par contre, la femme n'est "normalement" pas un être sexuel: elle n'a ni désirs; ni pensées; ni besoins sexuels.

Et même si elle en avait, il ne seraient pas aussi urgents que ceux de l'homme.

C'est pour cela qu'elle doit se contrôler.

En conclusion, si une femme a des rapports sexuels et n'en a pas honte, c'est qu'elle n'est pas normale.

De nature, les hommes et les femmes sont les mêmes. Ce sont les valeurs projetées par la société sur les uns ou les autres qui renforcent l'illusion du contraire. Il va donc de soi que leur statut et la façon avec laquelle ils sont traités pour les mêmes actions devraient être les mêmes.

3. Il est naturellement illogique

"Oui, mais c'est pas non plus la mer à boire de s'abstenir." Et bien si. Parce que l'abstinence n'est pas un comportement naturel. Pratiquer une activité sexuelle, quelle qu'elle soit entre adultes consentants, devrait être un droit fondamental. Et le malaise que la majorité des Marocains ressentent quand le sujet est abordé ou quand le regard de la société se porte sur eux sur ce plan est un sentiment illogique. Il n'y a pas de raison de se sentir mal lorsqu'on se fait du bien et qu'on fait du bien à une autre personne. Car le sexe, en tant qu'acte dénué de cette valeur de sacralité ou d'acte reproductif, peut-être l'un des moments intimes les plus agréables dans la vie d'une personne.

Il est aberrant qu'un acte aussi simple et naturel soit toujours culturellement, mais aussi pénalement, vu comme un acte qui définit si une personne est bonne ou mauvaise. Un combat de plus à ajouter à la longue liste des libertés individuelles à conquérir.

4. Il crée une atmosphère de peur, pour rien

"Oui mais ça ne fait de mal à personne." Bien sûr que si. Une société où le sexe est tabou n'est pas une société où le sexe n'existe pas. C'est une société où tout le monde sait que le sexe existe, mais en cachette, et où tout le monde a honte et se hait inconsciemment après l'avoir pratiqué. Pas besoin d'être psychologue pour comprendre que tous ces sentiments négatifs ont des répercussions graves sur l'estime de soi, les rapports avec autrui et la perception de l'intimité ou vie privée.

Une société qui persécute les gens parce qu'ils prennent plaisir à assouvir un besoin naturel, qui essaie de contrôler leurs corps, qui les rejette et les punit automatiquement, est une société vicieuse. Une société qui évolue dans une atmosphère de peur. Et non, je ne dramatise pas cher-e lecteur ou lectrice. Une société pareille semble sortir tout droit d'une dystopie, mais elle est l'utopie de plusieurs. Et elle est malheureusement réelle.

5. Il existe pour toutes les mauvaises raisons

"Oui, mais on ne va pas non plus laisser tout le monde coucher avec tout le monde! Les règles de la société existent pour une bonne raison, non?"

Je ne suis pas anarchiste et je ne demande à personne de l'être. Mais ces règles, sont-elles toujours les bonnes?

Les gens n'iront pas juste coucher à gauche et à droite simplement parce que personne ne les jugera. Raisonner comme cela est absurde. Dans la tête de certains et certaines, le sexe est dangereux, les hommes sont dangereux, les femmes sont dangereuses, le plaisir est dangereux, TOUT est dangereux. La virginité est perçue comme un symbole de pureté et de sécurité. Une bouée de sauvetage. Elle a de la valeur pour de mauvaises raisons. Les gens ont peur de ce qui se passe après le sexe et non pas du sexe.

Des mères qui disent à leurs filles qu'elles sont des fleurs, d'autres qui leur demandent si elles voudraient que tout le monde sache ce qui s'est passé sous les draps, ou que les garçons ne les aimeront pas pour qui elles sont mais pour ce qu'elles sont (des femmes), des pères qui jurent de se venger de ceux qui toucheraient leurs filles, de futurs maris qui s'offusquent quand l'idée de leurs futures épouses "déjà déviergées" leur effleure l'esprit, des hommes qui refusent de se marier avec leurs petites amies car "marchandise usagée", et des femmes qui se sont habituées à ne plus être en possession de leurs corps. Tout ce beau monde n'est pas mûr. Or il serait grand temps que ces petits enfants, toujours fascinés par la bizarrerie qu'est le sexe, grandissent.

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